Perdido Street Station | Promenade à Nouvelle Crobuzon

Impressions n°2
Envie de découvrir une ville aussi imaginaire que foutraque et un peu glauque ? Envie de découvrir des personnages aux mœurs et apparences hautes en couleurs ? Envie de savourer un roman baroque et inclassable ?

Perdido Street Station est de ces livres inclassables que l’on savoure doucement, avec délectation comme un plat particulièrement délicieux que l’on aura l’occasion de ne manger qu’une seule fois. Mon rythme de lecture a été à l’image de l’évolution de l’action du livre. 
Pour entrer dans Chiure, Isaac et Lin durent emprunter des ponts branlants, simples planches jetées sur des fossés de deux mètres qui séparait la favela du parc de la Colline Vaudoise. Ils marchèrent dans les pas l’un de l’autre, tendant parfois les bras pour préserver leur équilibre. A un mètre cinquante au-dessous, la tranchée était emplie d’une soupe gélatineuse, bruyante, mêlant polluants et pluies acides. Des bulles de gaz mortel et des cadavres d’animaux gonflés en crevaient la surface. Çà et là surnageaient des boîtes de conserve rouillées et des nœuds de chair évoquant des tumeurs ou des fœtus avortés. Le liquide ondulait plus qu’il ne faisait de vagues, contenu qu’il était par une épaisse tension de surface, si huileuse et si puissante qu’elle refusait de céder : les pierres qui tombaient du pont y étaient avalées sans déclencher la moindre éclaboussure.

Le premier volume se déroule lentement, nous présentant la ville de Nouvelle-Crobuzon dans toutes sa splendeur et surtout dans toute son horreur, ainsi que ses personnages aux apparences et aux mœurs aussi diverses que saugrenues. Le second volume, quant à lui, nous lance dans l’action avec des scènes parfois violentes et un dénouement tout en demie mesure.

L’artefact qui avait balayé pendant plusieurs années le plancher de David et Lublamai avait fini par rendre l’âme apparemment. Il chuintait et décrivait des cercles, au moment de nettoyer, faisant désormais des fixations sur des secteurs arbitraires du sol, qu’il polissait comme autant de bijoux. Certains matins, il mettait près d’une heure à chauffer. Il s’engluait peu à peu dans des boucles logicielles qui le faisaient répéter à l’infini des comportements infimes.
On ne peut parler de Perdido Street Station sans évoquer Yagharek, le garuda aux ailes coupés, qui sans être le personnage principal du livre en est le déclencheur et le point final. Torturé par le crime qui lui a valu de se faire couper les ailes par son peuple et par son désir obsessionnel de retrouver ses facultés de vol, il parsème le récit de ses pensées mélancoliques. Il est difficile à cerner et à juger : on a envie de le prendre en pitié pour son malheur et de le détester pour ce qu’il a fait. 
Perdido Street Station est un roman que je conseille vivement par la richesse de son univers, ses personnages haut en couleurs et attachants et par le style riche et baroque de l’auteur qui sous couvert d’un désordre feint sait parfaitement où il nous emmène

Informations éditoriales

Editions Fleuve Noir, 2003. Editions Pocket, 2006. 2000 pour la première parution en anglais. Grand Prix de l’Imaginaire. Prix Arthur C. Clarke. British Fantasy Award.

 

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