Godzilla 2 : Roi des monstres | Qui trop embrasse mal étreint

Godzilla 2

Impressions.

Godzilla 2 : Roi des Monstres est un film réalisé et scénarisé par Michael Dougherty. Sorti en salle en mai 2019, il est distribué par Warner Bros. Pleine d’enthousiasme après avoir revu le premier opus, je m’en suis allée voir sa suite. Sauf qu’à force de trop vouloir corriger le tir du premier qui, s’il avait plutôt plu à la presse, avait fait l’objet de nombreuses critiques de la part des spectateurs, le film en devient beaucoup moins bon. Voyons ça ensemble…

Remise en contexte

Cinq ans après la catastrophe de San Francisco, autres lieux autres personnages. Le Docteur Emma Russell (Vera Farmiga, The Conjuring) travaille pour Monarch, l’agence plus du tout secrète qui travaille depuis des générations sur les monstres géants. Elle a perdu son fils dans la destruction de San Francisco et s’est séparée de son mari (Kyle Chandler, tiens marrant il avait un rôle secondaire dans le King Kong de Peter Jackson). Elle vit à présent avec sa fille (jouée par Millie Bobby Brown, révélée dans le rôle d’Eleven dans la série Stranger Things) et traficote des trucs destinés à contrôler les monstres confinés par divers moyens tout autour du monde. Godzilla a quant à lui disparu de la surface de la Terre.

Ces impressions vont tirer très fort la comparaison avec le film de 2014. Je m’en vais devoir me fendre d’un « c’est pas moi c’est eux » en pointant Warner Bros et le réalisateur du doigt pour la tournure prise par cette chronique. Ils ont pris tout ce qui avait été critiqué par les spectateurs et ont tenté de faire l’inverse pour le second. A mon plus grand désarroi.

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We want more Godzilla

Rappelons-nous que Godzilla 2014 avait été largement conspué par les spectateurs parce qu’on ne voyait pas assez Godzilla à l’écran. Les Dents de mer ? Exit. Alien ? Exit. On est au 21ème siècle les amis et ce qu’on veut voir de nos jours ce sont des monstres en gros plan à l’écran. Michael Dougherty et Warner Bros ont bien compris la leçon et ont offert aux fans ce qu’ils voulaient puissance 4. Overdose de monstres. On a le cinéma qu’on mérite ma bonne dame.

L’ironie là-dedans c’est qu’à l’instar de Jurassic World, on retrouve cette critique de l’excès et de la démesure humaine au sein même du film, dans un dialogue (non contractuel) entre le Docteur Russell et Jonah (Charles Dance) :
– Non mais je voulais les réveiller un par un, moi, pas tous en même temps. Maintenant c’est le gros bordel, la fin du monde, toussa toussa.
– Bah oui mais bon, il fallait y penser avant.

Les scènes sont photographiquement MA-GNI-FI-QUES, ne nous le cachons pas. Les monstres sont ultra bien faits et les scènes d’actions envoient du bois. Elles sont aussi trop longues et impliquent trop de créatures différentes. Vous vouliez savourer votre sorbet citron délicatement avec le bout de votre cuillère ? Non. On vous l’enfoncera au fond de la gorge avec une louche tartinée de glace choco en prime parce que la glace choco ça vend bien. Vous avez rien goûté ? Bah c’est pas grave, il sort en DVD dans 4 mois. C’est ce que j’appelle le syndrome Marvel.

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We want more humans too

Les personnages de Godzilla 2014 n’étaient pas hyper intéressants. Mis à part le personnage du père, les autres sont assez insipides et sans enjeux particuliers, puisque toute action humaine est vouée à l’échec. Mais l’intérêt du film était de nous les montrer spectateurs, impuissants devant ses colosses venus du fond des âges.

Le paradigme change complètement dans le second, ce que je trouve très bien en soi : on ne se satisferait pas de personnages spectateurs pendant plusieurs films. Mais les scénaristes ne semblent pas avoir tenu compte d’une information importante. Nous avons ici deux types de personnages principaux : les monstres et les humains. Le film est constamment le cul entre deux chaises à devoir mettre en avant et ses héros humains (trop nombreux, on compte pas moins de 4 personnages importants qui ont leur scène de bravoure dans le film) et ses monstres (après tout, c’est pour ça qu’on est venu).

A dire vrai, je pense que Godzilla 2 aurait pu être un film tout à fait satisfaisant s’il avait mieux géré son casting (et fait de l’élagage dedans, soyons honnête). Non, ce qui m’a profondément ennuyée c’est d’avoir créé un antagonisme humains vs humains irréaliste avec un personnage hyper mal écrit et ultra incohérent qu’est le Docteur Russell. J’ai essayé, pourtant, de comprendre les motivations et les décisions de cette femme et … euh, non.

Souvenez-vous, dans le Godzilla de Gareth Edwards, les monstres se fichent des humains. Ils n’ont pas d’animosité particulière contre eux. S’il y a des destructions et des morts c’est parce que les hommes se trouvent sur leur chemin de leur petit déjeuner. Comme nous on peut écraser des insectes ou casser des toiles d’araignée sur notre chemin, parce qu’on s’en fout ou qu’on ne les avait pas vu. Tout au plus, on nous suggère un Godzilla du côté des hommes et doué d’un intérêt à notre égard que l’on peut encore attribuer aux fantasmes du docteur Serisawa (Ken Watanabe).

Dans Godzilla 2, soudainement les monstres s’intéressent aux humains. Il y a du eye contact et des intentions de destruction très conscientes. Le souci est que ça change la façon de les filmer et de ce fait la façon dont on les perçoit, nous, en tant que spectateur. Ils paraissent moins impressionnants, moins grands quand ils sont dans ce type d’interaction. D’un côté, on a des plans larges sans humains dans le champ, ultra spectaculaires, quand ils se battent entre eux. De l’autre des plans plus serrés à même hauteur que les hommes dans lesquels ils paraissent avoir rétrécis au lavage. Cela ne constitue pas 100% des plans des monstres bien sûr mais suffisamment pour rendre le contraste monstre-humain beaucoup moins percutant et moins consistant sur l’ensemble du film.

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Une mythologie intéressante mais peu exploitée

L’ersatz d’études mythologiques qui nous racontent les origines des monstres est intéressant mais trop court. Des feuillets à peine aperçus, quelque explications jetées par des personnages. Un goût de trop peu. Il y a un potentiel mythologique et occulte qui est super intéressant dans cette saga mais il n’est pas assez exploité.

Le générique de fin reprend le gimmick du générique de début du Godzilla de 2014 et  contribue agréablement à la dimension occulte/secrète du film. Il faudra définitivement revoir le film sur petit écran, télécommande à la main pour pour pouvoir y lire quelque chose (j’ai essayé, y a rien moyens de lire même sur grand écran).

Une dernière petite chose : l’humour sauce Marvel, arrêtez s’il vous plait. Si ça peut fonctionner dans un Kong : Skull Island qui ne se prend pas au sérieux, là c’est pas possible. C’est la fin du monde en mode on va tous mourir mais non les personnages font des blagues dignes d’Iron Man. Comme si ce film n’essayait déjà pas assez de copier les films de super héros. A force de vouloir à tout prix réitérer le succès de Marvel, on se retrouve avec des films de plus en plus lissés, tous pareils, bien proprets bien calibrés. Quel ennui.

Le monsterverse reste une franchise qui a beaucoup de potentiel à exploiter. Il reste à espérer que Warne Bros trouve un équilibre entre la satisfaction des fans et le too much. On sait déjà ce qui nous attend pour la suite, via la scène post générique et si vous suivez un peu les infos qui circulent sur le net. Je n’en dis donc pas plus ici.

Godzilla 2
A l’heure où la qualité d’un film est mesurée au temps d’écran de ses monstres, Gozilla 2 devrait satisfaire la majorité des spectateurs. Pour ma part, je ne suis pas étonnée (on ne fait pas un film à 200 millions pour plaire à la presse) mais reste néanmoins critique de la tournure prise, après le pari risqué du Godzilla de Gareth Edwards. A force de surenchères de monstres et d’incohérences de personnages, à vouloir copier la formule Marvel à tout prix, Michael Dougherty se fend d’un film certes très spectaculaire mais qui manque de personnalité et de consistance.

PS : Ne trouvez-vous pas qu’il y a un certain humour méta à la réplique « Long live the king » de Tiwyn Charles Dance Lannister ? Ou bien c’est juste moi ?

Informations éditoriales

Film américain réalisé par Michael Dougherty. Scénarisé par Michael Dougherty, Zach Schields et Max Borenstein. Durée : 2h12.

Pour aller plus loin

Mes impressions : Godzilla 2014.
Le Mad Movies HS sur la saga Godzilla, les origines à aujourd’hui (disponible en kiosque en mai 2019).
D’autres avis : signalez-vous en commentaire.

12 commentaires sur « Godzilla 2 : Roi des monstres | Qui trop embrasse mal étreint »

  1. Je vais espérer pour toi que ça sera une bonne surprise à la redécouverte sur petit écran…
    En tout cas c’est vraiment dingue l’influence de la franchise Marvel partout, entre calibrage, machinverse, rythme des sorties, … Je me demande comment on jugera tout ça dans 20/30 ans.

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    1. Le seul moyen que cela soit une bonne surprise de le revoir à la télé ce serait de virer ce personnage grotesque je le crains.
      Mal sans doute XD Mais si ça se trouve dans les années 80 qu’on a un peu tendance à glorifier c’était la même chose mais tout ce qu’on en a retenu ce sont les films cultes qui nous sont restés. Il faudra voir quels seront les films cultes des années 2000/2010 dans 30-40 ans. ans. J’espère qu’on sera pas tous morts asphyxiés par la pollution ou immigrés en Finlande à cause du réchauffement climatique XD

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  2. Mouai, ce n’est pas très convaincant et finalement, les teasers penchaient pour de la surexploitation d’effets spéciaux… signe souvent d’un scénario assez creux. J’attendrais qu’il attérisse sur Netflix.
    Merci d’avoir essuyé les plâtres!

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  3. Bon. Toujours pas vu. J’ai hâte malgré tes réserves.Quant aux films qui auront marqué les années 2010, je ne pense pas qu’il s’agira de cette franchise-ci ou des Marvel, mais il faudra en parler de vive voix, je trouve ça trop long à taper. ^^
    (PS: J’ai acheté le Mad Movies consacré à Godzilla.)

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    1. Comme ça sans réfléchir en blockbuster je pense à Fury Road. Mais il faudrait aussi définir à partir de combien de budget un film est un blockbuster :p
      bonne lecture ^^

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  4. Je me referai plutôt le Godzilla 2014 que tu as bien vendu parce que je n’étais déjà pas tentée de voir celui-ci.
    (on verra si dans quelques mois, sur mini écran je me laisse la possibilité de le voir pour les effets spéciaux)

    (peut-être que le gars s’est dit « oh wait dans les animaux fantastiques, tout le monde a râlé de ne pas assez voir les-dits animaux, moi je vais leur balancer du monstre à tout-va » ^^ ????)

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    1. Haha mais c’est ça, quand tu lis les critiques les gens râlent parce que le film s’appelle Godzilla et qu’on voit pas assez Godzilla. C’est à pleurer. Et je suppose qu’on verra pléthore de bestioles dans les animaux fantastiques 3 juste pour faire plaiz aux gens, alors que j’avais trouvé qu’ils étaient plutôt bien gérés dans le 2.

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  5. Bah écoute moi j’ai globalement bien aimé. Graphiquement on est dans du très très lourd avec un côté nostalgique important. La mythologie aurait pu être plus abordée comme tu dis mais on peut pas tout avoir lol. Les humains, hormis pour aider Godzilla une ou deux fois ne servent vraiment à rien à part foutre la merde. Leur impuissance et leur illogisme est improbable, peut-être parce qu’ils sont dépassés par les événements ? La satyre du monde actuelle est aussi présente, tout brûler pour tout recommencer, mais c’était déjà un peu le cas dans le 1. Après c’est un film popcorn où tu te poses et tu mates des monstres géants se mettre sur la gueule, c’est du fun avec un background intéressant à défaut d’être totalement exploité. Les autres filmes viendront étayer ça.
    Long live to the king ! (et Charles Dance a certainement pensé à une certaine série à la disant ^^)

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    1. Pour les humains je les avis vus comme ça dans le premier mais ici ils prennent trop de place pour que j’y parvienne. Franchement ça m’a miné le film XD Et pourtant tu as raison les scènes avec les créatures sont vraiment énormes, mais je ne sais pas je le trouve au global moins cohérent avec lui même et son propos que le 1er, ça le rend moins percutant.
      Quant au film popcorn, oui et non, c’est le cas de Kong Island par exemple, que j’avais vu en mode total popcorn et que j’avais trouvé plutôt fun avec des humains indigents comme d’hab mais des créatures juste… woaw. Ici le propos est beaucoup plus sombre, en effet ça renvoie à plein de trucs très sérieux mais le film n’est pas toujours traité de la sorte malgré une ambiance très sombre. Dans ce contexte l’humour Marvel est insupportable. Si je pouvais choisir de virer un truc du film j’hésiterais entre ça et le Docteur Russel XD

      Aimé par 1 personne

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