Bandersnatch | Décide-moi si tu peux

black-mirror-bandersnatch

Impressions.

Bandersnatch est un film de science-fiction scénarisé par Charlie Brooker et réalisé par  David Slade. Il est sorti sur Netflix en décembre 2018. Il s’agit d’un épisode de la célèbre série Black Mirror qui a la particularité de proposer au spectateur de faire des choix pour orienter l’histoire.

C’est mon choix

Nous sommes en juillet 1984. Bandersnatch est le jeu vidéo sur lequel travaille de façon obsessionnelle le jeune Stefan Butler (Fionn Whitehead, Dunkerke). Il s’agit de l’adaptation en jeu vidéo textuel du livre dont vous êtes le héros éponyme écrit par Jérôme F. Davies. Un écrivain devenu progressivement fou et qui a fini par assassiner sa femme. Stefan vit une existence très solitaire. Il vit seul avec son père, sa mère étant décédée. Il cherche un éditeur pour son jeu et s’adresse à un studio de jeu vidéo qui emploie le fameux Colin Ritman (Will Poulter, Detroit), game designer de génie ayant créé de nombreuses aventures textuelles.

Disons-le tout de suite et sans ambages : ce qui est fascinant dans Bandersnatch c’est son aspect méta et sa façon d’interroger la question du choix et de la manipulation. Pas son histoire en tant que telle. Pour avoir lu/entendu différents retours sur ce film et ses possibilités d’interaction, j’ai le sentiment que si l’on se focalise sur l’histoire en elle-même on coure droit à la déception. Car, somme toute hors de son contexte méta, celle-ci n’est pas d’une profondeur folle, en tout cas pas celle que l’on pourrait attendre d’un média narratif interactif (le jeu vidéo a fait beaucoup mieux depuis fort longtemps de ce côté-là).

Au début de l’épisode, on nous explique bien le procédé interactif, avec tuto et des premiers choix sans grande conséquence : quelles céréales faire consommer à notre protagoniste ou que lui faire écouter comme musique dans le bus. On reconnait bien là un procédé issu du jeu vidéo destiné à apprendre au joueur comment jouer.

Le premier choix décisif n’en est pas un car si vous choisissez la mauvaise solution vous êtes envoyé en arrière et amené à prendre la « bonne » décision. Tiens mais vous pensiez avoir le choix ?

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. La suite devient plus compliquée. Certaines décisions vous emmenant sur des voies de garage d’autres non. Plusieurs fins sont possibles, en fonction de vos décisions. Certains contenus de l’épisode sont particulièrement cachés car ils nécessiteront de passer par des chemins très particuliers pour apparaître. Si vous vous engagez dans la voie de la complétion, vous avez tous mes encouragements, le fichier vidéo dure 5h12 sur Netflix. Si vous avez autre chose à faire de votre vie, voici une infographie détaillée pour satisfaire votre curiosité.

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Source : Numerama

Meta, vous avez dit meta ?

Le contenu meta de l’épisode commence dès le background défini par Charlie Brooker. Le protagoniste principal est un programmeur de jeu vidéo textuel dans les années 80. Les jeux textuels sont des vieux jeux vidéo qui demandent au joueur d’entrer des mots dans un champ texte pour avancer dans l’histoire. Par exemple : turn key door, pour tourner la clé dans la porte. Stefan explique en début d’épisode que son jeu est un peu particulier car il ne proposera que deux choix au joueur à chaque embranchement. Regarde-toi petit spectateur, attentif depuis ton canapé, ta télécommande à la main, prêt à effectuer ton choix parmi deux propositions quand Netflix te le demande.

Ce procédé est bien connu des livres dont vous êtes le héros ou « choose your own adventure book » en anglais (bien que les choix ne soient pas forcément réduits à 2) : les paragraphes du livre sont dans le désordre et à la fin de chaque paragraphe, un choix vous est proposé et vous indique le numéro du paragraphe correspondant. Ces livres-jeux étaient très populaires dans les années 80/90 et tendent à revenir à la mode de nos jours, si j’en crois les rééditions des anciens Folio par Gallimard et l’effervescence du marché d’occasion des anciennes éditions (votre servante plaide archi coupable).

Ceci est déjà propre à titiller mon intellect : voici qu’on nous propose une sorte de mise en abyme où le spectateur est à même d’effectuer des choix entre deux propositions, exactement le gameplay prévu par le héros de l’histoire. Mais ça ne s’arrête pas là.

A partir d’ici, si vous n’avez pas vu le film, je vous enjoins vivement de vous rendre directement au paragraphe de conclusion et de revenir lire la suite plus tard. Mais bon vous faites ce que vous voulez, hein.

bandersnatch stefan

L’illusion du choix

***SPOILER ON***

Plus l’histoire avance plus Stefan semble sombrer, perdre prise avec la réalité. Devient-il fou comme l’auteur du Bandersnatch original ? Ce Jérôme F. Davies qui ne manquera pas de faire penser à Philip K. Dick, ce d’autant que lors d’une séquence hallucinogène un poster Ubik fera une brève incursion dans le décor. Philip K. Dick cet auteur qui justement questionne sans cesse la réalité dans ces textes et dans sa vie.

Toujours est-il que Stefan sombre… Il a l’impression d’être contrôlé par quelqu’un, de ne pas être maître de ses décisions. Wait, what ? Mmmh, questionnant, n’est-on pas justement en train de prendre des décisions pour lui ? Le doute n’est plus trop permis mais le showrunner enfoncera le clou en nous proposant de dévoiler ou non à Stefan qu’il est contrôlé par quelqu’un du futur, c’est-à-dire nous spectateur en train de regarder Netflix. Habituellement lorsque le quatrième mur est brisé dans un média, il s’agit du récit (ou d’un personnage de celui-ci) qui s’adresse au spectateur. Ici, Charlie Brooker fait l’inverse : le spectateur s’adresse au personnage de l’histoire. Bon, ha, comment dire, c’est génial.

De meta le propos devient philosophique. Qui manipule qui dans cette histoire ? Croyez-vous être maître de vos choix ? A l’issue d’environ 1h30 de balade entre différentes options, peut-être plusieurs fins, on en vient à sérieusement se poser des questions sur ses prises de décision. Sache-le, cher lecteur, chère lectrice, derrière tout média, livre, jeu, film ou série, il y a un créateur qui te manipule. Charlie Brooker amène cette manipulation à notre conscience en se servant de son film interactif.

***SPOILER OFF***

Bandersnatch choix

Bandersnatch est un épisode spécial de la série Black Mirror qui propose au spectateur d’effectuer des choix pour pousser l’histoire dans une direction ou une autre. L’objectif de Charlie Brooker n’est pas tant de nous raconter une histoire où nos choix seraient impactants émotionnellement que de nous faire réfléchir à la notion même de libre arbitre.

Informations éditoriales

Film interactif réalisé par David Slade et scénarisé par Charlie Brooker. Sorti sur Netflix en 2018. Durée : environ 1h30 mais le fichier complet dure 5h12.

Pour aller plus loin

D’autres avis :  Just a word, Les toiles noires, Le chien critique, ou signalez-vous en commentaire.

17 commentaires sur « Bandersnatch | Décide-moi si tu peux »

    1. Mais oui c’est bien, ça dit plein de choses intéressantes.
      Oui et non. Je me suis arrêtée quand ils m’ont collé le générique, mais j’avais quand même eu 3 fins différentes.

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  1. un concept qui rappelle des essais passés de films interactifs (Philips CDI, Dragon’s lair, …) et ça n’a jamais vraiment marché jusque là. Avec l’équipe de Blackmirror, on va un peu au delà du simple divertissement, c’est sûr et ça me rend curieux. Comme je n’ai pas netflix, ça va être dur de juger comme ça…Mais intéressant.

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    1. Ha je ne sais pas que ça avait déjà été tenté sur le media film (logique en soi, je m’étais juste ajmais posé la question).
      Oui en effet ça va être compliqué, car en plus même par les moyens détournés habituels ce n’est pas possible. La meilleur solution serait d’accéder au Netflix de quelqu’un que tu connais ou de le voir chez quelqu’un qui a Netflix.

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  2. Belle chronique.
    J’avais vraiment bien aimé me laisser prendre au jeu…
    Je ne sais pas si je suis arrivée au bout de toutes les « sorties »… mais je crois que j’en a fait vraiment pas mal. J’ai dû rester au moins 3h dessus 😉

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      1. De base, il faisait déjà une 1h30 non? Donc une fois que tu explores les fins quand on te le propose…
        C’était peut-être un peu moins de 3h (quoique, je me souviens avoir passé toute la soirée dessus).
        Je me souviens aussi avoir vu le schéma des pistes… mais j’ai pas eu le courage de reprendre tout le truc depuis le début 🙂 LOL (quoique je pense avoir tout exploré quand même…. 5h de film, c’est une info officielle??))

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      2. Ben c’est la longueur du fichier quand tu affiches les infos de l’épisode en cours de visionnage. Y a des fins cachées et tout, donc ça m’tonne pas vraiment en fait.

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  3. Oui, tu as raison, il y a tout cet arrière fond sur le choix, mais une histoire prenante n’aurait pas été de trop.
    En outre, j’ai cette impression que beaucoup de séries s’amusent en ce moment avec la mise en abyme, ça me lasse un peu.

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  4. Cet épisode m’a beaucoup amusé, effectivement au bout d’un moment on ne sait plus qui manipule qui. Pour notre part on a pas mal tourné en rond avant d’arriver à une fin, ce qui montre bien que le créateur de la série a le dernier mot au final 😀

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    1. Je vais te répondre un laconique : oui. C’est comme Bandersnatch, il faut faire des choix ^^ Le feras-tu en tout liberté ? Je te laisse y réfléchir :p

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