Papers, please | Un remède à la phobie administrative

papers please lucas pope

Impressions.

Papers, please est un jeu vidéo créé par Lucas Pope et sorti en 2013. Fonctionnaire à la frontière de l’état fictif d’Arstotzka, dictature florissante, votre travail votre jeu consiste à tamponner des passeports. Comment ??? Oui, Papers, please, le jeu qui vous guérira de votre phobie administrative. Gloire à Arstotzka !

Un métier de rêve : douanier

Lucas Pope est le seul et unique concepteur de ce jeu, comme l’indique le générique minimaliste le créditant au game design, à la programmation, à la direction artistique et à la conception musicale et sonore. Après avoir taffé sur la saga Uncharted, Pope s’en ira créer ses propres projets dont émerge Papers, please qui rencontre un vif succès public et critique et reçoit une palanquée de récompenses.

Papers, please est un jeu au gameplay atypique que l’on rangera prudemment dans la catégorie fourre-tout des jeux de réflexion. La narration tient également une part importante.

On jouera donc un agent d’enregistrement en poste à la frontière nouvellement ouverte de l’état d’Arstotzka, dont le régime dictatorial n’a rien à envier à l’Union Soviétique. Votre mission sera de vérifier les passeports des entrants et de les accepter ou les refuser en fonction de leur authenticité et leur validité. Il s’agit donc d’observer scrupuleusement chaque passeport et de respecter les règles édictées par l’administration. Règles qui deviennent plus nombreuses et qui changent presque chaque jour, comme il se doit dans un enfer administratif. En contrepartie, vous recevrez un salaire qui vous permettra tout juste de subvenir aux besoins de notre famille. Gare aux erreurs : au bout de la troisième l’administration vous mettra à l’amende.

papers please

La narration du jeu lui fera cependant prendre une dimension plus que bureaucratique en vous confrontant à des situations où votre sens moral sera mis à rude épreuve. Faut-il laisser passer ce migrant  super sympa qui revient systématiquement avec de faux papiers ? La petite amie du garde-frontière avec qui vous vous entendez bien ? Et quid de ces révolutionnaires qui vous demandent de l’aide pour libérer Arstotzka ? Vous aurez à peine le temps de réfléchir avant de prendre votre décision puisque pendant ce temps l’horloge tourne et que vous êtes payé au nombre de passeports que vous traitez correctement en une journée. Vous avez une famille nombreuse à nourrir et un loyer à payer. Mon Dieu, que ce jeu est cruel.

papers please

Cruel mais merveilleux

Papers, please est cruel certes mais c’est avant tout une petite merveille :

  • Merveille narrative : l’histoire se tient parfaitement sur sa longueur. Destiné à nous faire réfléchir sur le totalitarisme, la désobéissance civile, le terrorisme, Papers, please est hautement politique. Placé dans des situations de plus en plus inconfortables, vous exercerez votre « métier » de plus en plus difficilement. Les mécanismes en jeu dans la construction d’un esprit critique sont à l’oeuvre, vous faisant passer du petit fonctionnaire modèle désireux de faire au mieux son job, sinon par conviction politique tout au moins par conviction alimentaire, à un esprit éclairé qui n’en peut plus du double jeu qu’il est forcé de mettre en scène. Papers, please comporte 20 fins différentes y inclus une où vous jouez à l’employé modèle jusqu’au bout. Il est assez facile de retourner en arrière en cas de décision non voulue, pour optimiser vos journées lorsque vous faites trop d’erreurs ou simplement pour tester différentes options, grâce à un ingénieux système de sauvegarde à embranchement.
  • Merveille de level design : le jeu devient progressivement plus complexe, ajoutant des briques de gameplay à un rythme soutenu mais parfaitement équilibré. Les erreurs vous feront faire des calculs mentaux rapides en mode légère panique « vais-je avoir assez d’argent pour nourrir mes mioches ». Jusqu’à la petite pointe d’angoisse qui aura le temps de vous traverser l’esprit entre le moment où vous rendez le passeport d’un entrant et le moment où vous recevez l’avertissement en cas d’erreur. Ce laps de temps est pile poil étudié pour vous laisser celui de vous rendre compte que vous avez oublié de vérifier tel ou tel élément. D’une finesse admirable.
  • Merveille graphique et sonore : Le choix du pixel art comme direction artistique est très judicieusement choisi, son austérité (dans les choix de couleurs également) convient bien au propos. La musique est géniale et minimaliste, obsédante comme une comptine enfantine. Du côté des effets sonores, j’ai une affection particulière pour l’obsessionnel « papers » du personnage que l’on incarne.
  • Merveille de gameplay : en faisant un choix audacieux, à ma connaissance sans précédent, de nous faire tamponner des passeports en guise de jeu, Pope réussit le pari fou de nous rendre ça amusant. A noter qu’il a eu l’idée de ce jeu lors de ses nombreux voyages internationaux et autant de vérifications de passeport.

papers please

Papers, please réussit le pari fou de rendre amusant de jouer un agent en charge de la vérification de passeports au poste frontière d’un état dictatorial. Mais devant des décisions difficiles à prendre, votre sens moral et votre amour du travail bien fait seront mis à rude épreuve. Resterez-vous un employé modèle ou embrasserez-vous la cause des révolutionnaires ?

Gloire à Arstotzka !

Informations éditoriales

Créé par Lucas Pope et édité par 3909. Sorti en 2013. Disponible sur PC, Linux, Mac, Iphone et PlayStation Vita. Jeu fini en 13h environ, en mode pas pressé.

Pour aller plus loin

Papers, please le court-métrage.
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12 commentaires sur « Papers, please | Un remède à la phobie administrative »

  1. « Guérira votre phobie administrative », arf, ce jeu m’a encore plus angoissé à l’idée de me retrouver face à un fonctionnaire qui a droit de vie ou de mort :p
    Je te rejoins sur la narration, d’ailleurs « Papers, please » à sa sortie en pleine effervescence du jeu indépendant (post-Xbox Live Arcade avec Braid et compagnie, et au moment où Steam s’est lancé dans la danse du jeu indépendant et enterré tous ses concurrents), montrait à bon nombre de studios qu’on pouvait raconter énormément de choses avec des moyens très limités. Graphiquement austère, finalement assez peu détaillé et mis en scène, le jeu exploite pourtant une multitude de thèmes et d’idées. C’est la narration par le gameplay, un truc vite oublié par les gros studios qui préfèrent calquer le cinéma.
    Bon, on pourrait aussi dire que « Papers, please » est le premier jeu « moderne » à avoir montré au grand public que le jeu vidéo est politique (même si Spec Ops : The Line était déjà passé sur le sujet), mais quand je vois son héritage et des développeurs qui nous expliquent que la guerre n’est pas politique, je sais pas si on a vraiment avancé là-dedans.

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    1. C’était ironique 😀
      C’est vrai que son austérité est inversement proportionnelle à la richesse de son propos. C’est sans doute ce qui fait les grands jeux.
      Je ne me suis pas assez intéressée au débat « not a political game » pour émettre un avis éclairé sur la question. Une chose est sûre, Spec Ops est dans ma liste de souhaits (depuis trop longtemps :() parce qu’il est politique 🙂
      Merci pour ton commentaire très intéressant ^^

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      1. J’ai toujours du mal à conseiller Spec Ops par contre : autant son propos est formidablement bien mis en scène, et sa narration bien au-dessus de beaucoup de jeux du genre, autant il est incroyablement chiant à jouer (c’est une copie de Gears of War niveau gameplay et enchaînement des gunfights, mais en moins rythmé).

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      2. Je vois, j’en prends bonne note. Cela dit quand je vois les avis dithyrambiques sur ce jeu, j’ai l’impression qu’il doit être possible de passer au-dessus. Je me le prendrai archi soldé au cas où il me tombe des mains au bout d’une demi-heure.
        Merci de l’info ^^

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      3. Clairement, j’avais lâché au bout d’une heure à cause de ça, mais quand j’ai appris que l’histoire avait un réel intérêt par la suite j’ai un peu forcé. Et ça finit par se jouer tranquillement (même si j’ai baissé la difficulté pour expédier les phases de shoot pas très passionnantes).

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  2. Bel article, ça donne envie. Enfin bon, j’avais vu quelques vidéos de gameplay, ça me stressait déjà sans y jouer. xD
    Tu as fait plusieurs fins ?

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    1. Hahaha, j’avoue au début j’en menais pas large. Mais c’est une bonne manière de constater l’immense plasticité du cerveau humain.
      J’ai fait 3 fins, 2 de mon plein gré, la 3ème parce qu’au début j’étais trop nulle et que je gagnais pas assez pour payer le loyer. Je n’ai pas fait la fin employé modèle, c’eut été au-dessus de mes forces.

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  3. J’y ai passé pas mal d’heures y’a quelques années, et beaucoup aimé.
    Effectivement, les choix, mon dieu les choix qui s’offrent à nous sont tellement complexes parfois ! Pas manichéen pour un sou.
    Et la musique est vraiment chouette.

    Aimé par 1 personne

  4. Mais ça a l’air génial. J’adore l’idée de départ, ce travail réel qui n’a rien d’intéressant aux yeux des autres. Perso je jouerais le petit employé modèle *et* (s’il y a) l’employé modèle mais corrompu quand même un peu *et* l’employé sadique. 😀

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