Ada | Elle compte pas sur ses doigts

ada ou la beauté des nombres

Impressions.

Ada ou la beauté des nombres est une biographie écrite par Catherine Dufour et publiée chez Fayard en septembre 2019. Ada Lovelace, grande mathématicienne, a écrit le premier programme informatique jamais écrit… un siècle avant l’invention de l’ordinateur. Sortie de l’oubli où elle croupissait injustement, Ada Lovelace se voit enfin offrir sa première biographie de langue française grâce à la plume piquante et érudite de Catherine Dufour. Plongeons ensemble dans les affres de la période victorienne…

Cette biographie parle d’Ada Lovelace (1815-1852) vue dans son contexte socio-culturel, économique et familial. Si le premier chapitre, traitant de généalogie, est un peu abrupte le reste se dévore comme un roman. Le ton est conversationnel dans une langue à la fois familière et précise. L’autrice nous propose en outre autant de descriptions physiques des différents intervenants, sous forme de portrait tout droit sortis de tableaux d’époque.

Si vous vous demandiez comment les Anglaises et les Anglais réussissent à traverser ce long tunnel d’oppression qu’est l’ère victorienne, maintenant, vous savez : toute la population est droguée jusqu’aux yeux. Ada, elle, trouve que l’opium la rend philosophe, et la soulage de toutes ses envies, ainsi que de toutes ses angoisses.

Voici un aperçu de ce que Catherine Dufour nous raconte…

Rien dans la vie d’Ada n’a été facile. Absolument rien. Elle est née à une époque où les femmes étaient sévèrement réprimées et sommées de calmer les ardeurs de leur utérus baladeur (oui) et une conception wtf de l’éducation qui brimait les enfants aussi. Sa mère était abusive, son père absent et puis mort (le célèbre Byron, un vrai douchebag des familles). Son mari, malgré son intérêt relatif pour les compétences intellectuelles de sa femme, lui tapait dessus. Elle n’avait aucun intérêt pour la maternité, du coup elle a eu trois enfants. Elle était addict au jeu et au laudanum et sa santé était constamment aux abonnés absents.

Le travail commun d’Ada et de Babbage , c’est le choc de deux égotismes. Babbage bricole son moteur tout en comptant, de façon annexe, sur la publication de l’article d’Ada dans une revue scientifique prestigieuse pour en faire la promotion. Ada, elle, ne conçoit même pas que son article ne soit pas le cœur des préoccupations de Babbage.

J’allais dire que c’était un miracle que son intelligence ait survécu à pareil traitement, mais, si vous voulez mon avis, Dieu n’a rien à voir là-dedans et c’est un tour de force de la part de cette nana badass d’avoir enjambé (pas facile en robe victorienne) tant de bâtons dans les roues.

Elle nous a offert pas moins que le premier programme informatique de l’Histoire de l’humanité et aura, avec Babbage avec qui elle travailla, un rôle de précurseur dans l’invention de l’informatique moderne.  C’est fou et à la fois terriblement frustrant car elle est morte très jeune dans une longue et effroyable agonie et qu’on se demandera toujours quelles auraient été ses réalisations futures si sa vie avait été plus longue et moins compliquée (c’est peu de le dire).

Les nécrologies abondent immédiatement. Elles sont élogieuses, et vigoureusement mysogines :  » outre une intelligence complètement masculine dans sa solidité,  sa pertinence et sa fermeté, Lady Lovelace avait toutes les délicatesses du plus raffiné des caractères féminins. »

Catherine Dufour nous raconte Ada Lovelace sur le ton de la conversation. L’époque victorienne (aïe), sa mère (abusive), son père (absent), ses rencontres décisives (Babbage, Somerville et les autres), mais aussi son mariage (malheureux), ses travers (nombreux), sa santé (défaillante), ses relations (difficiles) avec son entourage, tout cela additionné à une intelligence exceptionnelle et un sacré caractère,  a fait d’Ada Lovelace une figure emblématique  de l’informatique et une femme hors norme. Un émouvant portrait. A ne plus oublier.

Informations éditoriales

Biographie écrite par Catherine Dufour. Publié chez Fayard en septembre 2019. Conception de la couverture par Louise Cand, d’après un portrait d’Ada Lovelace attribué à A.E. Chalon. Suivi d’un appendice « l’extinction de la constellation Byron. Pas de bibliographie mais une abondance de notes de bas de page sourçant les citations. 247 pages.

Pour aller plus loin

Un épisode de La méthode Scientifique sur Ada Lovelace.
D’autres avis : Un papillon dans la Lune, Le monde d’Elhylandra, ou signalez-vous en commentaire

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20 commentaires sur « Ada | Elle compte pas sur ses doigts »

  1. Je connais cette autrice pour ses fictions, j’ai donc eu un méga doute si je la connaissais bien quand j’ai vu qu’elle avait écrit une biographie. J’aime beaucoup Ada Lovelace, c’est l’une de mes héroïnes *-* Du coup je sens que je vais très rapidement me procurer ce livre !! Merci pour la découverte 😀

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    1. Elle écrit de la non-fiction depuis longtemps. Lu le guides métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesse, c’était très bien aussi.
      Si Ada Lovelace est une de tes héroïnes ce bouquin est fait pour toi !

      Aimé par 1 personne

  2. Dingue. Elle a l’air d’avoir une bonne grille au bingo des malheurs de la vie…
    Je dois avouer faire partie des gens qui ne la connaiss(ai)ent pas. C’est un peu réparé grâce à ta chronique, et cela le sera encore plus à l’occasion puisque, à mon propre étonnement, je m’imagine potentiellement lire cette biographie. ^^

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  3. Sacré nana dis donc. Avec tout ça, j’en connais plus d’un.e qui aurait mis la tête sous la couette pour ne plus la sortir. Enfin, je suis à moitié surprise, parce que la force mentale des femmes n’est plus à prouver.
    Bref, je digresse. J’ai bien envie de m’intéresser à cette biographie de près. Et découvrir Dufour en passant en plus.
    Merci pour la présentation!

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    1. Ben elle se droguait, d’une façon ou d’une autre ça l’aidait à tenir et puis elle était passionnée par les maths, ça devait donner du sens à sa vie. D’autres femmes de l’époque ont sans doute eu moins que ça.
      Bonne idée pour découvrir Dufour !
      De rien ça fait toujours plaisir de partager ses bonnes lectures.

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  4. Je viens d’écouter l’épisode du jour sur les questions gynécologiques et la petite chronique du Dr était sur ce livre, purée les médecins ont été vraiment atroces avec Ada y a du coupage de couilles qui se perd

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  5. J’arrive de chez Lune qui m’a renvoyé chez toi sur cette biographie. Je confirme ce que je disais là-bas : je vais clairement lire cet ouvrage ! Merci pour cet article plein de punch !

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