Tales from the loop | Une série à ne pas looper

Tales from the loop

Impressions.

Tales from the loop est une série de science-fiction, créée par Nathaniel Halpern et diffusée par Amazon Prime depuis le 3 avril 2020.  J’ai découvert un bien étrange caillou qui lévite dans l’air. J’ai observé un vol de lucioles dans le soir tombant, entendu le déclic d’un vieil appareil photo, marché sur une rivière gelée en plein été, repeint le mur d’un bâtiment vieillissant, écouté mon écho dans le vide d’un autre… Suivez-moi et sautons à pieds joints dans la boucle…

Et si on adaptait des peintures ?

Tales from the loop est l’adaptation à l’écran de peintures numériques de l’artiste suédois Simon Stålenhag. Son projet tient en cette phrase que j’emprunte au Courrier International :

« […] dont les paysages entremêlent l’ordinaire et l’extraordinaire, la nature et la science-fiction, la nostalgie et l’anticipation. »

Une ambiance parfaitement retranscrite dans la série. On a visiblement affaire à une technologie très avancée, dans une petite ville anodine qui semble restée coincée dans les années 80.  Et en même temps cette technologie parait vieille elle aussi, tout au moins les machines qui en ont été tirées. Le design des robots a quelque chose de vieillot, on trouve des équipements rouillés abandonnés au milieu des mauvais herbes ou au fond de l’eau. C’est d’une poésie incroyable renforcée par la mise en scène, souvent contemplative.

Celle-ci alterne entre :

  • gros plans de la vie quotidienne :  une boucle d’oreille posée sur une table, une tête de lecture placée sur un vinyle, un pot en verre qui explose au sol, un ballon qui roule dans une rigole et puis s’arrête, une poisson mort dans le sable…
  • plans fixes sur les visages des personnages. J’aime particulièrement celui de la grand-mère de Cole (Jane Alexander)
  • plans larges qui mixent nature et technologie vieillissante : des bâtiments imposants au milieu des champs, des robots dans la forêt, des machines rouillées dans les feuilles mortes…

Dans ces moments, la mise en scène me procure cette même impression méditative que lorsque je regarde mes plantes pousser, mon chat profiter langoureusement d’une flaque de soleil sur le parquet ou quand je marche lentement dans la neige.

tales from the loop cole prend une photo

Narration poétique et humaniste

Nathaniel Halpern propose un format anthologique pour les épisodes de sa série, voire un fix up. En effet, chaque histoire se veut indépendante de la précédente, mais les épisodes ont des liens étroits entre eux, des personnages en commun. Les histoires rebondissent l’une sur l’autre en quelque sorte.  Une construction atypique qui participe à l’étrangeté de la série qui baigne également dans la mélancolie, renforcée par la musique lancinante.

Les récits touchent à diverses thématiques où l’être humain est au centre, la technologie servant strictement d’élément déclencheur, perturbateur. On y traitera de l’enfance, de deuil, de l’impuissance face aux événements, d’amour, de maladie, d’identité, d’échec, de nostalgie et de temps qui passe inexorablement.

tales from the loop robot

J’ai été particulièrement touchée par deux thématiques temporelles :

  • celle de l’instant parfait dont on voudrait qu’il ne finisse jamais. Une question qui obsède May (Nicole Law). Voici comment s’ouvre l’épisode (le troisième) :

Cet instant, ce merveilleux moment d’exaltation. Pourquoi finit-il toujours par passer ? Même quand on sait qu’un moment est spécial, il finit par passer. Pourquoi ne peut-on pas rester dans cet instant ? Ce sentiment ? Pourquoi ne peut-il pas durer éternellement, comme on le souhaite ?

Eh bien, la réponse est dans l’épisode : l’instant est parfait parce qu’il est fugace. Et le faire durer le corrompt irrémédiablement.

  • dans le dernier épisode, qui boucle sur le premier, on traite du temps qui passe, de la nostalgie du passé et d’accepter que les gens aient changé en son absence.  Un sujet douloureux quand on a du mal à accepter de vieillir.

Nous n’avons pas vraiment d’explications sur ce qu’est The Loop et l’étrange technologie qu’il abrite, enfin très vaguement dans le premier épisode. Tout cela est nimbé d’un mystère qui va parfois chercher du côté du fantastique davantage que de la science-fiction. C’est bien comme ça. Je ne veux pas savoir. L’aura de mystère disparaîtrait et l’explication serait forcément décevante.

A ce jour, on ne sait pas si la série aura saison 2.

tales from the loop batiments

Tales from de Loop est une série étrange, poétique et contemplative qui baigne dans une atmosphère nostalgico-mélancolique. Elle aborde des sujets très humanistes se servant de la technologie comme élément perturbateur. L’immersion est totale si on se laisse aller, sinon on pourra trouver le temps long.  A savourer lentement en profitant du moment présent.

Informations éditoriales

Tales from the loop est une série télé Amazon Prime. Une saison de 8 épisodes. A la création, on trouve Nathaniel Halpern. Les épisodes sont réalisés par différents réalisateur.ice.s dont Jodie Foster sur le dernier. Un épisode dure entre 50 et 57 minutes.

Pour aller plus loin

Le site de Simon Stålenhag (je le verrais bien invité aux Utopiales et créateur de l’affiche, pas vous ?)
Article du Courrier International.
Tales from the loop est aussi un jeu de rôles. Voir sur le site d’Arkhane Asylum Publishing.
D’autres avis : Pamolico, ou signalez-vous en commentaire.

26 commentaires sur « Tales from the loop | Une série à ne pas looper »

  1. Gros, gros coup de coeur pour moi aussi. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu quelque chose du genre. Très sympathique article de ta part qui rend bien cet univers particulièrement riche, à de nombreux niveaux. À voir. Par tout le monde.

    Aimé par 1 personne

  2. Je prends bonne note de regarder cette série, j’aime bien le concept d’adaptation des peintures. Je connaissais ce style de dessins d’ailleurs, sans connaître vraiment l’artiste, et j’aime beaucoup l’atmosphère qui s’en dégage. Ca me donne envie d’aller voir ça de plus près, tiens !

    Aimé par 1 personne

  3. Quel concept dingue quand même, une série basée sur des peintures. J’essaye d’imaginer la première fois que ça a été pitché aux producteurs…
    J’ai pris un peu peur, au-delà de l’aspect atypique de la série, en voyant l’impact émotionnel que ça semble avoir sur le spectateur. Mais ce que tu dis des thématiques temporelles me donne bien envie de tout de même tenter.

    Aimé par 1 personne

  4. Ben merci pour le lien, je suis allée regarder le site de cet artiste. C’est fascinant, imprégnant.
    Je suis d’accord avec toi, il serait parfait en Expo principale aux Utopiales et en réalisateur de la prochaine affiche.

    1- Je pense que le moment est venu que je regarde la série
    2- Le jeu m’intrigue de plus en plus…

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