Vita nostra | dura est

Vita nostra Métamophoses 1 Marina Serguei Diatchenko
Impressions.

Vita Nostra est un roman écrit par Marina et Sergueï Diatchenko et publié en octobre 2019 aux éditions de L’Atalante. Il s’agit du premier tome du triptyque des Métamorphoses. On se rend dans le bled paumé de Torpa, à l’Institut des technologies spéciales pour un travail de déconstruction-reconstruction total et sans retour. Suivez-moi…

Au commencement était le Verbe

A la source de l’inspiration de Marina et Sergueï Diatchenko, on trouve :

  • Les Métamorphoses d’Ovide (dont je pense avoir traduit des bouts en cours de latin)(j’aimais bien le cours de latin, des fois je voudrais m’y remettre)
  • Un vers du Gaudeamus (Réjouissons-nous), l’hymne internationale des étudiants. Je me suis renseignée, ayant fait mon baptême estudiantin en Belgique, je me demandais si je n’avais pas déjà entendu ce chant. Il semble que cet hymne soit plus en vogue à l’Université Catholique de Louvain (team ULB pour moi). En tout cas je n’en ai aucun souvenir alors que si vous entonnez « semeurs vaillants du rêve » je vais tout de suite réagir.

Vita nostra brevis est, brevi finietur
(Notre vie est brève, elle finira bientôt)

Ces inspirations résument assez bien ce que nous trouverons dans ce roman : le récit d’une métamorphose, lié à un apprentissage de type études supérieures.

Tout au contraire de l’incipit, qui sert à dessein à mieux déstabiliser les lecteurices par son contenu d’une banalité confondante. Complètement à l’opposé de la bizarrerie totale que l’on découvrira à la lecture.

Les prix étaient exorbitants ! En désespoir de cause, maman avait loué une chambrette orientée vers l’ouest dans un immeuble de quatre étages, à une vingtaine de minutes de la mer.
Incipit.

On suivra Sacha, brillante étudiante, très travailleuse et vouée à faire de belles études. Sur son lieu de vacances, elle fera la connaissance d’un homme qui va lui demander de faire un truc chelou à mort qu’elle ne pourra pas refuser. C’est là que commence le chemin qui va la mener à son admission à l’Institut des technologies spéciales. Elle va y étudier quoi ? Elle sait pas. Pour devenir quoi ? Elle sait pas. Pourquoi elle y va alors ? Parce qu’elle n’a pas le choix.

Un récit d’internat oppressant

A ce stade je me demande si la mention d’Harry Potter sur la quatrième de couverture n’est pas une tentative vile de l’éditeur de déstabiliser les lecteurices, histoire d’enfoncer le clou. Parce que oui, nous sommes dans un récit d’internat. Parce que oui nous sommes dans un récit d’apprentissage assez zarbi, loin de nos cursus classiques. Jusque là tout va bien. Sauf qu’on n’est PAS DU TOUT dans Harry Potter. Ou alors dans un Harry Potter en noir et blanc, à l’ambiance oppressante. Ces étudiants vivent dans la peur et même l’esprit festif que l’on y trouve semble faussé, faussé par l’énergie du désespoir.

Ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive, voient les étudiants de 2ème année se prendre des portes parce qu’ils n’arrivent plus à en trouver l’ouverture, doivent exécuter les devoirs incompréhensibles et a priori impossibles demandé par leur prof de « spécialité ». Moi non plus je comprends rien à ce qui se passe. Alors je continue à lire avec une curiosité un peu malsaine, pour assister à un programme complet de déconstruction-reconstruction.

Expliquer c’est simplifier, […]

Le processus d’apprentissage est difficile

Parce qu’apprendre est douloureux. Grandir fait mal. Pour certains le résultat peut être décevant (et à ce titre je regrette que l’on ne sache au final pas ce qu’il advient des camarades de promo de Sacha). Pour d’autres grandioses. Dans tous les cas ce sera parsemé d’embûches. C’est ce que je retiens de ce livre. Evidemment il est une allégorie.

Mais je comprends où ça me mène. Si je déconstruis moi-même les espaces de ma vie où je suis passée par là (de façon allégorique hein, ne commencez pas à me regardez de travers), j’en vois plusieurs. Je vous en raconte un, qui est le plus flagrant et que je veux bien vous partager. En 2015, je me suis cassé une vertèbre en tombant de cheval. J’ai dû me faire opérer, j’ai passé 2 semaines à l’hôpital en incapacité totale de me lever et puis je suis rentrée chez moi avec des injonctions bizarres de type pas le droit de m’asseoir.

C’est grave mais pas catastrophique, dit enfin l’homme aux lunettes noires. En fait, c’est même très utile : cela t’apprendra la discipline.

Je vous jure ce que j’ai vécu ressemble à ce que Sacha a vécu. Cassée en mille morceaux, j’ai vécu dans l’angoisse en attendant que ça aille mieux. J’avais l’impression d’avoir fusionné avec mon list d’hosto. Etre à l’hôpital dans des conditions pareilles, ça ressemble un peu à l’institut du cringe de Sacha. On voit le monde sous une différente perspective. Pouvoir se lever pour regarder par la fenêtre à quoi resemble le monde extérieur qu’on a quitté brutalement, peut donner le sentiment de voler. J’avais pas du mal à passer par les ouvertures de porte mais je vous jure la première fois qu’on m’a fait lever de mon lit, j’ai cru que j’allais jamais y arriver. Arriver à monter et descendre un escalier, les portes de la liberté.

Je ne te demanderai rien d’impossible.

De cette épreuve et des autres, j’ai tiré des leçons. L’une d’entre elle est que… vita nostra brevis est. La vie est courte est une phrase que je dis souvent depuis 3 ans, parce que à la fois soudainement et progressivement, j’ai compris. La vie est courte.

Voilà ce que je retire de ce bouquin. Une fucking allégorie sur l’apprentissage, l’apprentissage qui fait grandir, l’apprentissage qui coûte, qui fait souffrir, avec ce fucking courage infini de cellui qui n’a pas le choix. Et quand il est acquis, il devient la nouvelle norme.

Allons, relevez-vous. C’est la règle : quand on tombe, on se relève… Doucement. C’est fini.

Quid de la suite ?

Vita Nostra est le premier tome d’un triptyque. Je dis bien triptyque et non pas trilogie. Les 2 autres volumes n’auront de lien avec Vita Nostra que la thématique des métamorphoses. Où les auteurices vont iels nous emmener ? On sait pas. Quels seront les contextes ? Ca, on sait un peu : le monde des jeux vidéos pour le 2 et l’autre bout de la Galaxie pour le 3. Pourquoi on ira ? Parce qu’on n’a pas le choix, le level de la curiosité ayant atteint son maximum.

Le silence s’abattit et lui boucha les oreilles. Il vint contre elle, assourdissant, envahissant, prêt à l’aspirer, l’envelopper, la digérer. C’était répugnant et terrifiant. Dans un spasme, elle arracha le casque, et les voix avinées derrière le mur qui chantaient fort et faux lui firent l’effet d’un chœur céleste.

Vita nostra est un récit d’apprentissage déstabilisant et oppressant. Dans le même temps, il est la parfaite allégorie des apprentissages plus classiques qu’un être humain peut vivre ou subir tout au long de sa vie. J’en attends la suite, qui n’en est pas une, avec impatience.

Informations éditoriales

Roman écrit par Marina et Sergueï Diatchenko. Premier tome du tryptique Métamorphoses. Publié pour la première fois en 2007. 2019 pour la traduction française aux éditions de L’Atalante. Traduit du russe par Denis E. Savine. Illustration de couverture Joséphine Cardin/Trevillion Images. 525 pages.

Pour aller plus loin

Mes impressions : Harry Potter sur le blog.
D’autres avis : Les critiques de Yuyine, Sometimes a book, Un papillon dans la Lune, L’épaule d’Orion, Quoi de neuf sur ma pile ?, Au pays des cave trolls, Nevertwhere, Chuuuut maman lit, 233°C, Le Bibliocosme , Ombre Bones, ou signalez votre chronique en commentaire.

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35 commentaires sur « Vita nostra | dura est »

  1. Merci pour ce billet très personnel. ❤ Tu t'ajoutes au concert de louanges. C'est amusant, ton billet ne me donne pas du tout la même impression que ceux de Vert et de Baroona: il m'a évoqué Red Sparrow, le film avec Jennifer Lawrence, qui a quelque chose du récit d'internat oppressant… [Insérer un smiley au regard fou]

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    1. De rien 🙂
      Pas du tout pensé à ce film ni en lisant le livre ni en rédigeant la chronique. Plutôt à ma propre vie et aux épreuves que j’ai traversées, ce qui est inquiétant en soi…
      (si tu fais clic droit tu as accès aux émojis normalement 🤪)

      Aimé par 1 personne

      1. Ah merci pour l’astuce. Mais… Ça ne marche pas sur mon ordinateur. Lol. Un jour je me pencherai sur le truc et je chercherai comment on fait. En attendant, mentionner « un smiley au regard fou » m’amuse aussi. 😀

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      2. Ah, ah, j’ai trouvé un petit module pour Firefox. 🤩 C’est un chouïa moins pratique mais ça a l’air de marcher. 😊

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  2. Intrigant, fascinant…si je comprends l’esprit, la forme ne m’apparaît pas totalement ce qui rajoute au mystère donc à l’envie. Je garde pour plus tard, quand mes.synapses réapparaîtront

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    1. La forme est normale, c’est le fond qui est particulier ^^ Mieux vaut être dispo du côté du cerveau pour lire ce livre en effet. Non pas qu’il soit ardu, il se lit tout seul mais pour mieux appréhender ce qu’il a à offrir, prendre le temps d’y réfléchir.

      Aimé par 2 personnes

  3. Une vraie claque ce roman. Une grandiose allégorie de l’apprentissage, une expérience de lecture troublante. Vita Nostra restera dans les mémoires et j’ai moi aussi très très très hâte de voir ce que les auteurs vont nous offrir par après.

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  4. Il a l’air sympa ce livre… =P
    Très très content que tu l’aies apprécié – les chances étaient bonnes, mais le risque toujours là. Avec en plus une incroyable résonnance personnelle, ça doit rendre le truc encore plus waouh. Et oh que oui on a envie de lire les autres volumes, même si la barre est – très – haute.

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  5. Avis très intéressant, je suis contente de voir qu’il t’a autant pu qu’à moi 🙂 Moi aussi je suis assez curieuse de voir ce que les auteurs vont nous réserver pour les deux autres tomes !

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    1. Merci ! J’espère que ça ne tardera pas trop, la seule info que j’ai trouvé c’est 2020 pour le 2 mais ça date d’avant la fin du monde les cartes risquent d’être rebattues.

      Aimé par 1 personne

  6. Huhu, je ne savais pas pour la mention d’Harry Potter, c’est fou. Cette lecture a dû être une expérience particulièrement éprouvante par rappot à ton vécu. En tout cas, je suis curieuse de découvrir Vita Nostra à mon tour ! (encore plus s’il est indépendant des deux suivants)

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  7. Bon j’ai à peu près abandonné l’idée de le chroniquer de mon côté alors j’ai pu lire ton article. C’est touchant cette résonance que tu as ressentie avec ton propre vécu. Je n’ai pas connu d’épreuves aussi fortes que toi, mais j’ai moi aussi été happée dans cette lecture, fascinée autant que déroutée par cette formation spéciale. Je lirai aussi les tomes suivants, bien intriguée par les sujets que tu mentionnes.

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  8. J’ai envie de le lire pour savoir comment je vais y réagir par rapport à ce que j’ai vécu :p

    (ton expérience perso fait rebond, je n’ai pas eu ce sentiment de voler la 1ère fois où j’ai pu me relever mais j’ai compris tous les mécanismes physiques qui entraient en jeu pour tenir débout par ex :p)

    J’ai hâte!

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