Les Tripodes | 1 classique de la littérature jeunesse

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Les Tripodes est une trilogie de science-fiction post-apocalyptique à la destination de la jeunesse. Ecrite par John Christopher, elle fût publiée initialement en 1967 et 1968. La traduction française par Michèle Poslaniec à L’école des Loisirs date de 1986-1987. Ce livre est toujours édité aujourd’hui. Il a même eu droit à son intégrale, en 2017. Vous vous doutez que j’ai quelques petites choses à dire au sujet de cette trilogie. Alors libérez-vous de votre Résille et à l’assaut des Tripodes !

Remise en contexte

Le vrai nom de John Christopher est Sam Youd. Il a écrit des bouquins sous pas moins de 8 pseudonymes. Peu ont été traduits en français. Il est anglais, né en 1922, décédé en 2012.

La Trilogie des Tripodes est sa première incursion dans le domaine de la littérature jeunesse. Les Tripodes (on ne pourra pas s’empêcher d’y voir une allusion à La Guerre des Mondes de H.G. Wells) raconte comment les êtres humains asservis par des extra-terrestres vont se battre pour retrouver leur liberté, dans un monde retombé socialement et technologiquement au Moyen Age. Un quatrième volume, une préquelle, a été publié en 1988 mais n’a pas été traduit en français.

Il y a même eu une série télé, produite par la BBC en 1984 et 1985. Malheureusement elle n’a pas connu de saison 3 et reste inachevée. Je vais cependant peut-être me la procurer car elle a de bons échos. Je ne donne pas cher des effets spéciaux mais ça peut être rigolo. Il paraitrait également que Disney a un projet de film mais il est constamment repoussé depuis 1997. L’espoir fait vivre.

J’ai lu cette trilogie pour la première fois, je devais avoir 11 ans. Il est fort probable qu’il s’agisse de ma première lecture science-fictive. J’avais emprunté les trois livres à la bibliothèque, je n’ai acquis les livres que fort tardivement, en 2008 et me suis pris l’intégrale pour cette ultime relecture. Cette trilogie a eu une grande importance dans ma vie de lectrice. Elle m’a beaucoup marquée et je n’ai jamais oublié les circonstances qui l’a menée entre mes mains. C’est un livre auquel je pense de temps en temps et qui n’est pas étranger à mon attrait pour le postapo.

Les 3 tomes

En tomaison les 3 livres des Tripodes font chacun moins de 200 pages. La langue est facile d’accès. Sur le site de L’école des Loisirs, ils sont indiqués en 13+. Bon. Honnêtement je pense qu’un bon lecteur pourra lire ce bouquin dès 10 ans si pas plus jeune. Ou alors les standards ont complètement changé, depuis le temps, je ne sais pas. Moi à 13 ans je découvrais Stephen King et Angélique Marquise des Anges. Par contre, je déconseille l’intégrale en-dessous de 13 ans. En fait le livre est très lourd à cause du papier utilisé (qui est très agréable au demeurant), je pense simplement que pour un gosse ça fait trop lourd au poignet, à moins de lire le livre posé sur un support.

Les Montagnes Blanches, tome 1

Will Parker a 13 ans et il doit être Coiffé l’année prochaine. La Cérémonie consiste à l’arrivée d’un Tripode qui prend les jeunes de l’année pour leur souder une sorte maillage sur le crâne : la Résille. Après ça, les enfants deviennent adultes. Les adultes sont entièrement soumis à la volonté des Tripodes, des extra-terrestres qui ont envahi la Terre il y a 100 ans.

Mais les enfants ne sont pas Coiffés et Will fait partie de ceux qui se posent des questions, remettent en doute la mainmise des Tripodes sur l’humanité. Mais c’est très vague bien sûr, car il n’a aucun élément d’esprit critique dans son éducation. Donc il accepte son quotidien. Jusqu’à ce qu’un homme de passage doté d’une fausse résille pour passer inaperçu le remarque et lui donne les informations pour s’enfuir de l’autre côté de la Mer (La Manche, on est en Angleterre) et rejoindre les Montagnes Blanches (les Alpes) où la résistance s’est réfugiée.

Ce premier tome est donc le récit de son voyage avec ses rencontres, ses doutes, ses luttes, dans un classique et très efficace récit initiatique bien rythmé.

La Cité d’or et de plomb, tome 2

Will a rejoint la résistance dans les Montagnes Blanches. Il est envoyé avec 2 compagnons participer aux Jeux organisés chaque année en Allemagne. Les gagnants sont emmenés pour devenir les serviteurs des Tripodes, dans une joie extatique bien sûr. C’est donc l’occasion de pénétrer au cœur de la cité des Maîtres (comme les Coiffés les appellent) pour en savoir plus, voire même apprendre comment s’en débarrasser.

Dans ce tome on rencontrera les Tripodes, ou plutôt leurs occupants puisque les Tripodes sont des machines. On verra Will et son compagnon chercher à en savoir plus sur le fonctionnement des extraterrestres mais aussi survivre au traitement qui leur est infligé. C’est mon tome préféré ! Ca fonctionne à fond et le tout est bien évidemment saupoudré d’aventures et de rebondissements.

Le Puits de feu, tome 3

La résistance s’organise pour se débarrasser des Tripodes. Il y a urgence puisque Will et Fritz ont appris dans la Cité que les Tripodes attendaient l’arrivée d’un vaisseau contenant du matos pour changer l’atmosphère de la Terre pour la rendre habitable aux Tripodes … et par là même inhabitables aux humains.

Il s’agit donc de tout le récit montrant comment les résistants planifient l’annihilation des Tripodes, la coopération internationale, la redécouverte des anciennes technologies… Un grand récit d’aventures à nouveau et un parcours semé d’embûches bien ficelé même si on a parfois l’impression que c’est un peu « facile ».

Les thématiques

Quête d’apprentissage

Le personnage de Will est très intéressant. Le récit est raconté de son point de vue, à la première personne. Evidemment John Christopher va le placer dans des situations qui vont lui permettre de le faire évoluer. Will est très impulsif ce qui va lui créer quelques soucis, par exemple dans son rapport conflictuel avec Ulf. Il a aussi un côté un peu passif dans le tome 2, pendant que son compagnon d’infortune moins bien loti que lui se démène. Il n’est pas parfait, il a des travers assez commun chez les humains et c’est très appréciable. On le voit évoluer, grandir. Mais aussi on se rend compte qu’il n’y a pas besoin d’être parfait pour s’en tirer. Il faut être suffisamment bon, et avoir un peu de chance.

Autre point important : Will est un garçon normal. Il est juste le fils du meunier de son village. Il n’est pas l’Elu de quelque chose, il n’a même pas de don particulier, au contraire de son pote Beanpol qui est très intelligent. C’est un garçon bien bâti et fûté mais pas hors du commun.

Les héros de cette histoire, Will et ses amis sont des ados et ont un rôle d’ados. Bien sûr leur rôle est essentiel mais cela a une bonne et simple raison : seuls les jeunes peuvent entrer dans la Cité. La part belle est aussi faite à l’amitié dans l’adversité. Will a pas mal de problèmes relationnels avec les autres (de type ado normal) et doit apprendre à passer au-dessus parce que ces gens sont de son côté.

Importance du libre arbitre

Ce livre est conçu pour que les jeunes lecteurs (et les moins jeunes) prennent conscience de la valeur du libre arbitre. C’est vraiment central dans le récit. La Résille vient signifier l’annihilation de la liberté de penser : les adultes n’ont aucune volonté de se rebeller et même adorent leurs Maîtres. Elle les maintient dans le droit chemin, leur ôtant également toute créativité et curiosité. On peut même pousser le bouchon plus loin en parlant de comment les Tripodes sont parvenus à conquérir la Terre et qui est très clairement une critique de l’abrutissement des masses par la télévision.

Dans le premier volume, il y a quelques chapitres très intéressants où, blessé, Will va être recueilli par une famille de nobles, Coiffés bien sûr, qui s’attachent à lui. Il va s’éprendre de la fille de la maison et être confronté à un sérieux dilemme : poursuivre l’aventure ou rester là, accepter d’être Coiffé et vivre une vie tranquille pépère de riche oisif. Cela me fait penser au personnage de Cypher dans Matrix qui trahit ses compagnons pour pouvoir avoir cette vie tranquille pépère, même s’il sait que c’est du fake.

Il y a aussi tout un discours sur l’importance de l’entente entre les humains pour éviter de reproduire les erreurs du passé. John Christopher ne se leurre pas trop mais ses personnages respirent son idéalisme : il faut essayer quoi qu’il advienne.

Une vision positive de la science

John Christopher s’attache à proposer une vision positive de la science. Dans le roman, la société est retombée dans un passé presque moyenâgeux. L’électricité, les trains, les avions, tout cela a disparu avec l’asservissement aux Tripodes. Le premier tome s’introduit en parlant des horloges du village qui sont très rares et précieuses. Christopher veut clairement nous montrer que la technologie et la science a disparu de ce monde-là. On ne peut pas réfléchir, être curieux sur le monde, faire preuve d’inventivité sans libre arbitre. Et c’est bien la science qui va aider les résistants à se débarrasser du joug des Tripodes.

L’intérêt pour la science est matérialisé par le personnage de Beanpol qui tout au long des trois tomes se montrera très curieux face aux technologies perdues des anciens. Son intelligence et sa créativité sont mises en avant.

Egalement, John Christopher met beaucoup de science dans son livre. De la pression de l’air à la fabrication d’alcool avec de la levure et du sucre, en passant par le fonctionnement d’un ballon dirigeable, il distille le goût de la science entre ses pages. C’est bourré d’ingéniosité avec un côté limite MacGyver parfois, c’est super chouette.

Où sont les filles ?

Eh bien il n’y en a pas ou presque. Ce n’est pas vraiment un reproche juste une constatation ; vu l’époque où ces livres ont été écrits, cela n’a rien d’étonnant.

Cela m’a assez marqué car dans tout ce qui concerne la résistance, jamais aucune femme n’est mentionnée. Même pas pour faire la popotte. Comme si cette partie de l’humanité n’existait pas ou n’était pas capable de se rebeller.

On parle des Vagabonds qui sont des ratés de la Résille qui leur grille le cerveau, ce qui fait qu’ils errent en village en village en vivant de charité publique. Jamais la possibilité qu’il puisse y avoir des femmes parmi eux n’est évoquée.

On a un rôle féminin important dans la premier tome : Héloïse. Elle est le « love interest » de Will pendant un bout de l’histoire. Comme je l’explique plus haut est « utile » à l’histoire car elle sème le doute en Will quant à la poursuite de sa quête. C’est une part importante dans les pérégrinations du personnage. On apprend ce qui lui est arrivé dans le tome 2, mais là encore elle n’est là que pour montrer ce qu’on fait aux filles qui sont envoyées à la Cité des Maîtres. Ce n’est pas un personnage qui a une existence propre. Après, elle porte une Résille, cela lui serait de toute façon compliqué.

Mais du coup, c’est vraiment le seul personnage féminin construit du récit. Il y a vaguement la mère de Will, la mère d’Héloïse, peut être l’un ou l’autre personnage très secondaire rencontrée en cours de route et encore je ne suis pas sûre. C’est assez fou et ça m’a un peu sauté au visage.

La Trilogie des Tripodes est une formidable histoire de résistance face à l’asservissement de l’humanité par des extraterrestres. La notion de libre arbitre y est interrogée et la place de la science va se révéler prépondérante dans le déroulé de la narration. John Christopher centre son récit autour du personnage de Will, un garçon somme toute assez banal qu’il va faire évoluer en le confrontant à bien des épreuves.

Informations éditoriales

Trilogie écrite par John Christopher en 1967-1968. 1986-1987 pour la publication française à L’école des loisirs. 2017 pour l’édition en intégrale. Traduit de l’anglais par Michèle Poslaniec. Titre original : Tripods Trilogy. Titre original Tome 1: The White Moutains. Titre original Tome 2 : The City of Gold and Lead. Titre original Tome 3 : The Pool of Fire. Illustration de couverture pour l’édition intégrale : Vincent Mahé. 609 pages pour l’édition intégrale.

Pour aller plus loin

D’autres avis : La Fille qui n’aimait rien (et qui pourtant a bien aimé), ou signalez-vous en commentaire.

29 commentaires sur « Les Tripodes | 1 classique de la littérature jeunesse »

  1. Très bon article ! Je me suis replonger dans cette histoire qui m’avait marquer dans mon adolescence quand je l’avais pris au CDI du collège. De l’excellente SF pour ado, notamment le passage dans la cité des tripods qui m’avais vraiment marquer. Par contre je n’avais pas du tout remarqué l’absence de personnages féminin à l’époque (je devais avoir 12 ans, il y a vers l’an 2000) et je trouve ça fou, ça devait me paraître normal à l’époque 😕.

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    1. Merci 🙂 Je n’avais pas remarqué non plus. Je ne pense pas que je l’avais plus remarqué quand je les ai relus en 2008 d’ailleurs. Ca n’en fait pas pour autant un mauvais livre juste quand ça saute aux yeux c un peu choquant.

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  2. Je ne connaissais pas et à l’âge que tu dis j’étais entre Jules Verne et Alexandre Dumas…et après il y a eu Stephen King comme toi et autres trucs du genre et Eugène sue, Victor Hugo,
    Bref, c’est bizarre que ça ne revienne pas à travers un gros studio puisqu’on a vu des trucs bien plus bancals adaptés au ciné.
    A quel âge, les Wells? 😋

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    1. C entre les mains de Disney depuis plus de 20 ans apparemment.
      L’homme invisible vers 10 ans je pense ? J’ai lu La guerre des mondes plus tard je ne sais plus quand peut être 13 ans ? Les autres je les ais lus beaucoup plus tardivement.

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  3. bonsoir
    pour un vieux lecteur sf John Christopher est bien connu pour ses romans catastrophes Terre brulée et l’hiver éternel, il faut le signaler c’est un classique de ce sous-genre en sf adulte (bon d’accord je suis de 1954) je tenais à le signaler, c’est bien pour présenter cet auteur
    jean pierre frey

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  4. Je ne vais pas être innovant : je n’en avais jamais entendu parler et ça a l’air fort sympa. C’est cool en plus que tu les apprécies toujours autant en relecture.
    Tu envisages de lire la préquelle en VO ?

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    1. Oui c’est encore très chouette. Evidemment certaines ficelles et facilités me sautent aux yeux mais la nostalgie fonctionne très bien pour gommer ça. C’est très riche et très fûté comme bouquin en fait et je pense que cette lecture m’a permis de le conscientiser (d’où les 200 mots de chronique XD).
      Est-ce que j’envisage de lire la préquelle ? Pas du tout 😀 Ca ne m’intéresse pas vraiment en fait. Ils expliquent déjà comment les Tripodes débarquent sur Terre dans la trilogie et là il n’y aura pas de nostalgie, donc ça ne m’intéresse pas vraiment.

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  5. Je ne connais pas non plus, dommage car je suis sûre que j’aurais aimé lire ça ado. Il faut que j’y repense dans 10 ans quand les enfants auront l’âge ^^
    P.S. tu as écrit partout Jon alors que sur la couverture c’est John 😉

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  6. On m’en avait parlé il y a une grosse dizaine d’années (« une copine de classe » quand je faisais la formation libraire). Je ‘lavais noté mais je ne l’ai jamais lu. Tu en parles plutôt bien… et du coup comme j’ai une filleule et une demi-soeur de 13 ans… ça pourrait être pas mal de leur faire découvrir (et le découvrir en même temps!).

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