Le tombeau des lucioles | par Isao Takahata

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Le tombeau des lucioles est un film d’animation japonais réalisé par Isao Takahata et sorti dans les salles japonaises en 1988. Une création du tout jeune (à l’époque) studio Ghibli. Il faudra attendre 1996 pour le voir dans les salles françaises. Ce film poignant raconte comment deux enfants tentent – vainement- de survivre après avoir perdu leur mère dans le bombardement de Kobé à l’été 1945. J’ai revu Le tombeau des lucioles et je vous en touche quelques mots.

Contexte de production

Le tombeau des lucioles est l’adaptation d’une courte histoire semi-autobiographique, La tombe des lucioles, écrite par Akiyuki Nosaka : la mère adoptive de l’auteur et de sa petite sœur meurt dans un bombardement américain lors de la Seconde Guerre Mondiale. Il se retrouve alors seul avec sa sœur au milieu d’une ville en ruine et celle-ci meurt de malnutrition. J’ai ce texte en ma possession et je compte le lire très prochainement.

Le jeune studio Ghibli, qui a jusqu’à présent sorti Le chateau dans le ciel sous le label Ghibli et Nausicaa de la vallée du vent avant la création du studio mais avec la même équipe, se lance un défi de taille puisque Mon voisin Totoro et Le tombeau des lucioles vont être produits en même temps. Les deux films sortent au cinéma le même jour : le 16 avril 1988, l’un réalisé par Hayao Miyasaki, l’autre par Isao Takahata. Deux projets bien éloignés thématiquement, même s’ils mettent tout deux au centre du récit 2 enfants de la même fratrie.

Dans les bonus de mon édition bluray, on pourra apprendre que l’équipe du film s’est beaucoup documenté afin d’apporter un rendu extrêmement réaliste. Ils ont consulté de nombreux documents, parlé à des rescapés. Le réalisme est en effet une des grandes qualités du film. Les bombes incendiaires, la ville de Kobé décimée par le feu, la reconstitution du Japon de l’époque rendent le propos plus glaçant encore.

Contexte narratif

« La nuit du 21 septembre 1945, je suis mort. »

La scène d’ouverture du Tombeau des lucioles est très forte. On voit le jeune Seita mourir dans une gare. Au milieu des passants, dans l‘indifférence générale, voire même la moquerie du personnel d’entretien. On y voit la fameuse boite de bonbons, tout cabossée, qui servira de fil rouge au récit. Jetée dans l’herbe, elle refera surgir avec les ossements qui s’en échappent, les lucioles, la guerre, les évènements qui ont conduit Seita, 14 ans, à mourir seul, dans une gare.

Retour en arrière. Nous sommes à Kobé, à l’été 1945. La ville est régulièrement sous le feu des bombardements américains. Setsuko et Seita ont l’habitude de devoir courir à l’abri anti-aérien. Ce jour-là, leur mère, cardiaque, part avant eux. Les deux enfants n’atteindront jamais l’abri anti-aérien. Ils errent dans les ruines avant de retrouver d’autres rescapés. Leur mère est très grièvement blessée et décède. Ils sont confiés à leur tante qui leur fait largement savoir qu’ils sont indésirables, des bouches inutiles à nourrir quand le riz est rationné. Seita emmène alors sa petite sœur vivre dans un abri en pleine nature.

Un film bouleversant 

Ils vivent des moments de joies simples, les lucioles qui illuminent leur grotte, la baignade, la balançoire que Seita a construit à l’entrée de leur abri, cette fameuse boite de bonbons que la petite Setsuko va toujours garder près d’elle, comme un talisman. Ces moments sont d’autant plus touchants que l’on sait pertinemment comment tout cela va finir. Car la faim les rattrape.

« Ce ne sont que des enfants, faites quelque chose » est sans doute la pensée qui m’est venu en tête le plus souvent lors de mon visionnage. Au-delà de l’horreur tragique de la situation, on éprouve un écœurement infini pour l’injustice de cette situation. Les lucioles peuvent faire penser aux brandons des bombes incendiaires tombant sur Kobé mais elles évoquent surtout, symboliquement, la vie éphémère de deux enfants qui ne demandaient qu’à vivre l’insouciance de leur âge.

Le tombeau des lucioles met en scène le récit de deux enfants isolés et abandonnés dans un pays en guerre qui n’a aucune solution à leur apporter. Le destin tragique de Seita et Setsuko bouleverse et suscite un profond sentiment d’injustice. Isao Takahata fait le choix d’un réalisme brut et extrêmement documenté pour nous montrer les horreurs de la guerre du point de vue de deux enfants. A voir, ou à revoir si vous en avez le courage. Se munir de mouchoirs est conseillé.

Informations éditoriales

Film d’animation du studio Ghibli réalisé par Isao Takahata en 1988. Distribué en France par Kazé. 1h33. Je l’ai regardé en Bluray, issu du coffret limité « Candy Box ». Il n’a plus l’air d’être disponible sous ce format mais mis à part la boite métallique et le fascicule avec quelques explications et des images du film, cette version n’apporte pas grand chose. Je suppose que les quelques bonus peuvent être trouvés dans d’autres éditions.

Pour aller plus loin

A voir aussi deux films d’animation japonais qui traitent de la Seconde Guerre Mondiale au Japon : L’île de Giovanni et Dans un recoin de ce monde.
D’autres avis : Chez Iceman, signalez-vous en commentaire.

30 commentaires sur « Le tombeau des lucioles | par Isao Takahata »

  1. En 46 ans d’existence, c’est le seul film qui m’a fait chialer. Je ne l’ai d’ailleurs vu qu’une seule et unique fois, et je suis absolument incapable de le revoir tant il m’a bouleversé. C’est sans doute l’œuvre audiovisuelle la plus poignante qui existe sur cette planète.

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  2. 😭
    Ce film est aussi grand qu’il est triste.
    Je ne savais pas pour la sortie conjointe avec « Mon voisin Totoro ». C’est fou, je ne sais pas si on peut faire deux films aussi opposés dans les sentiments qu’ils procurent. ^^

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    1. Oui j’ai appris ça via les bonus et un peu de recherche Internet. Apparemment ils ont même fait des doubles séances et si la séance Tombeau puis Totoro passait bien, l’inverse pas du tout, les gens ne regardaient pas le Tombeau en entier quand ils avaient vu Totoro avant.

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  3. Comme tu le dis, prévoir des mouchoirs… C’est un film qui marque, même avec un ou deux visionnages (https://www.cheziceman.fr/2018/tombeaudeslucioles/) . Maintenant il y a un élément à prendre en compte c’est ce contexte historique. Un peu comme l’Allemagne de la guerre, on voit une entité endoctrinée par le pouvoir et pourtant il faut apporter des nuances. Le Japon rural n’était pas aussi enclin à sacrifier sa jeunesse, par exemple. La figure sacrée de l’empereur était pourtant bien présente mais petit à petit ce tabou autour de cette période se dévoile à travers des écrits. Ici Takahata, qui avait 10 ans en 45, y met un peu de sa propre enfance, de son vécu en plus de cette reconstitution. Et c’est finalement ce qui rend le film touchant. Il ne triche pas.

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  4. Je ne connaissais que de nom mais ce que tu en dis m’incite à le découvrir, merci ! Même si je sens que le visionnage va être difficile…

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  5. Je ne l’ai jamais vu, mais au vu des sujets qu’il traite et des émotions qu’il semble transmettre, ce serai dommage de passer à côté 🙂
    Je le retiens pour le regarder un jour où je me sentirais d’attaque pour de telles émotions 😀

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  6. Je l’ai vu une fois et il m’avait déjà bien chamboulée. Vu comment je réagis à la moindre maltraitance infantile actuellement je pense que je pleurerais comme une madeleine si je le revoyais, donc je crois que ton article me suffira comme rappel ^^

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  7. Je ne l’ai pas vu… il parait que c’est un must seen…. mais je ne pense pas que je pourrais 😉 AHAH… naaan mais naaan c’est trop « triste » (pareil pour Hachiko… naaan je peux pas…)

    Merci pour ta chronique… elle donne quand même envie de le regarder (même si on sait qu’on va être déchirée…)

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  8. C’est le seul film qui m’ait fait pleurer.
    Je ne sais pas si j’aurai le courage de le revoir un jour, mais son désespoir et sa poésie m’ont profondément marquée.

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  9. Ce film est un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir. Mais je rechigne souvent à le visionner parce qu’il fait aussi un mal de chien.
    Je te conseille aussi Dans un recoin de ce monde, très beau et dur également.

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  10. Vu il y a une dizaine d’années et bon sang les larmes…
    Ce sentiment d’injustice, de révolte parce que oui, juste des gosses…

    Il y a 2/3 ans j’ai commencé un manga (inspiré de la vie de son auteur), Gen d’Hiroshima (c’est en plusieurs tomes) et ça raconte toute cette période : l’enodctrinement, la bombe puis la misère, les gosses ayant survécu abandonnés à leur sort, rejetés même par les survivants de famille au second degré (parce que une ou deux bouches à nourrir en plus, ben pas possible), le système de débrouille. Et sans compter les effets à court ou moyen terme de l’irradiation.
    Faudrait que je retourne en bibli pour la finir…

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