Une prière pour Owen |LISEZ-LE !

Impressions.

Par où commencer ? Comment parler de ce livre bouleversant, inoubliable ? Il s’agit de ma deuxième lecture, la précédente datant d’il y a plus de 10 ans. Le même choc, les mêmes rires, les mêmes larmes, la même plongée dans la vie de Owen Meany et de son meilleur ami, John Wheelwright.

Le livre le plus vrai

Owen Meany est un garçon tout petit, tout léger à la voix complètement déglinguée et à la personnalité bien trempée. John Wheelwright, le narrateur est un garçon tout ce qu’il y a de plus normal, voire un peu effacé. Si c’est l’histoire d’Owen que John raconte en premier lieu, c’est aussi la sienne, intimement liée au destin d’Owen Meany. Destin décidé par Dieu, destin qui sera révélé à Owen d’une bien étrange façon et qui façonnera ses actes jusqu’à sa réalisation.

– Le petit Jésus n’a pas besoin de chance, rétorqua Barb Wiggin.
– VOUS VOULEZ DIRE QUE JESUS A EU DE LA VEINE ? EH BIEN MOI, JE CROIS QU’IL AURAIT EU BESOIN D’UN PEU PLUS DE CHANCE, SURTOUT A LA FIN !
– Mais, Owen, renchérit le recteur Wiggin, il a été crucifié certes, mais il a ressuscité. N’est-ce pas la preuve qu’il fut sauvé ?
– IL A ETE MANIPULE !

S’il ne devait rester qu’un livre sur terre. C’est celui-là que je choisirais de garder. C’est le livre le plus juste, le plus vrai qu’il m’ait jamais été donné de lire jusqu’à présent.

Mais pourquoi ?

Les personnages sont tellement bien dessinés que l’on a l’impression de vivre avec eux, de les avoir en face de nous. Ils sont d’une cohérence parfaite, leurs attitudes ne nous paraissent jamais sorties de nulle part ou ne correspondant pas à ce que l’on aurait pu s’attendre d’eux. Ils ont leur caractère, leur façon de parler, d’agir, comme s’ils étaient vrais ou avaient vraiment existé.

Je partageais le dégoût de ma grand-mère pour le mot recteur; il ressemblait trop à rectum pour être pris au sérieux.

L’histoire et sa narration sont stupéfiantes de réalisme et de justesse également. John raconte, dans l’après coup, comment il en est venu à croire en Dieu. Les 700 pages du livre sont consacrées à expliquer les premières phrases du livre :

Si je suis condamné à me souvenir d’un garçon à la voix déglinguée, ce n’est ni à cause de sa voix, ni parce qu’il fut l’être le plus petit que j’ai jamais connu, ni même parce qu’il fut l’instrument de la mort de ma mère. C’est à lui que je dois de croire en Dieu ; si je suis chrétien, c’est grâce à Owen Meany.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas le récit d’une grenouille de bénitier. C’est un récit poignant sur l’amitié inconditionnelle, sur la foi et le rapport à la religion, sur la politique américaine en particulier pendant la guerre du Viet-Nam.

Depuis le lointain Noël 1953, j’ai toujours considéré cette période de fête comme un enfer pour les familles qui ont subi la perte d’un être cher et qui ne sont pas au complet ; la prétendue coutume des cadeaux vaut autant pour ceux que l’on donne que pour ceux que l’on reçoit. C’est à Noël que nous prenons conscience de ce qui nous manque.

Du passé au temps présent, la narration de John Wheelwright ne donne jamais l’impression d’être décousue, tout s’enchaîne avec fluidité. A tel point que l’on se demande quelle part de lui-même John Irving a placé dans ce livre. D’ailleurs, il partage de nombreux points communs avec John Wheelwright.

Le style d’Irving est imparable. Il manie l’ironie, l’absurde et l’émotion d’une main de maître, nous faisant passer du rire aux larmes comme un public de pièce de théâtre. Dans le domaine de l’absurde, on ne peut échapper à la scène d’Owen en troisième esprit de Noël dans la pièce annuelle adaptée du conte de Dickens, celle de la coccinelle au milieu du gymnase ou encore celle de la Nativité, Owen jouant le rôle du petit Jésus. Quant aux larmes, on n’y échappera pas à plusieurs reprises.

Ils disent que tu es « magnifique », que tu as une « présence immense ».
– ILS ME TRAITENT D’AVORTON ! DE NABOT ! D’HOMONCULE !
– Encore heureux que le rôle soit muet, lui rappelai-je.
– BRAVO ! TRES DROLE !, dit Owen.

Non, vraiment, jamais un livre n’aura atteint, à mes yeux, un tel degré de perfection. A lire absolument.

Informations éditoriales

Titre original : A Prayer for Owen Meany. Traduit de l’américain par Michel Lebrun. Publié pour la première fois en 1989. 699 pages.

13 commentaires sur « Une prière pour Owen |LISEZ-LE ! »

  1. Ah, John Irving, toute ma jeunesse. C'était il y a fort longtemps, au siècle denier. Je me souviens surtout du célèbrissime Monde selon garp. Je n'ai pas lu Une prière pour Owen. Une lacune à combler, sans aucun doute.

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  2. Je partage entièrement ton avis, ce livre quel choc… Il m'avait fallu quelques semaines pour digérer la fin, et pendant ce laps de temps, impossible de lire autre chose. De tous les romans d'Irving que j'ai lus, seul « l'oeuvre de dieu la part du diable » m'a autant émue. Et je reste admirative face à un auteur capable d'inventer de telles histoires…

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  3. @ Anne Sophie : sage décision !

    @ (papy) arutha : Irving étant un auteur intemporel, il reste très lisible au 21ème siècle.

    @ Folfaerie : je garde un excellent souvenir de L'oeuvre de Dieu (…), qu'il faudrait d'ailleurs que je relise aussi.

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  4. Pour le challenge ABC, j'ai hésité entre celui-ci et « Le monde selon Garp » pour finalement prendre ce dernier. Mais si son style me plait, après ta critique, aucun doute je lirai ensuite Une prière pour Owen ».

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  5. C'est marrant comme ce livre est soit très apprécié, soit très « détesté ».
    Pour ma part, j'ai pas su terminé le livre, un peu trop tiré en longueur et j'ai eu pas mal de difficulté avec le style de l'auteur.
    Enfin, il en faut pour tous les goûts 😉

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