Perfect Sense | fat and flour

Impressions.

L’autre ce soir je suis allée voir Perfect Sense. Et j’ai été transportée. J’ai lu par ci par là des critiques vraiment pas tendres pour ce film mais à moi il m’a fait un effet assez intense. Alors j’ai décidé de vous en parler en détail.

Une étrange épidémie se propage à travers le monde : après une crise de larmes subite et inexplicable, les gens perdent tout aussi soudainement … leur odorat. C’est pas contagieux, ça va revenir. Oui mais en fait non. Parce qu’après l’odorat vient la perte du goût et après le goût … Tout cela associé à chaque fois à une émotion violente (différente pour chaque et en lien avec le sens perdu) qui crée un chaos de plus en plus important dans l’organisation de la société.
 
Pour vous expliquer pourquoi ce film a été une claque, il faut que je vous parle de tout à fait autre chose. Actuellement, je suis en train d’écouter en podcast des émissions de « Les nouveaux chemins de la connaissance » diffusées sur France Culture sur le thème « Emerveillez-vous ». Dans le premier épisode, les intervenants décortiquent le concept d’émerveillement dans tous les sens du terme, expliquant entre autres que le sentiment d’émerveillement n’est pas forcément quelque chose qui procure une joie extatique et qu’il peut être très angoissant aussi (je laboure grossièrement sans doute mais je ne suis point philosophe).
 
Le rapport avec le film me direz-vous ? Eh bien on est en plein dans cette notion de l’émerveillement angoissant. Après la perte d’un sens qui bien évidemment devient de plus en plus déstabilisant puisque touchant de plus en plus à l’intégrité de leur perception du monde et leur capacité de communiquer avec les autres, les gens finissent par s’adapter et de ressentir les choses différemment. Comme dit dans le film, la vie continue. Un des deux personnages principaux est chef dans un restaurant et ce n’est pas anodin : quoi de mieux que ce haut lieu des sens pour se rendre compte de l’adaptation de l’humanité face à la perte de l’un d’eux ? Par exemple, après que les gens aient perdu leur odorat, ils se mettent à épicer, sucrer, saler etc davantage les aliments (rappelons que le goût et l’odorat sont fortement liés).
 
Bref, donc, les gens s’adaptent et découvrent le monde autrement. Et ça, c’est merveilleux. Mais c’est vachement angoissant aussi. Et ça le devient de plus en plus au fur et à mesure que les sens s’en vont, surtout que les crises d’émotions fortes annonçant la perte de sens en rajoutent une couche. Mais malgré tout il faut continuer à aller de l’avant et de faire du monde autre chose que « du gras et de la farine » ( qui rend mieux en anglais, avec l’allitération « fat and flour »).
 
A la fin du film, j’ai dû sérieusement me retenir de pleurer (non je n’ai pas perdu mon odorat ; enfin si un peu mais c’est à cause de mon nez bouché), du même genre de pleurs qui m’avait envahie quand j’ai eu terminé ma lecture de La Route. (Bon, je ne pouvais pas, dans la cohue de la sortie de la salle de ciné, on a sa fierté tout de même.) Ma mention de La Route n’a rien d’un hasard, je trouve les thématiques de ce film très proches : comment dans un monde en ruine encore ressentir de l’espoir alors qu’on ne voit pas la lumière au bout du tunnel ?
 
Ne croyez pas les gens qui vous diront que ce n’est qu’un film de plus qui parle de la fin du monde ou d’une pandémie destinée à mener la société à sa perte ou encore d’une histoire d’amour à deux euros quarante. Ce film, il parle d’émerveillement et puis c’est tout.

Informations éditoriales

Réalisé par David MacKenzie. Film britannique. Année de production : 2012. Durée : 1h32.

8 commentaires sur « Perfect Sense | fat and flour »

  1. Je viens de le voir également et j'ai adoré également (et, histoire de compléter le tout, je viens d'en parler également! ^_^). Je suis d'accord pour le côté « émerveillement », ces crises d'avant-perte et cette réadaptation d'après-perte sont étonnantes. Et inattendues quand on y pense, on aurait facilement pu verser dans un pessimisme morbide.
    Maintenant, il me manque la dernière étape. Elle me hante, je n'arrive pas à la concevoir, car avec elle, plus de vie possible pour moi…

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