Black-Out | En plein blitz

 

En 2060, le métier d’historien a bien changé : plus questions de lire des vieux bouquins poussiéreux dans d’immenses bibliothèques. Le boulot se passe sur le terrain ! En effet, nonobstant quelques restrictions, les historiens se rendent sur place, dans le passé, pour observer le passé en situation réelle. On leur crée un personnage, leur donne des papiers, de l’argent, des indications pour se trouver un travail une fois sur place, une date de départ et de retour et hop c’est parti. C’est ainsi que nous allons suivre, pendant plus de 600 pages, les recherches de plusieurs historiens du futur en plein blitz londonien.

Les aspects historiques du roman sont précis, passionnants, documentés certainement. On s’y croirait ! J’ai appris plein de choses ou remis en place dans mon cerveau certaines informations que je connaissais mais que je voyais tout à fait différemment ou que je n’avais pas vraiment conscientisées auparavant. Entre les enfants londoniens évacués dans les campagnes, les bombardements nocturnes de Londres ou encore le rembarquement des troupes lors de la débâcle de Dunkerque.  Le roman est de ce fait très prenant et les pages se tournent toutes seules.
J’ai cependant un certain nombre de reproches à faire à ce livre, qui s’ils n’ont pas entaché mon envie de tourner les pages et de connaître la suite, me font me demander comment ce livre a pu recevoir 3 prix et non des moindres.
Tout d’abord, bien que cela soit un personnage que l’on ne verra pas (les protagonistes passent leur temps à lui courir derrière), j’ai trouvé la personnalité de Dunworthy, l’historien chef qui décide de qui part quand et où, quelque peu paradoxale. On nous présente le personnage comme étant très prudent : les historiens doivent prendre leur précautions quant au lieu où ils vont résider dans le passé, ils ne doivent pas s’approcher d’endroits qui vont être bombardés, même s’ils connaissent par avance les dates de ces bombardements. Logique, en soi : il n’a pas envie de se retrouver avec des cadavres sur les bras.
Par contre à côté de ça, au début de l’histoire, il chamboule tous les programmes de tout le monde, ce qui fait que nos historiens se retrouvent à devoir changer l’ordre de leurs voyages, à être mal préparés du coup car ils ont peu de temps pour engranger de nombreuses informations. Rajoutons à cela que les différents départements qui permettent aux historiens de se préparer sont des foutoirs intégraux : ils n’ont pas suffisamment d’habits d’époque, c’est la croix et la bannière pour apprendre à conduire une voiture des années 40, etc. Tout ceci va complètement à l’encontre de la prudence la plus élémentaire.
Bref, j’espère qu’il va y avoir une explication du comportement de Dunworthy dans la seconde partie parce que là ça me parait juste incohérent. Cela donne l’impression que c’est juste un prétexte pour lancer le roman (oui parce que vous vous douterez qu’à cause de tout ces chamboulements de programme, les 4 historiens envoyés en Angleterre en 1940 vont se retrouver confrontés à quelques problèmes …)
Également, j’ai eu, pendant quasi tout le livre, l’impression d’être coincée dans un cauchemar de poursuite interminable. Vous savez ces rêves ou vous essayez désespérément de faire quelque chose, d’aller quelque part ou de trouver quelqu’un et vous n’y arrivez jamais ? Black-Out c’est ça. Pendant quasi 700 pages.  On a l’impression que les personnages sont englués dans un magma qui les empêche d’agir comme ils le veulent, qu’ils ont continuellement dans bâtons dans les roues. Ça fait partie de l’histoire mais tout de même c’était assez exaspérant à la longue.
J’ai aussi trouvé que les dialogues étaient trop longs, trop nombreux et souvent inutiles. J’aurais bien voulu vous proposer un extrait pour vous montrer, mais comme le principe est que ces dialogues s’étalent sur la longueur, ça aurait été trop long a vous montrer ici. Souvent les dialogues amplifient l’effet de « rêve de poursuite ». Vraiment spécial comme procédé, j’ai eu du mal à m’y faire.
Cette lecture m’a néanmoins beaucoup plu.  A ranger dans la catégorie divertissement intelligent : c’est un excellent page-turner. Mais au-delà de ça, on est plongé au cœur d’une période de l’histoire tout à fait passionnante, le lecteur suit les événements avec des gens on ne peut plus normaux, pas de grands héros de guerre ou de grands généraux, dans leur quotidien, et ça c’est vraiment intéressant.
POUR ALLER PLUS LOIN
Publié pour la première fois en 2010.
2012 pour la traduction française chez Bragelonne.
Traduit de l’anglais (US)  par Joëlle Wintrebert.
Titre original : Blackout
Photographie de couverture par Shutterstock

672 pages

Prix Nebula 2010, Prix Hugo 2011, Prix Locus 2011.
AILLEURS

 

16 réflexions sur “Black-Out | En plein blitz

  1. « … me font me demander comment ce livre a pu recevoir 3 prix et non des moindres. »
    Les prix, cela devient du copinage voire du commercial.

    Encore un livre éliminé de ma wishlist virtuelle. 🙂

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  2. Sage décision, moi j'étais restée comme une conne sur la dernière page en me disant nan mais c'est pas possible on ne peut pas me faire ce coup-là. Après j'appréhende un peu le prix du second en numérique … Je vais ptètre devoir attendre qu'il diminue.

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  3. J'avais déjà pas accroché à Sans parler du chien, donc je sais d'ors et déjà que Black Out n'est pas pour moi. J'étais quand même curieuse de lire ta chronique, pour voir si c'était moi qui était passée complètement à côté de l'auteur ou pas! ^^

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  4. Huhu, je pense que j'aurai tiqué moi aussi sur ce principe de précaution peu respecté.
    Ne pouvoir citer des dialogues à cause de leur longueur, c'est déjà un très bon indice… de ladite longueur justement.
    Héhé, Yume m'avait mis la pression pour découvrir ce livre, ma libraire aussi ; j'ai tenu bon, c'était les deux d'un coup ou rien.
    Je pense que du coup, le fait de signaler que c'est un peu comme un cauchemar sur 700 pages me permettra sans aucun doute de mieux l'appréhender lors de ma lecture.

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