La vierge froide et autres racontars | En provenance du Groenland

La vierge froide et autres racontars
Impressions n° 250

Jørn Riel nous offre un petit livre de portraits touchants et savoureux d’une bande de chasseurs-trappeurs passant l’hiver dans la nuit polaire du Groenland. Entre comique de situation et humour noir, ces histoires courtes font sortir des sentiers battus. Certaines histoires m’ont davantage plu que d’autres mais dans l’ensemble aucune ne s’est avérée ennuyeuse.

Portraits groenlandais

Laissez-moi avant tout tout vous dire deux mots de l’auteur : Jørn Riel. Ce monsieur, qui n’est plus tout jeune (1931), a fait partie d’une expédition scientifique au Groenland dans les années 50. Il y a passé 16 ans et en a tiré une série de petits livres humoristiques : les Racontars arctiques qui content les (més)aventures de chasseurs-trappeurs danois au Groenland. La vierge froide et autres racontars, paru en 1974 au Danemark, en est le premier volume.
Ce recueil de « racontars » est un assemblage d’historiettes indépendantes les unes des autres mais ayant un fil rouge : ses personnages. Valfred, Anton, William le Noir, Herbert, Lodvug, Bjørken, Lasselille, Museau, Mad Madsen, Le Comte et quelques autres animent ces histoires à la limite burlesque, au comique de situation fréquemment de la partie. Les portraits de ces chasseurs, naïfs, non dénués d’une forme d’idiotie touchante nous sont présentés par des descriptions imagées :
Bjørken était assis à sa table. Il avait une paire de petites lunettes rondes sur le nez et un bout de langue au coin droit de ses lèvres. Bjørken est un homme long et d’un blanc farineux. Il avait l’air meutri alors que personne ne l’avait cogné depuis la grande bataille de Kap Thompson six ans auparavant. Une de ses oreilles pendait comme une feuille de chou fanée juste au-dessus de sa mâchoire et ses dents supérieures étaient cassées, ce qui lui avait valu d’être affublé du surnom d' »épaulard ». Entrer dans l’histoire.
Mais aussi et surtout par des dialogues. Ainsi, se portraitise  le Lieutenant Hansen et ses aspirations militaristes qui finissent par agacer  ses compagnons:
– Nous allons constituer une unité, nous serons comme un poing, un poing d’acier qui frappe impitoyablement.
– Qui va-t-on frapper? demanda Bjørken soudain intéressé
– L’ennemi, asséna le Lieutenant. La compagnie de chasse m’a autorisé à créer une milice dans cette zone, en accord naturellement, et en partie en coopération, avec les autorités militaires de la Métropole.
– Diable, dit Valfred secouant la tête avec inquiétude, il y a encore la guerre là-bas en bas?
– Pas encore, mais la guerre arrive, prophétisa le Lieutenant Hansen, la guerre est toujours à la porte. Si elle arrive ici, elle ne nous prendra pas au dépourvu. C’est pour cela que j’ai tout pouvoir ici pour constituer et entraîner une compagnie. Le dressage d’un Lieutenant.

 

De rocambolesques aventures

Entre l’histoire du cuisinier chinois qui tombe à l’eau (Le vent du sud-est), celle du type qui y voit tellement que dalle qu’il prend un ours pour un de ses chiens (Entrer dans l’histoire), ou celle du tatoueur qui tatoue la moitié de la station en un hiver (Le tatoueur), le lecteur ne manquera pas de passer de situation rocambolesque en situation rocambolesque. Evidemment les femmes brillent par leur absence (La vierge froide) dans ces histoires de types perdus au milieu de la glace en pleine nuit polaire.
Mais mes nouvelles préférées sont:
  • Alexandre. L’attachement d’Herbert à son coq Alexandre qui ne supporte pas très bien l’hiver arctique. Touchant et un peu triste.
  • De joyeuses funérailles. Cocasse de bout en bout, ces funérailles complètement FOLLES où on trimbale un cadavre de campement en campement sur un traîneau et qu’on attache à une chaise pour qu’il assiste à son propre repas d’enterrement.
  • Le roi Oscar,  qui met mal à l’aise par le retournement de situation final, à la fois drôle et horrible.
Oui il y a en effet un petit côté humour noir dans ces histoires. Je suppose qu’il en faut pour survivre à un tel mode d’existence.
J’ai beaucoup apprécié ma lecture, c’est une découverte littéraire totale. Cela dit, je ne pense pas lire les 9 autres recueils de racontars qu’a, entre autres choses,  produit l’auteur: je crains que cela ne devienne répétitif et puis, comme dirait l’autre: so many books, so little time.
Et vous ? Vous avez déjà lu cet auteur? Ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ? Envisageriez-vous de le lire ? Est-ce que ça vous arrive de lire des livres qui sont à 1000 lieues de votre zone de confort ?

Informations éditoriales

Ecrit par Jørn Riel. Publié pour la première fois en 1974. 1993 pour la traduction françaises aux éditions Gaïa. 10/18 pour l’édition poche. Titre original : Den Kolde jomfru og andre skrøner. (Ça vous fait une belle jambe n’est-ce pas?). Traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet. Illustration de couverture : détail d’un dessin de Rea Irvin. 158 pages, soit 1.1 cm d’épaisseur.

Pour aller plus loin

Lu dans le cadre de blog-en-bib, 2ème édition: Explications du concept. Le choix parmi pas moins de 10 propositions.
La photo est de moi et est sous licence Creative Commons BY-NC-ND 3.0.

10 réflexions sur “La vierge froide et autres racontars | En provenance du Groenland

  1. Systia

    (Ah bah dis-donc, je n'avais pas vu passer l'article où tu présentais ton choix… Mais a priori je n'ai pas loupé d'autres articles, je suis rassurée)

    \o/
    Je suis ravie que ce petit livre t'ait fait passé un bon moment.

    Cette opération Blog-en-bib semble être une réussite, jusque là, c'est chouette 🙂

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  2. Juste des republications entre les deux. Par quel moyen suis-tu la sortie des articles?

    Merci pour cette lecture sympathique 🙂

    Oui c'est un succès. J'espère que cela donnera des idées lectures aux lecteurs et lectrices du blog également.

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  3. Systia

    Je te suis sur FB. J'ai fait des listes (dont une « blog littéraires ») que je visite chaque jour pour ne pas louper les publications (que FB n'affiche a priori pas à tout le monde).
    Comme j'ai vu passer toutes tes autres publications, ça doit être une inattention de ma part je suppose.
    Du coup ça m'a évité le « Oh mon dieu, va-t-elle aimer sa lecture ? Mon livre a été choisi, j'ai la pression » ^^

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