J.G. Ballard, nouvelles complètes 1963/1970 | Ballardons-nous épisode 2

Nouvelles complètes 1963 1970 tome 2

Impressions.

Il y a un an environ je vous parlais de ma lecture du premier tome de l’intégrale des nouvelles de Ballard. Je réitère cette fois avec le tome 2, qui propose 36 textes initialement publiés en langue anglaise entre 1963 et 1970 en 690 pages. Ballardons-nous, épisode 2…

Tristram éditions produit pour ce second tome à nouveau un excellent travail éditorial, avec trois retraductions et deux inédits. Deux inédits qui démontrent avant tout que Ballard est un auteur qui fut beaucoup traduit en français. On pourra découvrir grâce à la tables matières que l’auteur a été publié au travers de nombreux recueils. 36 textes, 690 pages de bonne littérature.

On retrouve dans ce second opus certaines des obsessions de l’auteur. On en trouve une en particulier qui m’avait semblé beaucoup moins présente dans le premier volume : des histoires tournant autour d’un couple homme-femme dans une relation soit amoureuse, soit de malade à garde-malade ou encore de couple en déliquescence. La femme bien qu’évanescente a souvent une emprise forte sur l’homme.

Ces nouvelles sont la plupart du temps écrites à la première personne dans un contexte narratif surréaliste et onirique, on est plus souvent dans le registre du fantastique que de la science-fiction (L’astronaute mort, L’homme enluminé, Soudain l’après-midi, Le jeu des écrans, Oiseau des tempêtes, rêveur des tempêtes, j’arrête-là mais il y en a un paquet d’autres).

Il est aussi souvent question de plages, de sable (par exemple : Cri d’espoir cri de fureur). Honnêtement , toutes ces nouvelles donnent des envies de psychanalyse de comptoir à coup d’interprétations de rêves pseudo-freudiennes.  C’est assez fou, dalien aussi. Le célèbre peintre est mentionné dans les Notes de nulle part de La traversée du cratère et si je n’aurais pas fait le lien par moi-même, il est vrai qu’on pourrait qualifier Ballard de Dali de la littérature. Les titres des nouvelles sonnent d’ailleurs souvent comme des noms de tableau.

Il reste fasciné par la notion de réalité (Les chasseurs de Vénus, Moins 1) et par les faux semblants (Identification) ou encore par le temps (Temps de passage, Du fond des âges, Le jour d’éternité).

J’ai choisi trois nouvelles à qui va ma préférence :

  • L’homme subliminal. Une nouvelle glaçante sur la société de consommation poussée à son paroxysme. Entre uniformisation et obsolescence programmée, cette nouvelle a quelque chose de visionnaire.
  • Le géant noyé. Le corps d’un géant anthropomorphe est retrouvé sur une plage. Le narrateur nous explique le démantèlement de son cadavre. Cette nouvelle ne raconte littéralement pas d’histoire. Je m’en fous j’ai adoré.
  • Trajectoire imprécise. Se passe dans la forêt amazonienne. Deux hommes recherchent une capsule spatiale qui y aurait atterri et plus particulièrement son occupant. Ils font faire la connaissance d’un troisième, obsédé par les horloges et qui semblent avoir trouvé le moyen de contrôler les autochtones. Pourquoi ? Comment ? La fin est géniale.

Lire les nouvelles de Ballard vous donnera souvent l’impression d’être coincé dans la psyché de cet homme. Il y a quelque chose d’indécent de lire ainsi ses pensées, ses obsessions sans pour autant en comprendre toutes les finalités. Sa réalité est déformée et déformante et y plonger c’est se laisser happer par l’étrangeté. 

Informations éditoriales

Publié aux éditions Tristram en 2009. Contient 36 nouvelles publiées initialement entre 1963 et 1970. Edition établie sous la direction de Bernard Sigaud.  Traduit de l’anglais par: Guy Abadia, Paul Alpérine, Pierre Billon, Michel Demuth, Alain Dorémieux, Pierre-Paul Durastanti, Elizabeth Gille, Philippe R. Hupp,  Maxime Jakubovski, René Lathière, Alain Le Bussy, Robert Louit, Bruno Martin, Henri-Luc Planchat, Christine Renard, Pierre K. Rey, François Rivière, Bernard Sigaud, France-Marie Watkins. Couverture par T. Dubreil (graphisme) et Paul Murphy (photographie). 692 pages.

Pour aller plus loin

Mes impressions sur les nouvelles complètes de Ballard tome 1 (1956-1962).
Le Bifrost n°59 est consacré à Ballard.
D’autres avis : signalez-vous en commentaire

pavé de l'été

13 commentaires sur « J.G. Ballard, nouvelles complètes 1963/1970 | Ballardons-nous épisode 2 »

  1. Un auteur dont j’apprécie beaucoup ce que j’ai lu (trop peu malheureusement, son Livre d’Or et le recueil « Vermilion Sands » dont le titre rejoint ce que tu dis sur la plage et le sable et dont les nouvelles au sommaire sont dispersées sur le tomes 1 et 2 de cette intégrale) et qu’il faudrait que je continue à découvrir. Il y a pas mal de ses récits (pas forcément relevant des littératures de l’imaginaire d’ailleurs, comme « Sauvagerie » par exemple) qui m’intéressent.
    Il faudrait que je me procure ces trois tomes.

    Sur les trois nouvelles que tu cites, deux sont dans le Livre d’Or, j’en ai encore des souvenirs très nets. « L’homme subliminal » pose un constat réutilisé récemment par Jean Baret dans « BonheurTM », et « Le géant noyé » ne raconte rien, si ce n’est l’éternelle bêtise humaine.
    Ballard est un auteur fascinant, qui a vu venir beaucoup de choses sur les comportements humains.

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    1. C’est du beau travail ces intégrales tu ne le regretteras pas si tu te les procures.
      Haha, ce n’est pas parce qu’elle ne raconte rien qu’elle ne dit rien c’est clair ^^

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  2. Intéressant tout ça, comme ton avis sur le tome 1. Ça n’a rien à voir mais j’ai vu Ballard cité dans cet article que je lisais justement cette après-midi: https://www.sanctuary.fr/article/33593/ (Attention, l’affiche du film abordé pique les yeux. Visiblement les bikinis et le botox existaient déjà du temps improbable des dinosaures et des humains des cavernes. LOL.)

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  3. Il y a un an environ je commentais que je tenterais plutôt par quelque chose de plus court… et ce n’est pas encore fait. À l’année prochaine pour l’épisode 3 et voir si j’ai progressé ?

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      1. Qu’est-ce qui n’est pas chez FolioSF ? Après recherche, il y a trois romans, mais ce sont des romans « d’apocalypse » qui ne me tentent pas particulièrement. Mais je lirai du Ballard un jour, promis !

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