Model Home | Rivers Solomon

Model home est le quatrième roman de Rivers Solomon, publié Aux Forges de Vulcain fin 2025. Il a été traduit par Francis Guévremont. Je suis entrée dans la famille Maxwell, j’ai rencontré la femme sans visage, j’ai souffert avec Ezri, je vous dit ce que j’ai pensé de cette histoire à haute teneur en traumas familiaux.

Remise en contexte

Des écrits de Rivers Solomon parus en français, j’ai presque tout lu. J’ai lu son premier roman qui nous envoyait à bord d’un vaisseau générationnel qui revisite les oppressions raciales. J’ai lu son second, mon préféré, qui nous emmène sous la mer à la rencontre des enfants des femmes esclaves enceintes que l’on a jetées par-dessus bord pendant la traite des Noirs. J’ai lu son troisième roman où l’on suit le parcours de Vern, un personnage qui ne rentre dans aucune case. Je n’ai pas encore lu le court recueil de nouvelles, Soif de sang, mais il est dans ma Pile à Lire.

Et donc finalement, j’ai lu Model Home, paru au dernier trimestre de 2025. Un roman que l’auteurice avait évoqué lorsqu’iel avait été invitée à la librairie Les mots à la bouche en le présentant comme un roman de « maison hantée ». On va revenir là-dessus.

Avant tout, petit pitch : Ezri et ses sœurs reviennent dans la ville où iels ont grandi suite au décès, suspect, de leurs parents dans la maison familiale. Ezri revisite son passé pour nous confier la terreur que leur inspirait cette maison en plein dans un quartier blanc, où il se passait des choses pas nettes du tout et une enfance marquée par une mère certes aimante mais aussi très contrôlante et autoritaire, alors que le père est à peu près absent de tous ces souvenirs.

Le sens du devoir me pousse à retenir mes cris, mais franchement, dans mon fragile for intérieur, je préfèrerais boire de la chaux vive que de retourner dans la maison de maman et papa, la maison de la Mère Cauchemar.

Lhorreur pour parler du racisme

On ne « sent » pas vraiment la maison hantée de tout le récit. Pendant la majorité du récit, on n’y est jamais autrement que par le souvenir. je me demandais est ce vraiment une histoire de maison hantée, en tout cas pas classique, pas au sens ou la maison devient un personnage aussi. Ca m’a un peu gênée et puis j’ai fini par m’y faire. Par contre on sent cette famille dysfonctionnelle, à quel point les enfants ont eu du mal à grandir dans cette ambiance délétère de terreur suscitée par la maison, mais aussi par la tyrannie de la mère et l’absence du père.

Par certains aspects, ce livre m’a fait penser à Get Out de Jordan Peele qui se sert aussi de l’horreur pour tenir un propos sur le racisme. Dans Model home, une famille noire vient s’installer dans un quartier blanc qui leur est hostile. Les phénomènes effrayants qui se produisent dans cette maison et le mal-être des enfants viennent signifier cette hostilité.

On trouve aussi un propos sur l’enfant d’Omelas, celui de la nouvelle d’Ursula Leguin, qui revient à plusieurs reprises, qui obsède Ezri, iel l’intériorise et décide de le protéger., en même temps l’enfant d’Omelas c’est lui.

Je ne suis pas une personne, je suis un lieu où se produisent des choses horribles.

J’ai trouvé toute la partie qui raconte par flashback le passé de cette famille, du point de vue d’Ezri, trop longue, répétitive, mais quand la résolution finale est arrivée, je me suis dit, ha on y est enfin, et j’ai terminé le livre rapidement.

Au final, avec Model home, Rivers Solomon cherche à montrer comment un environnement hostile finit par coloniser l’intime et inversement. Oui, j’ai parfois trouvé le récit long, étouffant. Mais cette sensation participe aussi de l’expérience: celle d’un trauma qui tourne en boucle. D’ailleurs, je me suis sentie libérée de cette chape de plomb à partir du moment où on sent venir une vraie résolution.

Informations éditoriales

Roman écrit par Rivers Solomon. Publié initialement en 2024. 2025 pour la publication française aux Forges de Vulcain. Traduit de l’anglais (US) par Francis Guévremont Titre original : Model Home. Illustration de couverture parElena Vieillard. 352 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Les lectures de Shaya, Les critiques de Yuyine, ou signalez-vous en commentaire.

Un commentaire sur « Model Home | Rivers Solomon »

Répondre à softlymiracle13f4862d95 Annuler la réponse.

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