Le loup mongol | Comment Temudjin devient Gengis Khan

Impressions n°169

Le loup mongol est un livre que j’ai lu lorsque j’avais 19 ans. Il est sans doute un peu le point de départ de cette envie de découvrir la Mongolie. Je m’y étais plongée avec délectation, voire avec ferveur. Mangeant les pages à la même allure que des chevaux galopant sur la steppe. Quid de ce retour aux sources ?

Le chien lape bruyamment, m’avait dit un ami, aboie sous la peur, gémit sous les coups. Le loup, lui, aspire l’eau en silence, hurle ses amours sous la lune et affronte la mort sans une plainte. Jamais il ne se laissera passer un lien autour du cou et préfèrerait mourir que négocier sa liberté.

Le loup mongol est le récit de la vie de Tèmudjin, alias Gengis Khan vu au travers des yeux de son ami, Bo’ortchou. Le roman commence par leur rencontre, comment Bo’ortchou offrit sa fidélité à celui qui deviendrait le Khan des khans alors qu’il n’était encore rien.  Et Bo’ortchou de nous conter comment son ami va peu à peu changer, devenir ce guerrier invincible et cruel que l’on connait. Cruel, certes oui, mais qui ne l’était pas dans les steppes mongoles au 12ème siècle ? Ce que nous montre l’auteur avec ce roman, c’est une personnalité nuancée qui va au-delà de l’épithète de sanguinaire qu’on lui accole. Ne nous trompons pas, cela ne fait pas de l’homme qui ne partageait ni ses femmes, ni ses chevaux, ni le pouvoir, un enfant de cœur.  Cela en fait un humain. Qui aussi habile en politique et sur le champ de bataille qu’il soit, peut se tromper dans ses relations avec les autres.
En parallèle de l’histoire de Gengis Khan, celle de Bo’ortchou, bras droit de Gengis Khan ayant réellement existé. Elle est fort triste. Bo’ortchou est un idéaliste exclusif, en amour, avec les chevaux et en amitié. Cela lui causera énormément de souffrance. C’est là que l’auteur frappe juste en le prenant lui comme narrateur et comme personnage principal  :  entre deux champs de bataille, les drames du quotidien et la beauté des paysages viennent mettre du sentiment dans tout ce sang.

Les jours passèrent à observer les grands troupeaux de saïgas, et les fauves qui les suivaient, scrutant à travers le mirage des brumes, l’antilope blessée, affaiblie ou trop jeune. La nuit, nous regardions les étoiles ; écoutions la brise qui glissait haut dans le ciel ; le campagnol farfouillant au seuil de ses galeries, indécis ; ou le jappement d’une hyène. Et quand la lune se montrait, nous distinguions les silhouettes prédatrices qui hachuraient de leurs pas incessant le plateau infini. Les lendemains, c’était comme si nous avions rêvé : à perte de vue, pas une ombre sur laquelle accrocher le regard. Seul le bourdonnement des mouches nous maintenait en éveil.

Je ne sais quelle est la part de vérité historique dans ce roman. Je suppose que les éléments purement historiques sont fidèles. Pour les détails, les caractères des personnages, celui des chevaux, les femmes qui traversent la vie de Bo’ortchou ( et bien souvent du coup celle de Témudjin), je ne sais pas. En tout cas c’est réaliste. Cela me donne vraiment envie de découvrir Histoire secrète des Mongols, chronique mongole du XIIIe siècle, qui est la première référence de la bibliographie de fin de volume. Bibliographie bien fournie, qu’Homéric a couplé avec un voyage sur place avant de s’atteler à l’écriture.
L’écriture est à la fois moderne et poétique. L’auteur mélange savamment des mots du langage courant actuel et des mots mongols, en général pour désigner des éléments typiques du pays et de l’époque, comme les vêtements ou la nourriture. Il y a un petit glossaire à la fin qui aide à s’y retrouver quand on se lance dans la lecture. Le choix de la modernité dans l’écriture est un excellent pari même s’il mène à des anachronismes (et des fautes culturelles sans doute également) : la lecture est rapide, fluide. L’histoire en elle même est passionnante, même si certaines descriptions de tortures ou de scènes de viols (faisant partie de la tradition guerrière) peuvent rebuter.

L’étalon noir décocha quelques morsures dans le vide pour remettre un peu d’ordre parmi ses fiancées. Râblé, la crinière longue et ondulante, le toupet fourni qui s’effilochait jusqu’au bout du nez et lui cachait une partie de l’œil gauche, on supputait la petite frappe autoritaire et jalouse.

Les chevaux tiennent un place particulière dans ce récit. N’oublions pas qu’Homéric les connait bien. Et ça se sent. Il leur donne une âme en évitant l’écueil de l’anthropomorphisme. Rien que pour ça le livre est une réussite. Les passages parlant des chevaux, de l’amour que Bo’ortchou leur porte, des galops enivrés de liberté avec son Peur d’Ours, sont sans doute ceux que je préfère. Oui, inconsciemment, ce livre fut le point de départ de mon envie de découvrir la steppe mongole.
POUR ALLER PLUS LOIN

Publié en 1998 chez Grasset & Fasquelle

Couverture Document D.R.

77 pages

Prix Médicis 1998.
A noter : l’édition au Livre de Poche semble épuisée, ce qui est fort dommage. L’édition en GF chez Grasset est quant à elle bien disponible.

 


La photo a été prise par DIGITALAIN.

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