La tortue rouge | oeuvre à la fois universelle et personnelle

La tortue rouge par Michael Dudok de Wit. Un conte philosophique à la portée universelle

 

Impressions n°239

Loin de l’agitation du monde, un naufragé apprend à surmonter les épreuves, à se construire une famille et à vivre dans l’instant présent. Avec un esthétisme qui frise la perfection,  Michael Dudok de Wit raconte une histoire universelle, un conte philosophique, sans un mot, juste des images et de la musique. Au spectateur de se sentir questionné par ce que le film peut lui apporter.

 

L’histoire de la vie

Un homme fait naufrage sur une île déserte. Sous l’œil facétieux d’un groupe de crabes, il construit un bateau en bois de bambou. Mais une fois en mer, le radeau se disloque. Alors notre homme recommence, en construisant un nouveau bateau plus solide que le précédent. Mais toujours ces coups de boutoir non identifiés détruisent son bateau, le forçant à retourner sur l’île à la nage…
Pour un film qui dure 1 h 20, La tortue rouge raconte bien des choses. Les coups du sort, les échecs, la violence, la rédemption, la rencontre de l’autre, l’amour, la mort, la famille, un enfant qui grandit … Tout cela est épuré, se concentre sur l’essentiel puisque cet homme, et plus tard sa famille, vit dans le dénuement le plus total. Il s’abreuve à même une flaque d’eau et se nourrit de fruits. Le seul objet « civilisé » que l’on voit de tout le film est une bouteille en verre qui s’est échouée sur la plage (bon d’accord presque : il y a aussi une chaloupe et un tonneau mais ils ne font pas long feu). Pourtant ce qui se passe dans le film a beaucoup résonné en moi. Parce que pour finir ce qui arrive à cet homme, c’est ce qui nous arrive à tous : la vie, dans tous ses aspects.
Sur le radeau. La tortue rouge par Michael Dudok de Wit.
Notre Robinson tente de quitter l’île

Un conte philosophique

Le fantastique et l’onirisme  de certaines scènes ne viennent absolument pas contredire l’universalité du propos. Ils le servent, simplement. Ils nous invitent au voyage, à nous laisser aller. J’ai passé une partie du film dans un état de semi-relaxation, le temps s’était ralenti pour prendre le rythme de la vie sur l’île.

La tortue rouge est un conte optimiste malgré qu’il s’y passe des événements assez durs. L’échec est considéré comme une étape indispensable, la rédemption y est envisageable, la reconstruction inévitable. Il montre que le bonheur est possible, en dépit mais aussi grâce aux épreuves.

Il y aurait tant à dire sur le symbolisme de la lenteur et celui de l’échouement dans ce film, mais il me faudrait trop en dévoiler. En lieu et place, je vous conseille plutôt de voir le film et de vous faire votre propre idée : il est si riche que je suis sûre que vous n’y trouverez pas la même chose que moi.

La philosophie de ce film correspond à des réflexions que j’ai depuis un an. Je ne sais pas où elle me mèneront, mais au final, et c’est aussi ce que La tortue rouge montre : ça n’a pas beaucoup d’importance, car ce qui compte c’est maintenant.

 

La tortue rouge. La tortue rouge par Michael Dudok de Wit.
La tortue rouge

 

Un film muet à la réalisation perfectionniste

Le travail des images et de l’animation est remarquable. Il n’y a aucune parole dans le film, alors l’animation, la mise en scène et la musique remplacent les dialogues. La mélodie récurrente de la musique, composée par Laurent Perez Del Mar (Zarafa), trotte longtemps dans la tête.

Michael Dudok de Wit, dont La tortue rouge est le premier long-métrage, a travaillé dessus pendant 9 ans. 10 jours pour le scénario, 5 ans pour l’animatique (maquette du film), 2 ans et demi de réalisation, après un an et demi d’attente. Les dessins sont faits manuellement au stylet numérique, les décors au fusain, seule la tortue est animée en 3D.  Un éloge à la lenteur bien dans l’esprit du film.

Et toi, cher lecteur, chère lectrice ? Tu l’as vu ? Plutôt d’accord ou pas d’accord avec mon avis ? Tu comptes le voir ?

Informations éditoriales

Sorti dans les salles françaises le 29 juin 2016. Réalisé par Michael Dudok de Wit, scénarisé par  Michael Dudok de Wit et Pascale Ferran. Durée : 1h20. Produit par les studios Ghibli. Prix spécial Un certain regard à Cannes en 2016.

Pour aller plus loin

Un article de l’Express qui explique la genèse du film : La tortue rouge, une nouvelle vague de poésie.
D’autres avis : Le capharnaüm éclairé, Le blog du cinéma, Le blog de KerouVim,

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9 réflexions sur “La tortue rouge | oeuvre à la fois universelle et personnelle

  1. Je voulais le voir celui-là, mais forcément, comme c'est un peu un film de niche, il n'est pas très bien distribué…
    Du coup ça attendra, mais je suis content de voir qu'il est au niveau auquel je l'attendais. 😉

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  2. Il n'est pas si mal distribué que ça. Plus de 200 séances en France en semaine 3. En comparaison Conjuring 2, sorti la même semaine en a 300. Il est plutôt dans la moyenne haute des distributions si je regarde Allociné. Evidemment c'est sans comparaison avec les gros films qui font dans les 600-800 séances la semaine de leur sortie, mais on aurait même pas rêvé ça pour La tortue rouge.

    Aux Halles, en semaine 2, ils le passaient en salle 2, qui est une des plus grandes salles du ciné.

    En plus il y avait très peu de sorties, en cause l'Euro.

    Sont pas un peu nuls les cinés par chez toi ? :'(

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  3. Celui que je fréquente, si. C'est bien simple, c'est un multiplexe qui ne prend AUCUN risque, uniquement des films bankables…

    Après, le film passe dans quelques villes à plus ou moins 30 minutes de chez moi ou à Rennes, mais comme j'ai des prix à ce fameux multiplexe, je n'ai pas envie de payer plein pot ailleurs… J'avoue, j'ai ma part de responsabilité. 😛

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  4. Dommage… Dans ce genre de cas je suis d'autant plus contente de vivre dans une -très- grande ville.

    Il se verra aussi bien sur une télé cela dit, mais faut se mettre en mode immersion, pas se lever, mettre sur pause ou autre. Le film est assez lent, faut accepter de passer 1h20 en mode ralenti.

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