Entends la nuit | Ou allume la lumière

Entends la nuit catherine dufour

Impressions.

Entends la nuit est un roman fantastique écrit par Catherine Dufour et publié en 2018 aux éditions de L’Atalante. L’autrice entreprend par ce roman de répondre à cette question : « et si Twilight avait eu conscience des classes sociales, ça aurait donné quoi ? »

Le prince charmant peut-il rêver d’une prolote ?

Myriame a 25 ans et vient d’être embauchée en CDD à la Zuidetoren, une entreprise spécialisée en immobilier (ne m’en demandez pas plus) . Elle découvre les joies de Pretty Face, le logiciel de surveillance des employés, les locaux vétustes et des employeurs d’une radinerie ébouriffante. C’est par Pretty Face qu’elle fait la connaissance de Vane, un mystérieux « supérieur hiérarchique » qui semble s’intéresser à son insignifiante petite personne.  Fascinée, elle va jouer un jeu dangereux avec ce type bizarre dont les manières et l’allure semblent tout droit sorti d’un autre temps.

Catherine Dufour voulait faire un anti-twilight, je ne vous apprends rien, c’est écrit sur la quatrième de couverture (et dans l’intro, oups). On trouve les codes du « genre » : une femme s’entiche d’un homme mystérieux, puissant, qui dégage une aura irrésistible. Il sort de l’ordinaire, elle pas. Il est riche, elle pas. Elle a le coup de foudre pour lui, lui aussi. C’est là que ça couac selon l’autrice. C’est une question que je me suis toujours posée, en lisant le pitch de Twilight : pourquoi un vampire vieux comme le monde et plein aux as irait s’emmerder dans le lycée d’un bled de bouseux dans le fin fond de l’Oregon* ? Hein, je vous le demande ? Et donc Catherine Dufour nous donne sa réponse avec le ton caustique qui la caractérise : ça ne fonctionne pas et les puissants friqués s’amusent des gens ordinaires comme du menu fretin dont ils se contrefoutent. Bisous.

*Oui, je sais, il s’agit de l’état de Washington. Mais Oregon sonne mieux. Et encore je ne vous ai pas dit** que, en fait, la dite ville s’appelle Fourchettes si on la traduit en français. Bref. Why not ?

**Bah en fait si. Oups.

Style et vieilles bâtisses

L’autrice sait manier la langue française, on sent que cela la passionne. Dans Outrage et rébellion, elle la tordait pour lui donner une consonance futuriste qui se mariait fort bien à l’univers désabusé qu’elle décrivait. Elle s’en sert ici pour glisser ce qu’elle pense de notre société moderne et c’est très réussi.

Quelques morceaux choisis (j’ai dû me faire violence pour la sélection, mais je voulais vous en laisser un peu) :

Paris, mon amour :

L’air froid sent le goudron, le chien malade et la cigarette. Bienvenue à Paris.

Les dures contingences de la vie :

Son compte en banque est probablement en coma dépassé. Le mien est sous respirateur artificiel.

De la beauté glaciale d’un être vieux comme la révolution industrielle :

Il pourrait être beau s’il était plus expressif qu’un parpaing.

Le monde merveilleux du travail :

Je reprends ma respiration et j’ouvre ma boite mail. 1530 messages. Courageusement, je commence à les jeter à la poubelle.

Ce qui est bien aussi dans ce livre c’est le regard porté sur la vieille pierre parisienne : ses immeubles haussmanniens humides, l’Académie française ou l’Opéra mais surtout les Catacombes qui sont la personnification du phénomène d’attirance-répulsion pour ce qui est vieux et effrayant parce qu’à la fois mort et vivant. Elle relie ainsi le vieux Paris et l’urbanisme à des mythes qui nous arrivent tout droit des Romains, avec une élégance et une consistance appréciable.

Entends la nuit est un anti-twilight à l’humour caustique et au style finement ciselé. Si le roman tourne autour d’une romance improbable avec ce que cela peut avoir d’exaspérant, l’autrice y ajoute profondeur (réflexions sur les classes sociales et le monde du travail) et érudition (balade dans le vieux Paris et mythes antiques).  Comme quoi, il est possible d’écrire avec intelligence sur n’importe quel sujet.

Informations éditoriales

Roman écrit par Catherine Dufour. Publié aux éditions L’Atalante en 2018. Couverture par Aurélien Police. 348 pages.

Pour aller plus loin

Une autre autrice s’est mise en tête de faire l’anti-twilight et de réhabiliter le vampire du côté obscur de la force. Il s’agit de Morgane Caussarieu : Je suis ton ombre est un chef d’oeuvre ; Dans les veines est d’une violence éprouvante qui m’avait plus ou moins laissée sur le carreau.
Ma chronique d’Outrage et rébellion.
Une visite des Catacombes.
Interview de l’autrice à la salle 101 ( à partir de la 40ème minute). Une autre sur le site d’ActuSF.
D’autres avis : Chut maman lit, Sur mes brizées, Albédo, Les chroniques du chroniqueur ou signalez-vous en commentaire.

24 commentaires sur « Entends la nuit | Ou allume la lumière »

  1. Ouf je suis allé plus loin que l’accroche d’anti. …beurk…. et tu m’as eu avec ta chronique. Je lirai peut-être car je suis bon client pour les romances, l’humour caustique, la soude ( pour le cadavre….?! ) etc. Un élément de plus dans haute pile qui maintenant me domine.

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  2. Parce qu’il s’ennuie et cherche quelque chose à faire ? Ou alors c’est parce que l’amûûûûûûr ?
    Hein ? Quoi ? C’était une question rhétorique ? Ah, pardon.
    (cela dit, très bonne chronique. =D)

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  3. J’aimerais bien habiter une ville dont le nom est Fourchettes, tiens !
    La vieille pierre a justement un rôle primordial dans ce roman ; Paris est vraiment un personnage à lui tout seul, des toits de l’Opéra aux entrailles avec les catacombes. Même si j’ai relevé quelques défauts mineurs, j’ai passé un bon moment avec cette histoire.

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