I am mother | Une leçon d’utilitarisme

I am mother

Impressions.

I am Mother est un film de science-fiction réalisé par Grant Sputore et sorti sur Netflix en juin 2019. Un huis clos perturbant qui touche à des questionnements philosophiques assez passionnants. Partons à la rencontre des théories de Bentham et confrontons-nous aux dilemmes moraux proposés par le film.

L’humanité a disparu, le monde extérieur est devenu inhabitable. Mother (voix de Rose Byrne) élève Daughter (Clara Rugaard) dans un bunker ultra sophistiqué, ultra fermé et ultra normalisé. By the way, Mother est un robot. Daughter est née depuis une éprouvette et est éduquée selon un schéma bien précis par Mother. A l’adolescence Daughter commence à s’émanciper et à s’interroger sur la nature du monde extérieur. A ce moment, survient dans ce huis clos une tierce personne : une femme (Hilary Swank)  venue du dehors, blessée, cherche un refuge pour se soigner.

I am mother

I am Mother fait partie de ces films de SF un peu fauchés qui sans être parfaits apportent des réflexions souvent plus intéressantes que les blockbusters bodybuildés made in Hollywood. J’apprécie la sobriété qui s’en dégage, le manque de moyens faisant office de catalyseur créatif qui force le scénario et la mise en scène à se centrer sur l’essentiel du propos.

Si l’on pourra regretter un rythme parfois inégal et quelques longueurs, I am Mother montre qu’il est possible de faire de la philo en regardant un film depuis son canapé. En effet, il interroge le concept d’utilitarisme, introduit par Bentham vers la fin du XVIIIème siècle. En très résumé, l’utilitarisme consiste a toujours choisir la solution qui prône le bien-être du plus grand nombre, ce choix pouvant s’effectuer au détriment d’autres principes moraux. Le philosophe britannique est nommément cité dans le film à l’occasion d’un test passé par Daughter qui est lui-même une variante d’une expérience de pensée utilitariste, ce qui n’a pas manqué de me mettre la puce à l’oreille. Tout le film peut être analysé à l’aune de cette théorie, ce qui le rend passionnant.

I am mother netflix

Dans tous les cas, si vous n’êtes pas familier avec la notion d’utilitarisme et que cela vous intéresse, nul besoin de lire Bentham dans le texte, vous pouvez tout à fait vous contenter de voir les excellentes vidéos de Monsieur Phi sur la question, avant ou après avoir vu le film :

  • 7 expériences de pensée, dans laquelle Monsieur Phi, en prof de philo sadique, vous confrontera à un dilemme moral de plus en plus difficile afin de mesurer votre degré d’utilitarisme. Un dilemme moral qui n’est pas sans faire penser à celui du test que Mother soumet à Daughter dans le film qui nous occupe.
  • Le retour de l’utilitariste, une seconde vidéo qui fait le point, apporte des précisions et confrontera le viewer à un dilemme encore plus difficile.
  • Si vous souhaitez faire partie des sujets du sadique Monsieur Phi, vous pouvez aussi répondre au questionnaire qui vous mettra en présence des 10 scénarios élaborés dans les deux vidéos. Il est disponible dans cet article.

Pour revenir à des considérations plus terre-à-terre, soulignons les différents éléments du film sont tout à fait honorables et soutiennent en permanence le propos : jeu d’actrice, décors, mise en scène et photographie (avec quelques plans épatants). L’ambiance est franchement glaçante et malaisante. Et si la première partie, pour l’essentiel de l’exposition au background et aux personnages qui nous aidera à comprendre les enjeux par la suite, le reste du film bénéficie d’un suspens fort où, à l’instar de Daughter, on ne sait plus trop à quel saint robot se vouer.

Huis clos troublant confrontant l’humanité (ou ce qu’il en reste) à une intelligence artificielle, I am Mother est avant tout une expérience de pensée grandeur nature sur la notion d’utilitarisme. Malgré quelques longueurs, I am mother est un bon exemple de film sachant faire un usage utilitariste de son budget limité, sacrifiant le spectaculaire au bénéfice de la réflexion pour toutes et tous.

Informations éditoriales

Film australien réalisé par Grant Sputore, sorti en 2019 sur Netflix. Scénario par Grant Sputore et Michael Lloyd Green. Durée : 1h54.

Pour aller plus loin

A voir aussi : 2001 l’odyssée de l’espace, Ex Machina, Moon.
D’autres avis : Les toiles noires, ou signalez-vous en commentaire.

13 commentaires sur « I am mother | Une leçon d’utilitarisme »

  1. Thème intéressant…le petit budget peut parfois pousser dans les retranchements. Mais netflix, ce qui ne pousse pas à la même attention que la salle…faudra que j’écrive là dessus. Je note pour plus tard quand même.

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    1. Il vaut le coup mais je suis d’accord avec toi, c’est plus difficile de rester attentif à un film depuis le canapé que dans une salle de cinéma.

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  2. J’ai pris plaisir à voir ce film et lire ton avis.
    Il est vrai qu’il (le film) interpelle sur un certain nombre de sujets dont cet utilitarisme en premier lieu. Tu en parles bien pas la peine d’en rajouter. D’ailleurs, je crois que je ne saurais faire mieux (enfin moi la théorie utilitariste, elle me renvoie aux sacrifices humains (dommages collatéraux, etc) dans les guerres et j’ai un peu de mal avec.
    J’ai bien aimé d’ailleurs ce que la gamine répond pour le coup à sa mère ^^

    Il y est aussi question de relations parent/enfant et d’émancipation oui (la fameuse rébellion de l’ado qui construit son futur « moi adulte » en s’opposant au parent -ici mother robot) et c’est plutôt bien traité, même si on retrouve le classique élément extérieur faisant office de very bad influenceur (aka « les mauvaises fréquentations »). On a tous les éléments ici du récit/film d’apprentissage.
    Suis sûre qu’une analyse psy du film serait pas mal intéressante aussi : genre la question à 100 balles, l’enfant doit-il « tuer » son parent pour sortir définitivement de l’enfance/adolescence? :p
    Bon je m’égare…

    Bref, c’était un bien bon film. Très tendu sur la fin et même émouvant à certains égards…

    Il m’a laissé quelques questions sans réponse.

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    1. Hahaha mais y a même moyen d’en faire une lecture psychanalytique avec complexe d’oedipe et tout ça à la clé. Bon je chie un peu sur ce genre de théories (et en connaissance de cause) alors je préfère la lecture philosophique, qui je pense est celle poussée par le scénario à la mention de cette expérience de pensée, de Bentham et de Kant. Je ne crois pas que j’y aurais pensé dans le cas contraire, ce sont des choses que j’ai découvertes assez récemment (grâce à Monsieur Phi entre autre). Du coup je suis très contente d’avoir vu ce film, ça permet d’appliquer la notion concrètement, d’en faire quelque chose.
      Moi aussi il m’a laissé des questions sans réponse, enfin plutôt avec des hypothèses sans confirmation.
      Je le reverrai je pense, j’avais déjà revu certains passages une seconde fois après avoir revu les vidéos sur l’utilitarisme pour confirmer ce que j’avais déduit. c’est vraiment un film qui fait réfléchir.

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      1. Oui je suis allée voir les vidéos de monsieur Phi du coup (suis pas utilitariste pour un sou d’ailleurs…). Très intéressantes.
        On est d’accord, analyser le film d’un point de vue phi est le plus adéquat ici.
        Après j’aime bien quand il y a plein de tiroirs de réflexions à ouvrir 🙂 ça fait fourmiller le cerveau ^^
        (je le reverrai pt’être un de ces jours)

        Aimé par 1 personne

  3. Admettons que je dise que cette chronique est très sympathique et instructive. À priori, et à défaut d’avoir obligatoirement une conséquence positive, cela n’aurait pas de conséquence négative sur le bien-être de son autrice. Mais dans le même temps, cela enverra potentiellement une notification aux précédents commentateurs, notification qui pourrait être considérée comme dérangeante et ennuyante, entraînant donc une baisse du bien-être de plusieurs personnes. Et comme les commentateurs sont plus nombreux que l’autrice, cela ne serait donc pas une bonne chose d’envoyer ce commentaire. Cela dit, cela pourrait aussi offrir un petit moment de détente et de surprise à ces destinataires involontaires, donc être plutôt positif. Mais encore faudrait-il qu’ils aient activé les notifications.
    Fiou, c’est pas facile l’utilitarisme appliqué aux commentaires, c’est un coup à parler pour ne rien dire.

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  4. Faut que je le regarde celui-là. Mais bon hier soir j’ai rattrapé Dilili à Paris, on ne peut pas tout faire (j’ai bien peur de me limiter aux films de 1h30 en ce moment ce qui limite le choix quand même xD)

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  5. J’avais mis ton billet dans mes articles à lire, je viens justement de visionner le film. J’ai été moins convaincue que toi, si j’ai noté deux ou trois bonnes idées, je ne les ai pas trouvées suffisantes pour donner de la consistance à ce long-métrage avec quelques défauts techniques qui me font décrocher(exemple : si une porte est fermée hermétiquement, une voix ne peut pas être entendue à travers elle) ; je n’ai pas su profiter de l’ambiance non plus (snif). Ceci dit, j’ai aimé la thématique de l’utilitarisme et le jeux des actrices. Verdict, je le noterais :🐙🐙

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