Issa Elohim | Laurent Kloetzer

Issa Elohim laurent kloetzer une heure lumière

Issa Elohim est une novella écrite par Laurent Kloetzer et publiée au Bélial en 2018 dans la collection Une heure Lumière. Je poursuis mon rattrapage avec cette 12ème publication, la première de l’Année 3.  Entre la Tunisie et la Suisse, on part à la rencontre d’Issa, un Elohim aussi mystérieux qu’insaisissable.

De Lady Star à Issa

Issa Elohim est un roman qui se déroule dans le même univers qu’Anamnèse de Lady Star (écrit par le duo Laure et Laurent Kloetzer) et Vostok (écrit par Laurent Kloetzer). Je me suis cassé les dents sur le premier, je n’ai pas lu le second. Cette lecture était l’occasion de retenter le coup en essayant d’entrer par la fenêtre plutôt que par la porte d’entrée. C’était une très bonne idée car cette lecture m’a enthousiasmée et me décide même à relire Anamnèse un jour futur.

Comme son nom ne l’indique pas du tout, Issa Elohim raconte l’histoire d’Issa, un Elohim. Ceci ne vous avance pas du tout si vous n’êtes pas familier avec le concept. Dans un futur assez proche du nôtre, le monde est plongé dans un chaos produisant son lot de réfugiés. Au milieu de tout ça, des êtres tantôt qualifiés de divins tantôt d’entités extraterrestres tantôt d‘imposteurs, apparaissent de manière random aux quatre coins de la planète : les Elohim. 

Valentine Ziegler est journaliste. Elle vit en Suisse, pays très épargné par tout le chaos ambiant et aussi très replié sur lui même. Elle s’intéresse de très près au phénomène des Elohim et se rend dans le camp de réfugiés où a surgi Issa pour en savoir plus. Elle est fort sceptique cependant mais sa rencontre avec Issa va la bouleverser.

L’Hôtel des mines d’Araies était ma dernière escale avant le camp Frontex, un palace désolé datant du temps de la colonisation avec réseau satellitaire dernier cri, climatisation aléatoire et plomberie bruyante. J’ai envoyé un mot à Edward pour le rassurer et le faire rire et je me suis allongée un vingtaine de minutes sur le lit étroit ; le trajet depuis la capitale du gouvernorat dans le taxi surchauffé m’avait porté sur les nerfs, le voulais souffler un peu avant d’aller retrouver Gertrud. C’était mon tout premier reportage de ce type ; à dire vrai, j’appréhendais l’arrivée au camp.

La vérité est nulle part

Issa l’Elohim m’a émue par sa personnalité et les liens qu’il tisse, avec Valentine et sa famille d’une part, avec ses « frères » d’autre part, et leur parcours de réfugié et de migrant . Une situation qui, dans le contexte de ces dernières années de crise migratoire, est extrêmement parlante. 

Issa Elohim m’a émue car il touche à des questionnements sur la croyance et la vérité. Les Elohim ont des manifestations qui les rendent incompatibles avec notre réalité. Ils résistent à l’épreuve de la preuve. D’autant plus que jamais l’auteur ne viendra départager l’une des trois hypothèses :

  • le canular
  • l’entité divine
  • l’entité extra-terrestre

J’aime bien l’hypothèse de l’entité extraterrestre évidemment. Je leur trouve un truc « quantique » aux Elohim qui matche plutôt pas mal avec l’idée qu’on pourrait se faire d’une intelligence beaucoup plus évoluée que nous. Mais cela ne me rend aucunement différente de n’importe quel croyant à l’hypothèse de l’entité divine. Puisqu’on ne peut pas l’expliquer, le prouver. Une entité extraterrestre dépassant à ce point l’entendement de notre compréhension est-elle discernable d’une entité divine ?

« Les Elohim viennent d’une autre planète, les Elohim lisent dans les pensées. Ils viennent d’une autre dimension. Ils viennent de la zone froide, des limbes glacés des entrailles de la Terre… Ce sont des fées. Des anciens dieux. Des anges du Seigneur. Ils sont là pour nous guider vers un mode plus juste, plus doux pour l’environnement. Je ne peux pas tout lister. Certains disent ça. C’est ce que les gens racontent qui m’intéresse. Mais ce qui m’intéresse encore plus, c’est ce que racontent les Elohim eux-mêmes, et ceux qui étaient présents lors de leur manifestation, les frères, comme ont dit. […] »

Il est plus rationnel et rassurant de se tourner vers l’hypothèse du canular mais elle manque singulièrement de sublime. Un tour de passe-passe une fois révélé devient banalement ennuyeux, aussi touchants en soient les instigateurs.

On peut aussi choisir de ne pas choisir, ce qui ma foi correspond assez bien à ma personnalité et crée une sorte de paradoxe puisque ça reste un choix. Bref, il me reste à relire Anamnèse de lady Star (dont j’ai à peu près zéro souvenir sauf le degré de pénibilité que j’ai eu à le finir) et lire Vostok en espérant que les Kloetzer restent à tout jamais dans le flou quant à la vérité sur les Elohim. #teamneveutpassavoir

Avec Issa Elohim, Laurent Kloetzer orchestre un tour d’illusionniste formidable sur la nature évanescente des Elohim, et celle d’Issa en particulier. Il imprime le doute aux lecteurices au-delà de la dernière page, dans un récit qui émeut profondément.

Informations éditoriales

Novella écrite par Laurent Kloetzer et publiée en 2018 dans la collection Une heure Lumière au Bélial’. Illustration de couverture par Aurélien Police. 125 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : 233°C, Les critiques de Yuyine, L’ours inculte, Nevertwhere, Xapur, Cat(s), books & rock’n roll, Le monde d’Elhyandra, Les lecture de Yogo, Lorhkan et les mauvais genres, Au pays des cave trolls, Le Bibliocosme, Nebal est un con, Touchez mon blog Monseigneur, ou signalez-vous en commentaire.

39 commentaires sur « Issa Elohim | Laurent Kloetzer »

  1. Chouette, je suis contente que tu aies aimé. En relisant mon propre billet, je pense que ma remarque « La fin m’a déplu, c’est sûr, mais elle est tout à fait pertinente, c’est juste que j’aurais préféré autre chose » porte
    sur le fait que j’aurais préféré avoir une réponse nette, mais je ne m’en souviens pas précisément, en réalité.

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    1. Je pense qu’une réponse nette n’aurait pas fonctionné pour les intentions de ce bouquin, qui sont justement de montrer à quel point la vérité c’est compliqué, peut dépendre du point de vue et de la situation tant qu’on a aucune preuve. Si l’auteur décide d’une vérité pour ce bouquin il ruine complètement ce qu’il voulait dire. Enfin en tout cas si j’ai bien compris.
      Après ça n’empêche pas le lecteur d’en choisir une, elle sera de toute façon vraie, s’il le souhaite :p

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  2. #TeamPasDeChoix
    Belle chronique pour une très belle novella, ça me donne envie de la relire et de plus me concentrer sur la question de la vérité, j’ai l’impression de ne pas avoir assez pensé à ça en le lisant – en tout cas je ne l’ai pas noté.
    Si tu veux y aller crescendo, je te conseille d’abord « Vostok » pour la suite. Pour continuer la métaphore, là tu es entrée dans la maison, « Vostok » c’est l’étage et « Anamnèse de Lady Star » c’est le grenier mal éclairé.

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  3. Je rejoins ton équipe, moi non plus ça ne m’a pas dérangée de ne pas savoir 😉 J’ai aussi eu beaucoup de mal avec « Anamnèse de Lady Star », par contre j’ai adoré « Vostok » ! Belle chronique en tout cas 🙂

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  4. Moi aussi j’ai eu du mal avec Anamnese de Lady Star, j’ai absolument rien compris. Je crois être tombée un jour sur son blog(?) où il écrit très bien.

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  5. C’est aussi un récit qui reste longtemps en mémoire. Je l’ai lu il y a un an et j’ai encore l’émotion de la lecture très vive en mémoire.
    Merci pour le lien d’ailleurs 🙂

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  6. Je garde un très bon souvenir de ce texte que j’appréhendais pas mal parce que moi c’est sur Cleer que je me suis cassé les dents on va dire. Par contre non je ne le relirais pas lol, mais j’envisage de tenter anamnèse à l’occasion 🙂

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  7. Je garde le souvenir d’un texte touchant et plutôt accessible (contrairement à Cleer et Vostok qui sont chouettes mais qui partent en WTF à un moment et me perdent en route).

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  8. Intéressant, je suis en train de lire dans un autre registre La voie du cygne du même auteur, que je découvre à cette occasion, je rajoute ce titre dans ma wish-list !

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      1. C’est pas mal. C’est un mélange fantasy-SF mais j’ai du mal à définir précisément le style. Plus fantasy que SF je crois… On dirait une espèce de fourre-tout imaginaire, ce n’est pas désagréable non plus.
        J’aime bien la thématique du jeu de l’oie qui ponctue toute l’intrigue (une enquête sur l’assassinat d’un prince), c’est original. Par contre, j’ai un mal fou avec les noms des personnages, trop alambiqués…

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  9. Une belle fenêtre donc qui a amené une bonne lecture ^^ elle était très belle cette histoire et j’ai bien aimé cette fin ouverte même si en temps normal ce n’est pas trop ma tasse de thé

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