La bombe | « qui a fait se coucher le soleil sur l’empire du soleil levant »

La bombe est une volumineuse bande dessinée scénarisée par AlcanteLaurent-Frédéric Bollée et dessinée par Denis Rodier. C’est publié chez Glénat en 2020. Je vous touche quelques mots de cette formidable somme qui retrace l’histoire de la bombe atomique depuis son idée jusqu’à son explosion.

La bombe a été conçue par un trio international composé de deux scénaristes, Alcante de nationalité belge, Laurent-Frédéric Bollée, Français et d’un dessinateur, Denis Rodier, qui est Canadien. Une composition qui passe les frontières pour traiter d’un sujet concernant la Seconde Guerre Mondiale, n’aurait pas pu être plus appropriée.

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La narration est effectuée par l’uranium lui-même, en agent du chaos froid et calculateur qui attend patiemment son heure et observe le monde lui tourner autour avec envie. Un choix audacieux qui ne me convainquait pas forcément au départ mais qui fonctionne au final très bien. C’est absolument glaçant.

Ce pavé se veut total. Embrasser l’Histoire de la bombe atomique depuis le début, bien sûr, en revenant même « légèrement » en arrière car le prologue s’ouvre sur la formation de la Terre il y a 4 milliards d’années. Mais aussi dans tous ses aspects : scientifique, militaire, politique, économique… Mais c’est avant tout une histoire d’hommes très émouvante.  (oui il y a assez peu de femmes dans cette histoire et pour une fois je ne m’en plaindrai pas) 

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Deux fils narratifs m’ont particulièrement touchée :

  • Celui du Professeur Szilard. Physicien, Juif et Hongrois, il enseigne à Berlin dans les années 30. Il a le bon sens de se rendre compte de la tournure des évènements et de fuir aux Etats-Unis. Très tôt, il a l’intuition d’un usage militaire de la fission nucléaire et va tout faire pour que les US développent un programme dans ce sens. Mais ce qu’il souhaite lui c’est un usage dissuasif de la bombe. Après avoir œuvré à sa conception, il va tout faire pour empêcher la bombe atomique d’être utilisée sur les Japonais. Sans succès. 
  • Celui d’une famille japonaise, victime de l’impérialisme nippon et de la bombe atomique. Balayé comme de vulgaires fétus de paille sur les marches du palais de l’Histoire. 
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Les dessins sont en noir et blanc, très détaillés et réalistes. Le travail méticuleux sur chaque planche est impressionnant. Certaines planches sont en pleine page, voire en double page. La bande dessinée ne ménage pas la taille de ses bulles et vous aurez parfois beaucoup de lecture. Mais l’ensemble est parfaitement rythmé et ses cases fort chargées alterneront avec d’autres plus centrées sur des actions non verbales.

En fin d’ouvrage, on trouvera un texte de chacun des auteurs qui reviennent sur la genèse et la conception et une bibliographie.

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La bombe  garde toujours en tête que l’Histoire est faite par des êtres humains mais ne cède jamais à la facilité scénaristique et en reproduit fidèlement le déroulement. La froideur brute de la précision historique qui, inéluctablement, égrène les faits,  s’allie à la chaleur humide des larmes qui, inévitablement, vont couler sur vos joues.  L’ensemble est soutenu par des graphismes criant de réalisme et de précision, en accord total avec le propos. C’est la puissance de La bombe.

Informations éditoriales

Bande dessinée scénarisée par Alcante et Laurent-Frédéric Bollée. Dessinée par Denis Rodier. Publié chez Glénat en 2020. 472 pages d’une densité folle. Postface. Bibliographie.

Pour aller plus loin

Vidéo Denis Rodier : comment j’ai dessiné La bombe.
D’autres avis : , ou signalez-vous en commentaire.

23 commentaires sur « La bombe | « qui a fait se coucher le soleil sur l’empire du soleil levant » »

  1. Une BD qu’il me faudra lire un jour – enfin, sur plusieurs même vu sa taille. Ça me rassure que le rythme tienne vraiment bien la route, parce qu’entre le thème, la densité et le dessin « froid » – ce qui n’est pas un défaut, c’est exactement ce qu’il faut à ce livre pour le coup – ça donne à réfléchir à deux fois avant de se lancer.

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    1. Je l’air dévoré sur 2 jours. J’ai été prise d’une certaine frénésie à la lecture, je pense dû au fait que je savais parfaitement comment ça allait se terminer et qu’il me fallait urgemment savoir comment ils allaient y arriver.
      Je te souhaite de la lire en tout cas, en fait je suis limite étonnée de l’avoir lue avant toi :p

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  2. Il a l’air très touchant et semble dépeindre avec froideur ce que les humains se font entre eux. Sans jamais prendre la responsabilité consciente des conséquences : quand on blesse des personnes qui sont loin de soi, au final on ne le voit pas et il est facile de l’ignorer. Bref, les illustrations sont magnifiques d’après ce que tu montres.
    Merci pour ta chronique ! 🙂

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    1. Oui. La principale justification a été que ça allait épargner la vie d’un grand nombre de soldats américains en mettant un terme rapide à une guerre interminable. Dans le fond je pense sincèrement que quelques uns avaient très envie d’essayer leur nouveau jouet.

      De rien 🙂 J’espère en convaincre quelques un.e.s de le lire 🙂

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  3. J’ai eu le plaisir de lire ce gros volume grâce au (formidable) réseau de médiathèque montpelliérain qui me permet d’emprunter jusqu’à 42 documents en même temps, avec les mesures sanitaires. Je trouve que le dessin a une classe que je ne qualifierais absolument pas de froid, de même que les multiples récits et trajectoires liés à la Bombe (et qu’on devine bien plus touffus en réalité) fascinent à la façon d’une histoire secrète, à la marge de cette guerre mondiale et en même temps totalement tributaire de cette période où les mois s’allongent comme des années dans une compétition frénétique, qu’on sent pourtant gagner d’avance par une amérique aux ressources pantagruéliques: sans compter les cerveaux qu’on récupère même chez « l’ennemi ».

    Je dois admettre que le procédé narratif lié à la Bombe, ou l’énergie dont elle est issue, ne m’a pas touché et aurait même pu être délétère, mais ça reste heureusement à la marge. On sent également que l’arc narratif de la famille japonaise est là pour mettre en valeur les conséquences du drame qui se prépare: ce n’est pas une tâche aisée et j’ai trouvé le résultat très légèrement artificiel, mais j’en comprends la nécessité.

    Lisant beaucoup de BD, j’apprécie notamment la BD documentaire et de vulgarisation qui accouche de très bons titres, mais rarement avec une telle ampleur, j’ai l’impression.

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