Le complot contre l’Amérique | Et si Charles Lindbergh était devenu président des US ?

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Le complot contre l’Amérique est une uchronie écrite par Philip Roth. Publié chez Gallimard en 2006 dans la collection Du monde entier, le roman a été traduit par Josée Kamoun. Nous voilà plongés dans une uchronie de Seconde Guerre Mondiale qui imagine l’élection en tant que président des Etats-Unis, Charles Lindbergh. Je l’ai lu en livre audio et je vous en dis quelques mots.

Contexte uchronico-historique

Le complot contre l’Amérique a été adaptée en mini-série chez HBO par David Simon. J’ai vu la série avant et c’est ce qui m’a donné envie de lire le livre. La série est assez fidèle bien que moins centrée sur le personnage de Philip. 

Cette uchronie prend pour point de départ l’élection de Charles Lindbergh à la présidence des Etats-Unis en lieu et place du troisième mandat de Roosevelt, en 1941. Dans la réalité, Charles Lindbergh, aviateur héroïque et adulé, était contre l’engagement des US dans le conflit avec l’Allemagne. Il verse dans l’antisémitisme et la sympathie avec Hitler et retourne pour finir sa veste après l’attaque de Pearl Arbor.  Il est aussi connu car son fils a été enlevé et assassiné en 1932. 

C’est dégoûtant, c’est pire que dégoûtant. Lentement mais sûrement, ça ne dérange plus personne, en Amérique, que Lindbergh lèche les bottes de Hitler.

Notons également que Philip Roth s’est mis en scène ainsi que sa propre famille. Je ne sais pas si chacun des personnages est un membre réel de sa famille mais dans tous les cas, il emploie son nom de famille, son prénom, le prénom de son père et de sa mère tels qu’on les trouve sur la page Wikipedia de l’auteur. Dans la série, le nom de famille a été changé en Levin.

Même pour le roman c’est assez fou comme décision. Il semble que nombre de ses romans sont un mix de fiction et d’autobiographie donc pour les habitués de l’auteur ça doit être normal. Cela donne une aura de réalisme au roman. On peut imaginer qu’il a mêlé des faits réels de son enfance à la fiction. Bref, l’auteur nous raconte cette histoire comme si elle était vraie de bout en bout, ce d’autant que le récit est écrit à la première personne.

Vie familiale et politique

On suit de près le petit Philip, 8 ans, qui vit une vie banale de gamin juif issu des classes moyennes. Son père, Herman, est représentant en assurances et sa mère, Bess, femme au foyer. Il a un frère, Sandy, un peu plus âgé que lui qui est passionné de dessin ; un oncle, Alvin, jeune adulte désœuvré, que le père a recueilli au décès de ses parents ; et tante Evelyn, la sœur de Bess.

C’était la première fois que je voyais mon père pleurer. C’est un tournant, dans une enfance, le jour où les larmes de quelqu’un d’autre vous paraissent plus insupportables que les vôtres.

La famille Roth se débrouille pas trop mal, ils vivent dans un petit appartement à Newark et s’ils n’ont pas les moyens d’être propriétaire de leur logement, arrivent à tenir les cordons de la bourse.

A cette vie quotidienne lors de laquelle Philip nous conte de multiples anecdotes de la vie de quartier, vient s’ajouter un propos politique sur l’actualité de l’époque qui va montrer la  non-intervention des US dans le conflit européen et surtout la montée de l’antisémitisme. Les Roth obtiennent ces informations par la radio principalement, un élément important du récit : plusieurs scènes se déroulent autour du poste de radio familial.

La mise en place du déroulé des évènements, mêlant faits historiques et vie quotidienne, est vachement bien faite. Entre mensonges, propagandes, démagogie, on voit les camps se faire en fonction de l’influence de la politique, au sein de la communauté juive mais aussi et surtout au sein de la famille. C’est LE point fort du roman.

C’est la peur qui préside à ces Mémoires, une peur perpétuelle. Certes, il n’y a pas d’enfance sans terreurs, mais tout de même : aurais-je été aussi craintif si nous n’avions pas eu Lindbergh pour président, ou si je n’étais pas né dans une famille juive ?

En effet, Evelyn va se rapprocher d’un rabbin qui va embrasser la politique de Lindbergh en se persuadant que celui-ci ne veut aucun mal aux Juifs. Cela va commencer à affecter sérieusement la famille quand elle va arriver à convaincre Sandy du bien fondé de ce positionnement. Alvin va décider quant à lui de s’engager dans l’armée canadienne pour aller combattre en Europe. Mais l’histoire la plus tragique reste sans doute celle de Seldon, le petit voisin des Roth et c’est d’ailleurs sur une phrase le concernant que se conclut le roman.

La fin est un peu abrupte, ce que je mets sur le compte d’un désir de raconter une tranche de vie impactée par des choix politiques et pas de refaire l’histoire des US et du monde en partant du point de divergence. La fin de la série est plus ambigüe que celle du livre quant au devenir des US.

Il y a bien un complot en effet conclut le maire La Guardia, et je me faire un plaisir de vous nommer les forces qui l’animent : ce sont l’hystérie, l’ignorance, la malveillance, la bêtise et la peur.

La lecture par Eric Caravaca de cette version audio est exemplaire. Il a une voix très agréable à écouter.

Le complot contre l’Amérique est une uchronie qui imagine la montée du fascisme dans les années 40 aux Etats-Unis, la démagogie d’un personnage politique charismatique et les conséquences sur le quotidien, le quartier et les relations d’une famille juive issue de la classe moyenne. Ecrit en 2006, soit bien avant Trump et l’assaut du Capitole,  le roman montre un basculement des US que l’on croyait impossible jusqu’alors, ce qui le rend d’autant plus crédible aujourd’hui.

Informations éditoriales

Roman écrit par Philip Roth. Publié chez Gallimard dans la collection Du monde entier. Traduit de l’anglais (US) par Josée Kamoun. Titre original : The plot against America. Ecoutez lire pour publication en livre audio. Lu par Eric Caravaca. 12h34.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Nevertwhere, ou signalez-vous en commentaire.

25 commentaires sur « Le complot contre l’Amérique | Et si Charles Lindbergh était devenu président des US ? »

  1. Ce qui me fait penser que si ce type d’Uchronie reste banale, le personnage de Lindbergh est assez peu traité par chez nous, en dehors de son exploit aérien. Parfois parle-t-on de l’affaire du bébé mais pas de l’homme…Et de beaucoup d’autres personnages de l’époque qui allaient beaucoup dans le sens d’Hitler, comme par exemple un certain propriétaire d’une marque automobile.
    Bon, le sujet des soutiens des puissants à l’extrême droite pourrait revenir à la mode O:-)

    Aimé par 2 personnes

  2. Oh! je ne savais pas qu’il y avait une série adaptée.
    (Bon par contre pas OCS pour voir les HBO ici, et euh j’ai pas l’abo canal 😉 j’attends qu’OCS passe la frontière avec impatience!)
    Aah ça fait mille lunes qu’il est dans ma wishlist et je ne l’ai pas encore acheté. Mais j’ai vraiment envie de le lire.
    Why not en audio tiens donc! (quoique je n’avance pas des masses sur l’actuel 😉 j’écoute avant de m’endormir… et euh, ça me berce trop LOOL).

    J’ai la tache dans ma PAL de Philip Roth (depuis mille lunes aussi)… par contre, si je ne me trompe c’est un « deuxième » volume et du coup… j’aime bien commencer par le début…
    Elle est pas sortie du sable la fille 😉

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    1. HBO max va bientôt arriver en France, ce n’est pas le cas en Belgique ? OCS ne passera jamais la frontière je pense c’est très franco-français, ou tu as entendu un projet de ça ?
      Décidément 😅
      Je pense je vais continuer à découvrir Roth en audio, j’ai vu qu’il y en avait pleine d’autres sur Audible.

      Je peux aller chercher une pelle si tu veux, mais à chaque chronique où tu viens me dire « je l’ai en wish/en PàL depuis des lustres » j’ai plus l’impression de me servir de la pelle pour tasser le sable que de creuser pour te dégager 🤣🤣🤣

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      1. Ah je n’ai vu aucune info par rapport à HBO max… mais ça serait top!
        (et pour OCS je ne sais pas non plus… juste que je me disais que c’était la pièce manquante pour avoir les série HBO, sans prendre un abonnement canal+-belgique. Mais HBO max débarque… c’est tout bénef.

        LOL c’est moi qui creuse avec cette PAL/WISH 😉
        Ceci-dit… ma PAL diminue (malgré une petite fureur ces derniers mois, enfin allez 10 bouquins en 3 mois, c’est pas non plus l’exag’)
        Et le pire c’est que je fais plein d’autres trucs plutôt que d’avancer dans mes lecture 😉

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  3. Ça me fait toujours un peu peur l’autofiction, j’ai du mal à me détacher de ne pas savoir ce qui est vrai ou non. Je vais peut-être seulement regarder l’adaptation du coup… et espérer que ça ne me donne pas envie de lire le roman. 😅

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    1. ha, pour quelle raison tu sais ?
      j’ai tendance à me dire que ça n’a pas d’importance. Enfin je trouve ça intéressant de savoir ce qui est vrai ou faux, bien sûr, mais ne pas le savoir ne change rien à ma lecture.
      L’adaptation suffit amplement. Si le livre n’était pas sorti en audio je ne l’aurais jamais lu je pense.

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      1. Je crois que c’est l’impression d’engranger des fausses informations, que ça va peut-être me rester en tête comme vrai alors que c’est potentiellement faux, que ça va mélanger des choses dans mon cerveau. C’est une ‘peur’ assez idiote parce que la plupart du temps je dois de toute façon ne rien en retenir. xD

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        1. Mais aussi quelle importance que l’info soit vraie ou fausse au final ? Ce ne sont que les souvenirs de quelqu’un que tu ne connais pas.
          En tout cas en lisant le complot de l’Amérique, je me suis juste dit que vu qu’il utilisait son vrai nom, il devait peut être y avoir des souvenirs qui étaient basés sur des trucs vrais de sa vie. En fait c’est vachement bien trouvé comme astuce je trouve car c’est le principe même de l’uchronie : dans le livre il y a des personnes ayant vraiment existé par exemple Lindbergh ou Roosevelt, qui parfois ont dit des choses similaires dans notre réalité, ou ont un comportement cohérent par rapport à notre réalité, mais en même temps tout est faux. En fait Roth a juste appliqué la même chose à sa famille.
          🤯🤯🤯 Genius ! Merci de m’avoir fait me rendre compte de ça ^^

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      2. Avec le flou qui entoure l’autofiction, même si l’uchronie est plus sur les personnages, j’ai toujours un doute sur le reste, sur le cadre, où là la présence d’informations potentiellement fausses/modifiées a plus d’importance (pour moi). Mais c’est surtout une mauvaise appréciation de l’autofiction de ma part en fait.

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        1. ok ok. Bah mauvaise appréciation je sais pas, c’est la tienne. En tout cas Le complot contre l’Amérique peut être un titre suffisamment intéressant pour arriver à passer au-dessus. D’autant que c’est doublé d’une uchronie, ça noie un peu le poisson 😀

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    1. Ha ! Je ne savais pas que tu l’avais lu, c’est incroyable ! J’ai l’impression que lire ce livre maintenant par rapport à avant de comprendre le virage américain actuel doit être assez différent.

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