






Une Heure Lumière est une collection de novellas créée par les éditions du Bélial en 2016. Depuis elle a pris sa place dans le paysage de les littératures de l’imaginaire. Une place de choix tant par la diversité et la qualité des textes proposés. Etant aux abonnés absents cette année-là (et les suivantes) et n’aimant pas prendre le train en marche, je me suis résolue à rattraper mon retard en les lisant par ordre de parution. J’ai terminé récemment l’année 8 (2023) et je vous propose un petit classement, très subjectif, de ces 7 lectures. Par ordre croissant de préférence.
A ce stade, je n’ai plus que 5 titres de retard, y inclus le HS de 2024. Je pense pouvoir vous annoncer que je devrais avoir rattrapé les parutions en 2025. En espérant que l’éditeur ne déjoue pas trop mes plans en sortant un max de titres…
Cette année encore, un Hors Série était offert pour l’achat de 2 titres UHL. Je l’ai lu. La nouvelle est un texte de Christian Léourier, Le trophée. Un texte dans la lignée de ce que fait l’auteur, possiblement dans l’univers de Lanmeur sur une planète où la civilisation humaine est pré technologique pour un récit initiatique manquant un peu de coffre mais tout à fait agréable à lire (bon je crois n’avoir jamais « pas aimé » un texte de Christian Léourier).
Allez, je vous laisse avec mon classement de cette année 8, du moins aimé au plus aimé, comme d’habitude.
7/ Connexions, Michael F. Flynn [UHL #43]
Comment la route de 6 personnes se retrouve entremêlée autour d’évènements qui pourraient bien avoir de fâcheuses conséquences pour l’humanité, dans un joyeux bordel qui ne s’arrête que la dernière page tournée (hors la postface du traducteur qui vient donner un éclairage bienvenu sur les -nombreuses- références de la novella).
Connexions est un texte qui porte très bien son nom. Connexions des personnages et des évènements à l’intérieur du récit mais aussi des références et des tropes de la science-fiction qui connectent lecteur et l’auteur dans un référentiel commun. Le genre de concomitance que j’apprécie beaucoup. Je ne vous donnerai mon ressenti sous forme de conseil si vous n’avez pas lu ce titre encore : lisez-le d’une traite, ne faites pas comme moi, à savoir le choisir comme lecture de transport sur des cours trajets. J’ai dû revenir en arrière plusieurs fois, c’était galère. Le texte est dense, il y a beaucoup de personnages et il se passe énormément de choses pour aussi peu de pages. Le timing de lecture n’était pas idéal pour en profiter au maxixum.
Considérez maintenant l’homme en train de se poivrer dans un bar minable d’un misérable coin de Chicago. Lui aussi est misérable, et donc assorti à ce coin. Il s’appelle Siddhar Nagkmur, et il a la mine morose d’un chien de berger qui a failli à son troupeau.
Traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque.
➡️Les impressions de Célinedanaë
6/ Houston, Houston, me recevez-vous ?, James Tiptree Jr. [UHL #44]
Trois astronautes de la Nasa à bord d’une navette spatiale sont en mission : faire le tour du soleil et revenir. Mais suite à une tempête solaire, ils perdent le contact avec la Terre. Leurs appels à Houston restent lettres mortes jusqu’à ce qu’ils captent des messages en provenance d’un autre vaisseau. Des messages prononcés par des voix féminines.
Houston Houston est une novella qui confronte des mâles dominants à l’impensable et le lecteur à une réflexion sur la masculinité toxique et le patriarcat. Bien qu’un peu daté, pas dans son propos mais dans sa narration, ce texte est prenant et motif à réflexions. Il est heureux qu’il soit sorti de l’ombre du marché de l’occasion où il était relégué depuis la disparition de la collection des Livres d’Or de la SF.
Traduit de l’anglais (US) par Jean-Daniel Brèque.
« Ainsi, vous avez perdu la foi, a-t-il dit enfin.
– Nous avons la foi, a protesté Judy Paris.
-Puis-je vous demander en quoi ?
– Nous avons foi en nous-mêmes, bien sûr, lui a-t-elle dit.
5/ La peste du léopard vert, Walter Jon Williams [UHL #47]
La peste du léopard vert raconte l’enquête de Michelle, sirène vivant sur un récif corallien dans l’Océan Pacifique. Son compagnon est mort, ce qui n’est pas très courant dans ce futur. Elle enquête sur Jonathan Terzian, et plus particulièrement sur quelques semaines de sa vie lors desquelles il a disparu. Peu de temps après sa réapparition, le monde a radicalement changé. Y a-t-il un lien entre les deux ? En parallèle, on remonte l’histoire via le point de vue du sus-nommé dans un thriller très prenant qui n’a pas été sans m’évoquer Twelve Monkeys (sans voyage dans le temps).
Si une population entière souffre de la famine, c’est parce que quelqu’un, quelque part, y voit une source de profit.
Au départ, on se demande vraiment comment les deux récits vont s’imbriquer. J’ai eu un peu de mal au démarrage, cette histoire de sirène avec un mix de technologies très poussées ne m’attirait pas des masses. Il s’avère que l’ensemble est extrêmement bien ficelé et les pages se tournent toutes seules, passé le début. J’ai cependant trouvé la résolution de l’arc narratif de Michelle pas ouf et son comportement assez puéril.
4/ Barbares, Rich Larson [UHL #48]
Yanna et Hilleborg sont des contrebandiers de l’espace, à bord de leur vaisseau le Bandit Chétif. Ils sont engagés par un couple de jumeaux qui souhaitent faire du tourisme sur un nagevide, une créature gigantesque qui parcourt l’espace. Sauf que les jumeaux ne leur ont pas tout dit sur les raisons de leur voyage et bientôt l‘expédition tourne mal.
Barbares sonne comme un très bon épisode pilote d’une série de space opera à la Cowboy Bebop ou Firefly et on aimerait en avoir d’autres ! Le background est étoffé sans nous noyer en si peu de pages (moins de 100) et les personnages sont attachants, avec des problématiques personnelles (celle d’Hilleborg va vous étonner). C’est divertissant et bien écrit.
Traduit de l’anglais (Canada) par Pierre-Paul Durastanti.
➡️Les impressions de Jean-Yves.
Une géante gazeuse orange et violette a attiré dans son orbite la carcasse, satellite de chair et d’os rétroéclairé par les orages qui tournoient à la surface de la planète. La taille me sidère à chaque fois. Mes yeux ont de la peine à l’appréhender : ils suivent le bord d’un cratère, s’avisent qu’il s’agit de la crète d’un évent, prenne du recul, encore et encore…
3/ Rossignol, Audrey Pleynet [UHL #45]
Sur une station spatiale, des douzaines d’espèces extraterrestres, se croisent, se rencontrent, vivent ensemble et s’hybrident. Des technologies ont été mises au point pour permettre à chacun de vivre selon ses Paramètres dans une relative harmonie. Mais des tensions apparaissent et dans cet ilot utopique deux factions s’opposent : les Spéciens prônant la séparation stricte des espèces, très intolérants avec les hybrides et les Fusionnistes partisans du métissage et de la vie en mixité.
La station était un tout. J’étais un tout. Ma vie passée, présente et future était un tout. La somme devait se faire transcendance. Elle serait toujours une seule et même chose, et à la fin c’est tout ce qui resterait. Ce serait mon héritage. Pas un morceau, une partie de ma vie, un moment particulier. Tout.
Le reste n’était que technique.
Entre le récit du conflit émergent et celui de son passé, la narratrice raconte son amitié avec Lou’Ny’Ha contrariée par les différences interespèces, ses tentatives pour trouver sa place dans cette société hétéroclite alors que sa mère ne l’accepte pas comme elle est et son rôle dans ce conflit qui va forcément mal finir.
Aussi poignant que décousu, Rossignol est un texte qui parle d‘altérité, d’acceptation et de xénophobie. L’autrice ne prend pas le lecteur par la main, le background nous est livré brut de décoffrage. Rossignol n’est pas facile d’accès mais il vaut la peine de s’accrocher.
➡️ Les impressions de Baroona.
2/ Le maître – La maison des jeux 3, Claire North [UHL #42]
Changement ultime de décor pour ce dernier volet de La maison des jeux puisque le terrain de jeux est cette fois à l’échelle mondiale. On y retrouve Argent en tant que narrateur qui décide de défier rien de moins que la maîtresse des jeux elle-même. La partie d’échec est dévastatrice : sur plusieurs années, les deux adversaires jouent leurs pions et font de la Terre leur échiquier, déstabilisant les économies et les relations diplomatiques, corrompant les polices et les gouvernements. Ils n’ont aucune limite et c’est bien ça le problème.
Allongé seul dans une chambre d’hôtel bon marché à Addis-Abeba, un bol de cacahuètes et une bière vide à mon côté, j’effectuai l’inventaire mental de tout ce que nous avions détruit au nom de cette partie. et le trouvai gigantesque. Pas seulement les pièces envoyées à la mort ou en prison, mais les vies brisées chaque fois que nous jouions un tueur, destituions un juge, décimions un gouvernement, ruinions une banque. Nous – elle et moi- étions les parents de l’agitation civile et du carnage. Les conséquences de nos actions étaient désormais si étendues que les experts commençaient à appeler le déroulement de notre partie « années d’automne » : l’espoir des années de « printemps » précédents s’y effaçait devant la sauvagerie qui précède l’hiver.
Dans un rythme effréné, hérité du second volet, qui tient en haleine jusqu’au bout, Claire North, au travers des yeux d’Argent nous offre un point de vue cynique sur cette partie dans laquelle l’humanité toute entière est entre les mains des joueurs qui en font ce qu’ils veulent au mépris de toute vie, de toute loi. Avec le paradoxal Argent qui joue pour que tout s’arrête. Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Traduit de l’anglais par Michel Pagel.
1/ Le dernier des Aînés, Adrian Tchaikovsky [UHL #46]
Alors qu’un territoire du Royaume de Praimesite est mis en péril par un démon, Lynesse, puinée de la reine, prend le parti de requérir l’aide du sorcier Nyrgoth avec lequel un pacte fût jadis signé. Sauf que, le fameux Nyrgoth, ou plutôt Nyr Illim Tevitch, est un anthropologue envoyé par la Terre et chargé d’observer le peuple de cette planète, jadis une colonie humaine, retournée à un état pré- technologique. Il n’est pas sensé intervenir dans la vie de ces gens mais il a déjà contrevenu aux règles par le passé (d’où le pacte). Il est réveillé de stase par l’appel de Lynesse et la suit dans sa quête malgré les tréfonds d’angoisse dans lesquels le plonge le non-respect de ses engagements.
Je dis « scientifique », « lettré » mais quand je leur parle dans leur langue, cela se traduit par « magicien ». Je m’imagine en train de discuter avec Lyn et de lui expliquer : « Je ne suis pas un magicien, je suis un magicien. Ou au mieux un magicien. » Ce n’est pas drôle. J’ai vécu une très longue existence qui n’a servi à rien et maintenant je me retrouve embarqué dans une foutue quête avec deux femmes qui ne savent rien des germes, de la fusion nucléaire, ni des meilleures théories anthropologiques.
Le Dernier des Aînés nous dévoile un Adrian Tchaikovsky taquin dans un court roman aussi divertissant que fûté. Se jouant de la fantasy et de la science-fiction, il livre un récit d’une grande finesse sociologique et psychologique. Est-ce que j’ose dire que Le dernier aîné est allé rejoindre mon top 10 UHL de tous les temps ? Allez, j’ose !
Traduit de l’anglais par Henri-Luc Planchat.
➡️ Mes impressions.
Je n’ai pas tout lu mais je te rejoins sur les deux premiers de ton classement que j’ai adoré aussi. Il me reste encore de belles découvertes à faire, merci pour la piqûre de rappel 😉
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Bonnes lectures !
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C’est marrant, j’ai lu seulement ton 2 et ton 3 et j’ai en PàL… ton 1. Parviendra-t-il aussi à dépasser « Le Maître » dans mon non-classement personnel ? Suspense… *musique dramatique*
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Je te poserai la question lors de ta publication de la chronique. Quand comptes-tu le lire ? 😀
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Pas tout de suite, je vais d’abord attendre que tu oublies ce message pour ne pas prendre le risque de devoir faire un choix difficile. 👀
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En disant ça tu fais tout pour que j’oublie pas, créant une sorte d’effet Streisand littéraire 🤔
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*ne dit plus rien*
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😁
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J’adore ce classement annuel !
Mais j’aurais bien du mal à faire de même tant tous ces livres m’ont plu d’une manière différente.
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Oh merci pour ce beau classement, J’ai aussi adoré la trilogie de Claire North, la maison des jeux.
Et « Le rossignol » aussi, un super premier roman !
Merci madames les autrices 😉
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Super, merci pour tous ces rappels sur ces bouquins que j’ai déjà oubliés malgré leur sortie récente!! Tout ça confirme qu’il faut que je lise Adrian Tchaikovsky!!
Et bien sûr, immenses félicitations pour avoir quasiment rattrapé les publications!!!
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Ouii ! J’attends avec impatience que tu passes à l’action. Tu te pencherais plutôt sur lequel ?
Haha merci, on n’y est pas encore tout à fait ça publie sévère chez Le Bélial’ en ce moment.
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« Tu te pencherais plutôt sur lequel ? »: Celui avec les araignées! Mais franchement, ça finira sans doute en « celui qui sera en rayon à la librairie anglophone la plus proche »!
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Pour ma part Rossignol est au dessus du lot et sans contestation possible.
Et je pense que c’est la première année que tous les textes me conviennent vraiment.
Vite la saison 9 !
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Cool pour ce sans faute 👌
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Le Tiptree n’est donc pas dans le top 3, snif ! Bon faut dire que j’ai eu du mal avec Rossignol et que je n’ai pas lu tes tops 1 et 2, donc…. Bon courage pour ta lecture des UHL de cette année !
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A tenter à l’occasion ^^
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Si je m’étais livrée à l’exercice j’aurais mis Rossignol en premier je pense, c’est de loin celui qui m’a le plus marquée.
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Je comprends 😁
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