


RéciFs est une collection de novellas créée en 2024 par Argyll qui a pour vocation de publier des textes écrits par des autrices de tous horizons. J’ai pris le train un peu en retard mais ça y est je me suis lancée dans une grande opération de rattrapage et je vous livre ici mes impressions sur les trois premiers titres de la collection, parus en 2024. Comme il se doit, ils sont rangés par ordre croissant de préférence.
3/ Foodistan, Ketty Steward [#3]
Bienvenue au Foodistan, anciennement la France. Mais c’était avant l’apérolypse qui a mis tout le monde devant la faim du monde. Depuis la société s’est réorganisée, de même que son système de classes sociales en tournant tout autour de la nourriture, y compris le langage. On suit Maëlle, serrurière de son état à la rencontre de différentes personnes et de différents régimes alimentaires entre deux recettes de cuisine.
Au commencement était la levure.
La levure était avec Dieu.
La Levure était Dieu.
Iel créa la Terre, qu’iel couvrit de végétaux et peupla d’animaux, puis, inspiré.e, Iel ajouta des champs de céréales dont Iel ajouta des champs de céréales dont Iel fit de la farine. Alors, Iel modela dans la farine mouillée de sa divine salive deux êtres androgynes, tous deux à sa ressemblance. […]
Sans mauvais jeu de mots, je suis quelque peu restée sur ma faim lors de cette lecture. Il s’agit surtout d’un exercice de style, qui montre des limites frustrantes en terme de narration tout en n’étant pas assez poussé pour être simplement réjouissant pour ce qu’il est. C’est sympathique à lire sans plus.
➡️Les impressions du Nocher des livres
2/ Le bracelet de jade, Mu Ming [#1]
L’histoire se masse au 17è siècle sous le règne de l’empereur Chongzhen, en Chine. On y suit, Chen, une jeune fille qui se retrouve en possession d’un bracelet de jade aux propriétés étonnantes.
Le bracelet de jade est un texte finement ciselé, tel le bijou qu’il décrit. Dans les remous d’un empire qui s’effondre, on assiste à une très belle relation père – fille, entrelacée autour d’un concept fascinant sur l’espace et le temps auquel je ne m’attendais pas. Sans être spectaculaire, le récit finit par emporter par sa force tranquille et émouvoir grâce à ses personnages. Le bracelet de jade donne envie de connaître mieux la Chine et son histoire pour être mieux parée pour appréhender ce genre de textes.
Qu’il s’agisse de sculpter le jade, de peindre ou de concevoir un jardin, ce qui compte, c’est de reproduire dans ce qui est fini la nature infinie du ciel et de la terre. C’est justement parce que la nature est sans limites que nous devons laisser des espaces vierges, afin qu’ils puissent être remplis par l’imagination.
Traduit du chinois par Gwennaël Graffic.
➡️Les impressions de Sometimes a book
1/ L’agneau égorgera le lion, Margaret Killjoy [#2]
Danielle se rend à Freedom, le dernier endroit où Clay, son meilleur ami a vécu, avant de se suicider. Les gens sur place, une communauté anarchiste, sont accueillants mais elle assiste à une scène pour le moins dérangeante impliquant un cerf à 3 cornes décharné s’en prenant à l’un des habitants de la ville. Où a-t-elle foutu les pieds ?
J’ai trouvé ma lecture très prenante, cela se lit facilement, on a envie de voir ce qui va se passer ensuite, c’est très exactement le genre de livres qu’il me fallait à ce moment-là. C’est une novella d’aventures avec des personnages sympathiques, une ambiance LGBTQ+ friendly et du fantastique légèrement horrifique.
Ils disent qu’ils veulent rendre le monde meilleur, mais ils ne font que remplacer une autorité par une autre et ils buteront quiconque essaiera de les en empêcher, parce que c’est ce que le pouvoir fait aux gens. Je crois en un monde bordélique et imparfait dans lequel on doit trouver des solutions nous-mêmes, collectivement ou individuellement.
Ce que je remarque c’est que même quand on parle de communauté anarchiste, tout n’est finalement que lutte de pouvoir, de gens qui s’associent pour lutter contre d’autres qui cherchent à le prendre. Je n’y connais rien au sujet, mais le texte me donne un sentiment que tout cela ne peut pas marcher parce qu’il y aura toujours des gens pour vouloir plus de pouvoir.