
Une nouvelle édition de ce rendez-vous destiné à vous faire culpabiliser de ne pas fréquenter davantage les salles obscures. Qu’à cela ne tienne, les sorties VOD, streaming et autres achats de DVD devraient vous permettre de rattraper tout ça.
Le mot de la dragonnière
Parmi cette sélection, trois films qui m’ont particulièrement marquée : L’œuvre invisible et The world of love et Disclosure Day.
Place aux films…


Le vertige, Quentin Dupieux
Le pitch est fort simple : Jacques va chez son pote pour lui faire une annonce : il est formel, il a recueilli 164 (bientôt 165) preuves qu’ils vivent dans une simulation.
Tout cela est tourné en animation esthétique PS2, c’est affreux.
J’ai trouvé ce film assez passionnant pour les réflexions qu’il suscite sur notre rapport au réel. Nous sommes assez loin de Matrix, pourtant abondamment cité par les personnages : le cinéma de Dupieux est absurde et c’est comme cela qu’il interpelle. Je ne suis pas toujours très réceptive et jamais très sûre de ce que je vois (d’ailleurs, majoritairement je m’arrête à la bande-annonce, haha) mais là c’est allé appuyer sur les bons boutons chez moi.
Attention spoilers.
L’état de mes réflexions : en tout cas j’en ressors que si on vit dans une simulation sans moyen d’en sortir il vaut mieux faire les choses correctement. Peut être qu’on est toujours la simulation de quelqu’un d’autre mais on peut aussi être la vie réelle de quelqu’un d’autre. Tout cela peut être métaphorisé de différentes façons sur la vie en général et le contrôle qu’on peut avoir dessus ou pas. Il doit y avoir moyen d’y mettre plein de concepts philosophiques derrière mais je n’y connais rien.
Il y a aussi une critique des téléphones comme miroir de soi qui finit par être plus vrai que la réalité aussi j’ai l’impression avec cette scène vers la fin ou il fait son bullshit à la Steve Jobs. Et pour finir le téléphone se révèle être un miroir aux alouettes.

Disclosure Day, Steven Spielberg
Ce film est plein d’empathie et d’émotions. C’est ce dont le monde a besoin en ce moment. J’ai pleuré le dernier quart d’heure.
C’était un peu trop long mais je ne saurai jamais si c’était indispensable pour arriver à l’intensité émotionnelle de cette fin.
Spielberg mêle une spiritualité profonde sur notre place dans le monde à un thriller au suspens tendu.
Attention spoilers.
La fin m’a un peu agacée. Je ne suis pourtant pas trop du genre à me plaindre des fins ouvertes. J’ai été profondément touchée par le message d’empathie du film mais au moment où elle dit « Listen » ça faisait 2h30 que j’écoutais attentivement. J’avais mes chakras ouverts au maximum, j’aurais tellement voulu savoir quels effets cette révélation allait avoir sur ce monde en pleine tension, quels effets spirituels sur les gens. Mais je peux vivre avec cette frustration.

The world of love, Yoon Ga-eun
En Corée du Sud, une adolescente vit sa vie d’adolescente, ses copines, ses amourettes avec les garçons et le chaos familial (sa mère picole, son père ne vit pas avec eux on ne sait pas pourquoi au départ). Un des garçons de sa classe insiste pour lui faire signer une pétition pour faire interdire le retour d’un prédateur sexuel sorti de prison, dans le quartier. Elle refuse de signer car il mentionne dans la description que les victimes ont leur vie détruite et qu’elles sont traumatisées à jamais (des choses dans le style), ce qu’elle trouve faux.
A partir de là, le film va tourner autour de la question de la perception des victimes et du droit à aller bien.
Franchement ce film est un petit bijou. Déjà, je trouve que le fonctionnement familial, les relations les uns avec les autres sonnent très vrais. Il y a un filtre culturel (je ne connais pas comment ça fonctionne dans ce pays, autrement que par ce que j’en ai vu dans des films) qui vient peut être faciliter ça je ne sais pas. Et puis cette thématique, quelle bonne idée. C’est peut être un peu caricatural mais ça ne fait que servir le propos et c’est ajusté par la finesse de l’analyse et des dialogues.
L’ensemble est fait sans misérabilisme et over-dramatisation (ce qui serait un réel problème dans un film souhaitant montrer qu’il y a autre chose à voir que des vies détruites quand on parle de victimes d’abus sexuels).
Il y a 2 scènes que je trouve bouleversantes : la scène du carwash et, dans une moindre mesure, la scène des lettres sous le matelas.

East of Wall, Kate Beecroft
Entre documentaire et fiction, ce n’est pas très clair et je ne me suis pas renseignée. Les personnages jouent leur propre rôle pour la plupart et on a des extraits de vidéo Tiktok pendant le film.
Une dresseuse de chevaux recueillent des ados en mal de stabilité dans son ranch et vend les chevaux qu’elle dresse avec eux aux enchères pour subvenir aux besoins de tout ce petit monde. Elle a par ailleurs perdu son mari et ça crée des remous dans la dynamique familiale. On suit son quotidien, qui va être chamboulé par l’entrée en scène d’un soit-disant bon samaritain qui se propose de racheter le ranch tout en la gardant comme employée.
J’ai beaucoup aimé ce film qui parle doucement de sujets assez durs. L’aspect documentaire rend cela très juste. C’est aussi et avant tout pour moi l’occasion de voir des vrais chevaux se comporter comme des vrais chevaux sans les hennissements fake rajoutés en postproduction et les mimiques théâtrales qu’on leur fait faire parce que bon un cheval en vrai c’est pas over expressif, la plupart du temps et le cinéma n’aime pas ça.

La corde au cou, Gus Van Sant
Gus Van Sant retrace étape par étape un fait divers s’étant passé à Indianapolis dans les années 70 : un homme criblé de dette prend en otage le fils du patron de la société qui lui a prêté de l’argent. Il les accuse de l’avoir escroqué et exige l’annulation de sa dette et des excuses.
Le film fonctionne très bien en tant que thriller : c’est très prenant, très bien tourné et on est accroché au devenir des personnages. Là où Van Sant est le plus intéressant c’est dans le propos et les sentiments contradictoires qu’ils nous procurent :
* une preneur d’otage qui nous procure des sentiments ambigus, d’un côté on le comprend, de l’autre le procédé est moralement questionnable, mais avait-il une autre possibilité ?
* De même que le pris en otage, d’un côté ses pratiques ne sont guère élogieuses, de l’autre sa situation est extrêmement effrayante.
* Également, comment on souhaiterait que cette histoire se termine ? Qui mérite justice ? Est-ce qu’une solution de compromis est satisfaisante ?
Bref, intellectuellement réjouissant et visuellement stimulant.

L’œuvre invisible, Avril Tembouret & Vladimir Rodionov
Vu au Luminor.
Avril Tembouret narre tout ce qu’il a pu trouver sur le réalisateur oublié Alexandre Trannoy, qui n’a jamais fini un seul film de sa vie. Escroc, génie ou fou on ne sait pas très bien. A-t-il seulement réellement existé ?
Le film est très aride, heureusement qu’il ne dure pas plus longtemps mais cette 1h10 est passionnante. C’est une réflexion sur la création et sur la personnalité de ce gars qui ne finissait jamais rien. Les réalisateurs ayant mis 15 ans à finir le film, ils finissent par se voir en miroir avec Alexandre Trannoy.
C’est au final un film qui parle de la création, pas le produit fini mais vraiment l’acte de créer autour d’un personnage à la réalité ambigüe, entrainant un flou plein de questions qui ne trouveront jamais réponse puisque les sources bouclent sur elles-mêmes. C’est vraiment fascinant, j’ai passé un moment de cinéma qui sort de l’ordinaire.

Plus fort que moi, Kirk Jones
Biopic de John Davidson, atteint du syndrome de la Tourette et qui a fait beaucoup pour faire connaître cette maladie.
Le film verse davantage du côté de la comédie bienveillante mais il s’agit aussi un drame social, avec des passages assez durs en particulier le début du film. Ce n’est pas cinématographiquement très intéressant mais les personnages sont top et l’humour british + syndrome de la Tourette, ça fait un cocktail très réussi (et en particulier une scène qui m’a littéralement fait pleurer de rire).