Mes vrais enfants | Life is strange

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Mes vrais enfants est un roman uchronique écrit par Jo Walton. Traduit par Florence Dolisi, il a été publié chez Denoël Lunes d’Encre en janvier 2017. Je l’ai lu dans son édition poche chez Folio SF, paru en avril 2019. J’ai fait la connaissance de Patricia Cowan et de tous ses enfants, je vous dis ce que j’en ai pensé.

Uchronie personnelle & historique

L’histoire commence dans une chambre de maison de repos, au chevet de Patricia Cowan qui s’étiole peu à peu dans un Alzheimer implacable. « Très confuse » dit sa fiche de soins. Pourtant encore bien lucide, elle se rappelle de ses deux vies

Si c’était Philip qui venait, elle savait qu’elle avait eu trois enfants, mais si c’était Cathy, elle en avait eu quatre.

Dans l’une, elle est Tricia : elle accepte d’épouser Mark, surtout pour le pire. Il n’a aucun respect pour elle, lui impose de médiocres rapports sexuels dans le but de procréer. De nombreuses fausses couches en nombreux accouchements, elle se retrouve avec 4 enfants. Avançant en âge, elle va peu à peu s’émanciper de l’emprise de son mari pour se créer une vraie vie à elle dans laquelle elle redeviendra enseignante, sa vocation première.

Dans l’autre, elle est Pat : elle refuse d’épouser Mark, surtout pour le meilleur. Elle se passionne pour Florence et l’Italie, devient écrivaine, rencontre Bee, elles s’aiment. Malgré les difficultés sociétales rencontrées par les couples de même sexe, elles vont vivre une vie pleine d’amour, même si non exempte d’obstacles. Grâce à un ami, elles auront trois enfants.

A partir du point de divergence, cette demande en mariage, accepté ou non, les chapitres vont alterner entre les deux versions de Patricia. On va suivre sa vie, pas à pas, ses relations, ses enfants, ses rencontres, … de façon très réaliste et surtout très réussie émotionnellement : on s’attache intensément à ses personnages, aussi vrais que nature. Les deux histoires sont aussi prenantes et impactantes l’une que l’autre.

Les minuscules objets vendus pour décorer les crèches plongèrent Bee dans l’extase :  » Des paniers de champignons ! Du jambon de Parme !
-Pourquoi achètes-tu  tous ces aliments miniatures ? lui demanda Jinny. Nous n’avons même pas de crèche !
-Je vais les offrir à Flora. Regarde un salami miniature ! Et là, un sanglier ! »

On va se rendre compte aussi qu’il ne s’agit pas que de deux versions différentes d’elle-même : l‘Histoire aussi prend deux embranchements, tous les deux différents de notre réalité. Dans la version « Tricia », la paix se fait, l’Europe se forme, le monde est plus ouvert et plus prospère. Dans la version « Pat », le monde est rongé par différentes attaques nucléaires, le progressisme tarde à se développer.

Thématiques 

Je vois trois grandes thématiques se dessiner au travers des 2 histoires, qui, aussi différentes soient-elles, se rejoignent dans ces aspects :

  • la famille et la parentalité : elles tiennent une place très importante, ainsi que les enfants et les petits-enfants qui sont très centraux. C’est l’aspect qui me touche le moins, surtout ce qui tourne autour de la parentalité, un concept qui me dépasse un peu d’un point de vue personnel. Pour moi, cette thématique m’a surtout servie à faire avancer l’histoire et me faire ressentir des émotions fortes autour de l’attachement aux nombreux personnages.
  • la condition des femmes : ce livre fait preuve d’un grand féminisme en dénonçant les inégalités entre les genres au travers de la vie de la version « Tricia » surtout mais aussi « Pat », davantage à l’arrière-plan.
  • la condition des LGBT : les droits des LGBT, leur liberté à former une famille, à pouvoir vivre ouvertement leur orientation sexuelle est ici aussi interrogée. C’est à l’avant-plan de la version « Pat », plus en filigrane de la version « Tricia ». 

-Et toi? si tu pouvais changer de sexe, là, maintenant, tu le ferais?
-Ben, peut être, pourquoi pas…Pat hésita. Toucher un plus gros salaire, avoir une vie plus facile, trouver du travail ou obtenir un prêt sans problème, être respecté sans avoir besoin de se battre…mais j’aime bien être moi.

Une question de choix

Au-delà de ce que la narration des deux Patricia nous raconte, une autre problématique se dessine autour de la version âgée de celle-ci, qui se trouve dans une configuration où elle a vécu les deux vies à la fois

Je ne vous cache pas que ce thème résonne et raisonne très fort en moi. C’est un truc qui m’obsède dans ma vie personnelle. Il peut être très bien rendu dans le jeu vidéo (Life is strange, ma chronique) qui est un média de choix (haha) pour mettre en scène le principe du choix cornélien : on peut l’effectuer soi même et en subir les conséquences. On pourrait imaginer une version « lifeisstrangisée » de Mes vrais enfants où c’est nous lecteurices qui devrions choisir pour Patricia qui sont ses vrais enfants. La puissance du dilemme.

Et si les choix de chaque individu pouvaient changer le monde ?

En fait, Life is strange a été plus impactant pour moi sur la question que Mes vrais enfants. Je ne sais pas trop si c’est dû à la thématique parentale de Mes vrais enfants qui me parle moins, aux choix actifs que l’on opère dans le jeu, ou si c’est simplement car j’ai joué à l’un avant de lire l’autre. Dans une autre version de moi-même, j’aurais lu Mes vrais enfants avant de jouer à Life is strange et mes mots de n’auraient pas la même teneur, ou seraient exactement pareils, je ne sais pas.

Mes vrais enfants est émotionnellement intense. Si la question des choix de vie à bifurcation me parle beaucoup personnellement, ce qui m’a vraiment touchée dans ce roman, c’est la narration et les personnages, plus vrais que nature, et le propos sur la condition des femmes et celle des homosexuels.

Informations éditoriales

Roman écrit par Jo Walton. Publié initialement chez Denoël Lunes d’Encre en janvier 2017. Repris en poche chez Folio SF en avril 2019. Traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Florence Dolisi. Titre original : My real children. Illustration de couverture de l’édition poche par Aurélien Police. 426 pages. Prix Planète SF des blogueurs 2017.

Pour aller plus loin

Jo Walton sur le blog.
Ma chronique du jeu vidéo Life is strange.
D’autres avis : RSF Blog, Lorhkan et les mauvais genres, Reflets de mes lectures, Le bibliocosme (Boudicca, Dionysos), Apophis, Les lectures du maki, Nevertwhere, Cat(s), books & rock’n’roll, 233°CAu pays des cave trolls, Marque ta page, Un papillon dans la lune, Albédo, Touchez mon blog, monseigneur, Les critiques de Yuyine, Quoi de neuf sur ma pile ?, ou signalez-vous en commentaire.

30 commentaires sur « Mes vrais enfants | Life is strange »

    1. C’est surtout le dernier chapitre qui m’y a fait penser ^^ Honnêtement, tu risques pas grand chose à tenter. Et le lire sans en attendre la lune non plus, ça évite les déceptions, ce livre étant très encensé dans la blogo.

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  1. Je suis contente de voir que tu as toi aussi aimé ce roman – je l’adore ! Je l’ai d’ailleurs récemment prêté à une amie, j’espère qu’elle aimera elle aussi. En tout cas, avec les thématiques dont tu parles, effectivement bien présentes, je pense que oui ^^

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  2. « Dans une autre version de moi-même (…) » : 👌
    Ma lecture remonte à plus de 4 ans et j’en ai encore des images précises en tête – un certain téléphone qui sonne, notamment. Ça en dit suffisamment sur l’effet qu’a eu ce livre sur moi je crois.

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  3. Une vraie claque pour moi (d’autant plus que les thématiques parentales me parlent énormément !)
    Je continue d’en parler et de le conseiller, parfois avec les yeux qui brillent encore d’émotion, je l’avoue !

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  4. Ce livre reste un de mes plus beaux moments de lecture.
    Dans les thématiques abordées par l’autrice, j’ai également été très touchée par celle de la vieillesse et de la dépendance. Un bijou ce livre ❤

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  5. Aaaaah! Ravie que tu aies aimé!! Tu résumes bien tout ce qui fait le sel de ce bouquin. Quelques années plus tard, j’en garde plus un ressenti général que des éléments d’intrigue précis. C’est vraiment super humain, quoi. Et tu as raison, le choix tient un rôle important dans cette histoire. D’ailleurs, c’est à la lumière de ce thème-là qu’il faut voir la fin, que, pour le coup, je n’avais pas appréciée. D’ailleurs, c’est pas le tout dernier mot du bouquin, « choix »?
    « ce thème résonne et raisonne très fort en moi » –> Bien dit!

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      1. Bon, la Reloue a effacé mon commentaire en cours de rédaction et a cliqué partout, j’espère qu’elle n’a pas envoyé des notifications délirantes sur WordPress 😜
        Je disais que je suis allée vérifier et, en effet, j’avais un souvenir un peu déformé de la dernière phrase. En revanche, le dernier chapire s’appelle « Choices », ce dont je n’avais aucun souvenir.

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  6. J’ai lu ton avis et je le trouve très éclairant sur son contenu et les thèmes abordés. C’est peut-être d’ailleurs celui qui me donne l’idée la plus précise de ce qu’il raconte. Et ça me plaît.
    Et puis cette question du choix, ahlala…
    Les avis sont unanimes pour le saluer. Y a plus qu’à hein.

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  7. Ouf tu as aimé, la pression peut redescendre 😅
    C’est un roman que j’ai pas aimé autant que je l’aurais voulu (la faute à la grosse hype à l’époque) mais j’y repense encore souvent, y’a des choses très fortes dans ce livre.
    J’ose pas trop le relire, je pense que je pleurerais tout du long cette fois-ci maintenant que j’ai des enfants 😭

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