Factfulness | A l’épreuve des faits

Factfulness est un essai écrit par Hans Rosling. Hans Rosling est un médecin qui a fait toutes sortes de choses mais surtout, il a créé l’ONG Gapminder dont l’objectif est de combattre nos fausses conceptions sur le fonctionnement du monde et de l’humanité. C’est tout le sujet du livre. Je l’ai lu et vous donne mon avis. A la fin du billet, j’explique aussi comment j’ai fait une petite expérience avec des membres de ma famille.

Qui est Hans Rosling ?

Hans Rosling a étudié la médecine et les statistiques. Parce que : why not ? En fait il s’avère que cela lui a été très utile vu ce qu’il a fait de sa carrière. Il a exercé la médecine dans des conditions précaires en Afrique. Il a par exemple été le seul médecin pour 300 000 habitants. En France, le département qui a le moins de médecins pour 100 000 habitants est la Guyane. Qui en a 45, ce qui n’est vraiment pas beaucoup (voir ici).

Il a aussi donné plein de conférences, a été conseiller à l’OMS et est devenu un spécialiste de la santé mondiale. Il en est venu à créer le site Gapminder avec son fils et sa belle-fille. Comme je l’explique en intro (mais qui lit les intros ?👀), Gapminder est un site qui collapse plein de données mondiales et propose aux gens de tester leurs connaissances sur le sujet (en fait, je ne dis pas du tout ça dans l’intro, allez lire l’intro).

Ce monsieur est malheureusement décédé en 2017 et le dernier truc qu’il a fait pour le monde, c’est ce livre. 

Mais c’est quoi ce livre ?

Factfulness commence par nous faire répondre à un test de 13 questions, type QCM sur comment se porte l’humanité aujourd’hui sur plein de sujets comme l’éducation des filles ou la croissance démographique. Hans Rosling a fait passer ce test à 12 000 personnes, de plein de nationalités différentes, de plein de professions différentes.

Le résultat est accablant : hormis la dernière question, qui porte sur le réchauffement climatique (dont la bonne réponse est évidemment catastrophiste), les gens tendent, statistiquement, à donner les réponses les plus catastrophistes qui soient.

Il va ensuite décortiquer et analyser chaque question au travers de ce qu’il appelle des instincts. Des instincts qui nous mènent à avoir sur les sujets abordés une vision forcément négative. En fait d’instincts, ce dont il parle ici ce sont des biais cognitifs qui peuvent fausser nos connaissances, nos jugements et notre regard en permanence. C’est un sujet qui me passionne mais je l’avais toujours abordé du point de vue de la psychologie sociale, des comportements des gens les uns avec les autres. J’ai donc trouvé ça passionnant de voir nos biais cognitifs à l’épreuve de notre vision de l’humanité d’aujourd’hui. 

Ca a l’air chiant hein comme bouquin ? En fait pas du tout. Habitué des conférences TED, Hans Rosling nous offre un livre super abordable, dans lequel il parle beaucoup de lui et de ses expériences et de ce qu’elles lui ont apporté dans son cheminement sur l’importance des données. Il arrive à rendre des données passionnantes grâce à un propos très clair et de nombreux graphiques.

Il nous dit tout au long de ces 400 pages toute l’importance d’avoir des données de bonne qualité pour nous sortir des nos biais cognitifs. Parce que notre cerveau est ainsi fait qu’il va souvent vouloir dramatiser à partir de faits isolés, voir les choses de façon binaire ou chercher des coupables nominatifs à des phénomènes systémiques. En gros, il prône l‘instruction et l’éducation et ça c’est un message qui me plait beaucoup. 

Ne pas tomber dans le monde des bisounours

Un petit truc m’a chafouinée. Par exemple, il propose le graphique de l’augmentation colossale du nombre d’espèces placées sur des listes d’espèces à protéger comme étant une amélioration de l’état du monde. Bon, je comprends ce qui sous-tend un tel graphique : si l’espèce est sur une liste, ça veut dire qu’on fait des efforts pour la sauver et sans doute qu’avant on se préoccupait peu de mettre les animaux et les végétaux sur des listes avant que le dernier exemplaire disparaisse de la circulation. Mais euh… Disons qu’un chiffre positif serait de voir le nombre d’espèces en danger diminuer. Mais un tel chiffre n’existe pas, et pour cause.

Cela m’a fait prendre conscience qu’il faut faire très attention de ne pas généraliser dans l’autre sens ! Que puisqu’il nous dit que l’humanité a fait de tels progrès dans plein de domaines qui fait que les humains se portent globalement mieux qu’avant, que plein de données mondiales montrent des progressions spectaculaires dans l’espace du dernier siècle et qu’il nous montre peu de graphiques à tendance négative, alors tout va bien et on peut se tourner les pouces.

Il nous dit ceci à ce sujet, mais je pense que le propos aurait pu être plus appuyé dans le livre :

  • Le monde peut aller mal tout en allant mieux. Avant le monde allait très mal et maintenant le monde va moins mal qu’avant. Il ne faut donc pas relâcher nos efforts, il faut continuer à se battre pour le rendre meilleur encore et encore.
  • Il nous met en garde contre 5 risques mondiaux majeurs dont il faut absolument s’inquiéter. Ces risques sont : le réchauffement climatique (je n’ai pas besoin de vous faire un dessin), une pandémie mondiale (wink wink), un effondrement financier (coucou 2008), une troisième guerre mondiale (on touche du bois) et l’extrême pauvreté. Et contre un sixième qui serait le risque inconnu (j’ai tout de suite pensé à l’invasion extraterrestre, mais ça n’engage que moi).

Une expérience familiale

Comme j’avais lu la chronique d’Alys avant de lire le livre (d’ailleurs c’est elle qui me l’a prêté, gloire à elle), j’étais un peu spoilée quant au test du début de l’ouvrage. A dire vrai je n’ai fait que trois erreurs. Mais quand j’ai analysé pourquoi je m’étais trompée, je n’ai pu que constater que c’était à cause de mes biais cognitifs. Alors que j’étais au courant. Bah GG my-self.

Bref, comme je rentrais en Belgique le week-end dernier pour fêter mon anniversaire avec ma famille et ma BFFfB (Best Friend Forever from Belgium), je me suis dit que ce serait intéressant de profiter qu’un petit nombre de gens seraient réunis au même endroit pour faire une EXPERIENCE. C’est-à-dire que j‘ai fait passer le test à ma famille, réduit à 12 questions car l’une d’entre elle comportait un schéma.

Au contraire de ce qu’on dit d’habitude, je vous invite à reproduire l’expérience chez vous. Quelques conseils :

  • photocopiez les questions
  • photocopiez les questions
  • photocopiez les questions

C’est très simple : cela résoudra tous vos problèmes. Déjà, j’ai dû répéter la moitié des questions deux fois. Ensuite, mais qu’est-ce que les gens étaient dissipés ! Et ne croyez pas que les profs qui subissent ça toute la journée le sont le moins… Troisièmement, vous pourrez faire la question 8, au lieu de la passer.

C’est préférable aussi d’avoir à portée de main un doc Excel dans lequel il suffit de rentrer les réponses avec les formules adéquates déjà prêtes pour gagner du temps. 

On peut aussi faire le test en ligne ici.

Qu’en est-il ressorti ? En effet quand on fait ce test sans être au courant de rien du sujet du livre, on se plante dans les grandes largeurs et ma famille n’est pas épargnée. Les participant.e.s ont obtenus entre 2 et 4 réponses correctes et une 6 (sur 12 donc). Cette personne avait lu la quatrième de couverture et eut une discussion au sujet du livre précédemment. Je ne vais bien sûr tirer aucune conclusion générale sur ces chiffres : l’échantillon est beaucoup trop petit. Juste j’avais envie de voir ce que ça donnait 🤷‍♀️

En bref, j’ai trouvé ce livre très intéressant. En se basant sur des chiffres, il montre comment notre perception du monde est orientée par nos biais cognitifs. Le livre, loin d’être abscons, est hyper abordable et se lit très facilement. A lire si l’on aime être bousculé dans ses croyances. Par contre, bien garder en tête que ce n’est pas parce que l’humanité a globalement progressé de façon spectaculaire dans bien des domaines que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Informations éditoriales

Essai écrit par Hans Rosling avec Ola Rosling et Anna Rosling Rönnlund. Publié pour la première fois en 2018. 2019 pour la traduction française. Traduit de l’anglais par Pierre Vesperini. Titre original : Factfulness. La couverture est une création du Studio Flammarion. 396 pages.

Pour aller plus loin

Le site Gapminder. (on y trouvera plein de questions auxquelles on peut tenter de répondre).
Toutes les conférences TED d’Hans Rosling.
D’autres avis : Cat(s), books and rock’n roll, ou signalez-vous en commentaire.

16 commentaires sur « Factfulness | A l’épreuve des faits »

  1. « mais qui lit les intros ? » : 🙋‍♂️ (tiens, une légère impression de déjà vu… 🤔)
    Quand tu repères des biais dans un livre qui parle de biais, c’est que tu commences à être vraiment bien sensibilisé sur le sujet. ^^
    Tu confirmes l’avis d’Alys, ça a l’air intéressant, il y a forcément des choses à en tirer.

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  2. Yeah! Génial! Je suis ravie que tu aies apprécié!! Et je trouve cette chronique particulièrement enlevée 👌👌
    Trop génial, cette expérience familiane!!
    « Mais qui lit les intros ? » –> Les meilleurs!!! 😄
    « Gloire à elle » –> Merci, merci. Insérer ici le gif des Minions qui se trémoussent d’un air hystérique.

    J’aime

  3. Pas sûr d’avoir le temps de le lire mais c’est toujours intéressant de remettre en question ses propres biais.
    « Et contre un sixième qui serait le risque inconnu (j’ai tout de suite pensé à l’invasion extraterrestre, mais ça n’engage que moi). » => Mais tellement 👽

    Aimé par 1 personne

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