Des nouvelles de Bifrost #107 | Sarah Pinsker, Jean-Marc Ligny, Ken Liu, Ketty Steward, Ray Nayler, Audrey Pleynet

bifrost 107

Ce 107ème Bifrost publié en juillet 2022 par les éditions du Bélial est un spécial Fictions. Autant vous dire que ça me donne du boulot puisqu’il contient pas moins de 6 nouvelles : Deux vérités un mensonge de Sarah Pinsker, Après les âges sombres de Jean-Marc Ligny, Les cinq éléments de l’esprit du cœur de Ken Liu, Ombres de Ketty Steward, Sarcophage de Ray Nayler et Encore cinq ans d’Audrey Pleynet. C’est parti…

Deux vérités, un mensonge, Sarah Pinsker

De passage chez ses parents, dans la ville où elle a grandi, Stella aide un ami à vider la maison de son frère, récemment décédé. Elle découvre alors une vieille et médiocre émission de la télé locale, « Le coin de l’oncle Bob », à laquelle tous les enfants de la ville ont participé et dont elle n’a aucun souvenir. Elle mène l’enquête.

Cette nouvelle est juste excellentissime ; dans sa peinture précise et très vraie (marrant pour un texte parlant de mensonge) des personnages ; dans son approche inquiétante du faux semblant, ; dans son approche à rebrousse-poil de la nostalgie des années 80.

Dans ses dernières années, Denny, le frère aîné de Marco, était devenu l’une de ces personnes que leurs possessions engloutissent tout entières. Le genre d’individus qui inspiraient des documentaires, pour lesquels on organisait des interventions, qu’on évitait d’aller voir sous des prétextes fallacieux, qui cessaient de sortir, et dont on ne parlait jamais que par soupirs et silences. Telles furent les pensées qui traversèrent Stella après la mort de Denny, et les raisons pour lesquelles, après avoir dévisagé les quatre autres personnes présentes à l’enterrement, elle proposa d’aider marco à vider la maison.
(incipit)

Publication initiale en 2020. Traduit de l’anglais par Mélanie Fazi. Titre original : Two thruths and a lie.

Après les âges sombres, Jean-Marc Ligny

Un vieil homme bêche son potager au pied d’une vieille tour en ruine dont il fait son habitation. Il n’a pas vu un humain depuis dix ans. Se croyant attaqué par un frelon noir, il brandit sa bêche et explose … ce qui s’avère être un drone.

J’ai beaucoup aimé l’évocation de ce vieux dans son jardin dans ce monde post-apocalyptique, visiblement détruit par une humanité en pleine hubris. J’ai beaucoup moins aimé le pessimisme de la suite du texte, en mode l’homme est un loup pour l’homme, avec un rappel que le loup est aussi un loup pour l’homme, lui conférant une intentionalité morale que j’ai trouvé peu crédible. Cela dit le texte l’ensemble est élégant et correspond bien aux préoccupations de l’auteur.

En fin d’après-midi, quand le soleil éclate en myriades de reflets dorés sur les sommets des grandes tours, quand les arbres, fougères, lianes et lierres frémissent à la brise vespérale, quand les corneilles se rassemblent dans les hauteurs pour leur bavard debriefing du soir. Daniel aime bien flâner dans son jardin où descend la pénombre.
(incipit)

Les cinq éléments de l’esprit et du cœur, Ken Liu

Seule survivante d’un vaisseau spatiale d’exploration, Tyra se retrouve sur une planète habitée par des humains retournés à un stade pré-technologique.

Ken Liu s’empare des découvertes scientifiques sur les microbiotes pour mettre en opposition la société ultrahygiéniste et ultra-technologique de Tyra et celle, naturaliste, de Fazen. Un texte dense qui traite de nombreux sujets (compter aussi : une histoire d’amour, une dénonciation du colonialisme) mais avec la limpidité habituelle de Liu.

Tyra
Jour 52 :
Officière scientifique adjointe Tyra Hayes au rapport. Je suis toujours en vie et j’enregistre toujours.
Peut-être personne ne verra jamais ces entrées. Mais je n’ai rien d’autre à faire, toute seule dans cette capsule de sauvetage.
-Je suis là.
Merci, Artie. Je ne voulais pas te froisser. Tu m’as bien aidée. La meilleure IA perso qu’on puisse rêver. J’aimerais juste qu’une autre personne… ait survécu aussi.
(incipit)

Publication initiale en 2012. Traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti. Titre original : The five elements of the heart mind.

Ombres, Ketty Steward

Une guerre des genres a émergé dans l’après #metoo et elle a changé la face de la France. Magda est une élue d’échelon 6. Elle se rend à une réunion de travail. Lors d’une étape sur le chemin, elle envoie balader un inopportun en se servant de son statut.

Un texte dystopique sur une évolution radicale et quelque peu caricaturale des rapports entre les hommes et les femmes. J’ai trouvé le background très bien ficela, en particulier au regard de la brièveté de la nouvelle. Par contre, je ne sais absolument pas quel propos tirer de cette histoire.

Sombre comme jamais, vêtue d’un long manteau assorti à mon humeur, je quitte ma chambre d’hôtel pour me ravitailler.
Plutôt que de rejoindre directement le lieu de rassemblement, j’ai opté pour un hôtel à l’ancienne dans un village voisin à peine câblé. J’ai fait le chois du calme en oubliant que, dans ce genre d’établissements, plus onéreux que les motels modernes, tous les services supplémentaires, y compris la boisson, se réclament à un être humain et son payables en archaïque monnaie. Faute de lecteur adapté, mes crédits pouces illimités ne valent rien.
(incipit)

Sarcophage, Ray Nayler

Bifrost nous fait le cadeau d’une seconde nouvelle écrite de la main de Ray Nayler. Je l’avais déjà trouvé très convainquant avec Père, publiée dans le Bifrost #105. Que donne Sarcophage ?

Sarcophage est un récit de survie sur une planète inhospitalière et glacée. C’est aussi le récit d’une rencontre dont on ne comprend la teneur que dans les derniers paragraphes. Comme avec « Père », Ray Nayler s’illustre par la grande empathie qu’il est capable de nous insuffler pour les personnages, ce qui fait de cette une nouvelle sur une thématique un peu éculée une très bonne lecture.

Voici les causes du désastre :
Premièrement : l’estimation de la température de la planète était incorrecte. La balise n’aurait jamais dû être installée. Ce monde ne peut pas supporter davantage la vie humaine que les déserts glacés de nos pôles.
(incipit)

Publication initiale en 2021. Traduit de l’américain par Henry-Luc Planchat. Titre original : Sarcophagus.

Encore cinq ans, Audrey Pleynet

2078. La Terre est au plus mal. Il est décidé d’endormir l’immense majorité de la population pour une durée de 15 ans, afin de permettre à la planète de reprendre du poil de la bête. Seuls 200 personnes restent éveillées pour se charger du suivi des Endormis et de l’Entretien du monde, l’ensemble étant exécuté par des robots éparpillés sur tout le globe. Sauf qu’à l’issue des 15 ans, les « Orphelins » se disent que ça ferait du bien à la Terre si l’opération durait un peu plus longtemps et personne n’est en mesure de les contredire.

Encore cinq ans offre une solution aussi originale qu’utopique au réchauffement climatique. Un texte ambitieux qui va chercher l’avenir de l’humanité jusqu’à plus de 700 ans dans le futur.

Meva Martins s’engouffra dans le sans de décompression et passa sa puce d’identification devant l’écran de contrôle. Le système reconnut son code gouvernemental et le voyant vira au vert. Dans le hall de l’enclave, elle retira le masque qu’elle portait depuis qu’il s’était mis à pleuvoir cet après-midi avant de lever les yeux vers la présence réconfortante de la toile protectrice du dôme.
(incipit)

Informations éditoriales

Revue publiée en juillet 2022 par les éditions Le Bélial’. Illustration de couverture par Florence Magnin. 184 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Quoi de neuf sur ma pile, Les lectures du Maki, Ombre Bones, ou signalez-vous en commentaire.

9 commentaires sur « Des nouvelles de Bifrost #107 | Sarah Pinsker, Jean-Marc Ligny, Ken Liu, Ketty Steward, Ray Nayler, Audrey Pleynet »

  1. Ah bah ma chronique sort demain ! Je vais pouvoir rajouter ton lien :3
    J’ai passé un très bon moment de lecture même si je me souviendrais surtout du premier et du dernier texte, pour le coup.

    J’aime

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