Un été au cinéma | 2022

Après avoir eu un instant peur d’avoir perdu le feu sacré du cinéma, ces derniers mois j’ai retrouvé le plaisir de me rendre en salle. La superbe programmation de cet été a fait le reste et c’est pour vous crier mon amour du cinéma que je vous propose aujourd’hui un billet qui fait le point sur les meilleurs films que j’ai vus cet été (il y en a beaucoup).

Petite intro

Depuis le covid les choses sont compliquées pour le cinéma : fermeture des salles pendant des mois, report de tournages, report de sorties, sorties sur les plate-forme de streaming plutôt qu’en salle, fréquentation en berne depuis la réouverture. J’ai aussi eu peur pour mon lien au cinéma en constatant que depuis la réouverture j’y allais beaucoup moins qu’avant, car beaucoup moins de sorties me tentaient. J’ai aussi eu des périodes où ce que je voyais me plaisait moyen bof.

Mais cet été, il s’est passé un truc. Ce qui est assez étonnant car, habituellement, en été, au cinéma, il ne se passe pas grand chose, hormis la sortie du dernier film catastrophe hollywoodien (il n’y en a pas eu cette année) ou du dernier xème opus d’une comédie française (coucou Ducobu). J’ai eu l’impression que la situation se débloquait complètement et que soudainement, il se mettait à pleuvoir des films que j’avais hyper ENVIE de voir et qui en plus se révélaient hyper KIFFANTS.

Je suis allée voir 14 films entre le 4 juillet et le 6 septembre. Je vous parle de 11 que j’ai kiffés et qui sont sortis entre le 29 juin et le 31 aout. Je vous les livre classés par date de sortie puis par ordre alphabétique de titre.

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Place aux films…

Decision to leave, Park Chan-wook (29/06)

Un homme est retrouvé mort au pied d’une montagne. Hae-Joon est chargé de l’enquête. Des éléments conduisent à soupçonner la femme du mort, Sore. Problème : Hae-Joon ressent une forte attraction pour elle.

Décidément le thriller coréen ne cessera de m’étonner. Une mise en scène exceptionnelle de Park Chan-wook (Old Boy, Mademoiselle), une narration qui prend le thriller à contre-pied, en y intriquant une histoire d’amour insoluble. Inattendu est l’adjectif qui qualifie le mieux ce film.

La nuit du 12, Dominik Moll  (13/07)

A la PJ de Grenoble, Yohann est chef d’un groupe d’enquêteurs lorsque le meurtre de Clara est découvert. Clara a 21 ans et a été brûlée vive alors qu’elle rentrait chez elle un soir. Le meurtrier ne sera jamais retrouvé. Je ne spoile pas, c’est comme ça que le film commence. L’intro nous dit : 800 homicides sont commis par an en France et 20% ne sont jamais élucidés, le meurtre de Clara est l’un d’entre eux.

La nuit du 12 est très réaliste dans son déroulé de l’enquête. Une enquête faite d’interrogatoires, d’imprimantes cassées et de culs-de-sac.

La nuit du 12 est poignant dans les émotions que le film arrive à insuffler, à nous faire comprendre  la tristesse et le désespoir des proches (les parents, la meilleure amie) d’une part et des enquêteurs (Yohan et Marceau) d’autre part.

La nuit du 12 est judicieux dans son propos sur les violences faites aux femmes et la masculinité toxique. Clara pourrait être votre voisine, votre fille, votre meilleure amie. Clara est morte parce qu’elle est une fille. Puisse-t-elle nous hanter jusqu’à ce qu’on ait résolu le problème du patriarcat.

La petite bande, Pierre Salvadori (20/07)

Quatre amis se lancent dans un projet qui tourne mal. N’arrivant pas à se départager sur une décision à prendre, ils décident d’intégrer un cinquième larron, Aimé, le garçon le plus mal aimé de l’école.

C’est drôle et irrévérencieux. Les gamins sont touchants et le film dit de chouettes choses sur l’amitié. Une sorte de Goonies à la française version 2022, le jusqu’au-boutisme immoral en sus.

A propos des masques des enfants : on en aperçoit aussi des enfants avec de superbes masques d’animaux dans le Simetierre de 2019, sauf que le film n’en fait pas grand chose sauf la courte scène de procession. Ils ont ici plus d’importance et j’ai eu l’impression de recevoir réparation pour avoir été hypée par l’affiche de Simetierre et déçue par le film qui était, il faut le dire, assez médiocre.

Tempura, Akiko Ohku (20/07)

Mitusko embrasse pleinement sa vie de célibataire tokyoïte. Elle a une voix intérieure qui lui tient compagnie et lui prodigue moult conseils. C’est alors qu’elle recontre Tada-kun, un garçon qui travaille dans la même entreprise qu’elle.

Le film est beaucoup moins feel-good qu’il n’y parait de prime abord. Certes c’est une romance, certes il y a des moments où on sourit voire on rit, mais c’est surtout une réflexion acérée sur la solitude et sur les rapports homme-femme.

La mise en scène est très particulière (tendance à filmer en gros plans morcelés, inserts issus de l’imagination de la protagoniste dans la réalité) et ça fait plaisir de voir autant d‘inventivité.

Un peu longuet.

S’assurer d’avoir le ventre plein ou d’avoir de quoi le remplir pendant la séance, jdcjdr.

As bestas, Rodrigo Sorogoyen (20/07)

Dans le huis clos d’un village de montagne espagnol où suinte la pauvreté et le manque d’éducation se joue un drame : une dispute entre voisins entre désaccord sur l’installation d’éoliennes près du village et xénophobie.

Drame social, drame familial, thriller tendu mais jamais spectaculaire, photographie impressionnante, acteurices impressionnants, voilà ce qu’offre As bestas, un film puissant sur la nature humaine.

Bullet train, David Leitch (03/08)

Ladybug (Brad Pitt) est un malfrat à la fois poursuivi par la guigne (en mode la version adulte des méchants de Maman, j’ai raté l’avion) et à la fois très chanceux parce qu’il se tire toujours vivant des pires situations. Le voilà engagé pour récupérer une malette pleine d’argent à bord d’un train au Japon. C’est parti pour 2 heures d’imbroglios et de scènes d’actions.

Comédie d’action déjantée et parfaitement invraisemblable. On rit franchement plusieurs fois, très rythmé malgré quelques longueurs. Un très chouette divertissement.

Nope, Jordan Peele (10/08)

OJ et Em héritent du ranch de leur père dresseur de chevaux pour le cinéma, mort inopinément, tué par une pièce de monnaie tombée du ciel. Les affaires ne vont pas forts, alors quand un phénomène aussi terrifiant qu’inexplicable se manifeste dans le ciel, ils s’entêtent à vouloir le filmer pour devenir riches et célèbres.

Le dit phénomène s’avère être encore plus terrifiant que prévu mais doté d’une certaine poésie visuelle quand il passe en mode vénère. C’est un film qui prend son temps pour faire monter le tension jusqu’à un final explosif.

Critique de notre société moderne, dans son rapport aux images et au spectaculaire, Nope file la métaphore avec brio : l’histoire parallèle de Gordy, l’histoire du tout premier film de l’histoire de l’humanité, l’indicible qui est ici inregardable et dont il faut se jouer pour y parvenir et récolter les images tant désirées.

Vesper chronicles, Kristina Buozyte & Bruno Samper (17/08)

Dans un monde postapocalyptique où la végétation a pris un tournant évolutif étonnant, les habitants de l’extérieur dépendent des habitants des dômes pour leurs semences qu’ils doivent racheter chaque année. Vesper vit à l’écart avec son père gravement malade et qui la suit partout dans ses pérégrinations avec un drone. Vesper espère un jour trouver le moyen de rendre les semences des dômes fertiles et pratique diverses expériences dans son potager lorsqu’un véhicule volant s’écrase dans la forêt. Elle recueille la survivante, une femme des dômes par laquelle elle espère trouver le salut.

Ce film est un petit bijou. Déjà le background est incroyable de profondeur, de cohérence et de poésie sonore et visuelle. Ensuite les personnages, judicieusement peu nombreux, cela permet de prendre le temps de leur donner de l’épaisseur, sont attachants, en particulier la petite Vesper, brillante performance de la jeune actrice Rafiella Chapman. Et pour terminer, je pensais que l‘histoire serait très conventionnelle et même là elle a réussi à me surprendre.

Leila et ses frères, Saeed Roustaee (24/08)

La crise économique fait rage en Iran et la famille de Leila manque d’argent. Elle convaint ses 4 frères de se lancer dans l’achat d’une boutique pour renflouer les caisses familiales. Mais toutes leurs économies n’y suffisent pas : ils ont besoin de l’aide de leur père. Qui refuse car il décide de donner tout son argent lors d’un mariage dans sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain.

Le « Succession » du pauvre en Iran. Puissant film tout en nuances, des personnages très complexes et tant de réflexions : les relations familiales, la place des femmes dans la société iranienne, et le rapport à l’argent, surtout celui que l’on n’a pas.

J’y ai vu quelque chose de zolien dans l’inéluctabilité des mauvaises décisions prises par les frères qui font des ratés magnifiques et la pression de l’environnement social qui fait les gens comme ils sont.

Trois mille ans à t’attendre, George Miller (24/08)

Alithia est narratologue et parfaitement comblée par sa vie solitaire. En visite à Istanbul pour une conférence, elle fait l’acquisition d’un flacon ancien, qui s’avère contenir un djinn, enfermé là depuis 3000 ans. L’histoire on la connait : trois voeux pour le libérer. Mais Alithia ne souhaite rien. Le djinn entreprend alors de lui raconter sa vie afin de la mener à changer d’avis.

Un conte philosophique intimiste qui nous parle des histoires qu’on raconte, de l’importance des mythes et de l’imaginaire. George Miller use allègrement de l’enchâssement dans une mise en scène inGENIEuse et une photographie à l’esthétique extrêmement soignée.

J’ai juste eu un petit hiatus parce que je n’ai sincèrement pas compris le pourquoi du premier vœu, dont découle toute la seconde partie du film, mais que j’ai choisi de mettre de côté pour profiter.

Au final, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse de toutes les histoires que ce film à nous raconter.

Everything everywhere all at once, Daniel Scheinert & Daniel Kwan (31/08)

Evelyn a du mal à gérer sa vie entre la gestion de la laverie qu’elle tient avec son mari et les relations compliquées avec sa fille. Rajoutons à cela la préparation de la fête d’anniversaire de son père et un contrôle fiscal bien mal venu. La charge mentale est au débordement. Cela devient pire quand une version de son mari venant d’un autre univers lui demande, pas moins, de sauver le monde. Genre, elle n’avait que ça à faire.

La mise en scène est juste incroyable, les références et ce que le film en fait sont incroyables, le degré de chaos injecté dans ce film est juste incroyable. Peut être un vague bémol sur la longueur, mais vu qu’il faisait 40° dans la salle de cinéma (blindée, réjouissons-nous), je ne peux pas jurer que ce n’était pas à cause de l’effet sauna qui donnait envie de courir hors de la salle pour se rouler nu dans la neige (le cinéma a parfois des effets inattentus pour des causes inattentues)

Le film tient un beau propos sur les relations familiales, sur les choix de vie et sur l’échec. L’idée que chaque décision que l’on prendrait créerait un univers dans laquelle l’autre option, celle qu’on a écartée, vivrait sa vie, m’ébouriffe et m’embrouille un peu l’esprit

C’est ultra inventif, drôle à rire aux éclats et émouvant aussi, all at once

Et vous ? Vous avez vu quoi au cinéma cet été ?

LE GIF QUI ILLUSTRE CET ARTICLE EST PORTÉ AU CRÉDIT DU SITE INGRESSO.COM PAR GIPHY. JE LOVE D’AMOUR CE GIF QUI EST LA QUINTESCENCE DU CINÉMA : LES ÉMOTIONS. MERCI. 🧡🧡🧡
BANNIÈRE BY ANNE-LAURE DU BLOG CHUT MAMAN LIT

23 commentaires sur « Un été au cinéma | 2022 »

  1. « Decision to Leave » m’a beaucoup plu ! « Everything Everywhere All at Once » me laisse quelque peu mitigée (il y a de bons moments d’absurdité et d’autres qui fonctionnent bien moins – avec moi, en tout cas). J’en ai encore pas mal à rattraper, notamment « La nuit du 12 » et « Bullet Train » ^^

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  2. ça donne envie tout ça….surtout de manger des tempuras maisons :p
    une grande diversité aussi dans l’origine des films qui se rencontre de moins en moins dans les multiplexes de banlieue ou province mais heureusement dans les salles d’arts et d’essais.

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  3. Le seul que j’ai réussi à voir dans ta liste, c’est Bullet train. Plusieurs autres qui m’attiraient mais soit ils sont pas restés assez longtemps soit c’est les horaires qui convenait pas.

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  4. Pas besoin de mentir, on sait que la seule raison d’être de cet article c’est pour pouvoir replacer ce gif.
    C’est beau tant de diversité et d’enthousiasme, ça fait plaisir à lire. Bon, je ne me souviens même pas de la dernière fois que j’ai été dans une salle de cinéma, mais ça donne envie d’en rattraper certains à l’occasion.

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  5. Je suis allée 3 fois au ciné début septembre c’est un miracle 🥳
    J’ai vu 3000 ans… et Everything Everywhere…, je les ai aimé tous les deux.
    J’aurais bien regardé Vesper Chronicles mais il fallait que je fasse des choix vu que tout allait sortir de salle et c’était celui où j’étais le moins in the mood alors tant pis, on ne peut pas tout voir ^^

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  6. Génial! Tout a l’air intéressant tel que tu le décris, même les deux dont les bande-annonces m’ont fait dire « jamais, pas pour moi », à savoir Nope et As Bestas.
    J’ai l’espoir de remettre les pieds au cinéma demain, si j’arrive à me déplacer après un repas copieux.
    « une mise en scène inGENIEuse », hihi.

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      1. J’ai privilégié Michelle Yeoh, les horaires me laissant supposer qu’il serait retiré de l’affiche le premier. Et ce soir j’ai vu Bullet Train qui m’a bien amusée. Demain, une valeur sûre: Avatar… 💙💙💚💙💚💙💚💙💙

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        1. Ce fut un grand moment d’émotion et de cinéma. J’espère que tu apprécieras l’expérience. Sur grand écran, holàlàlàlà, j’invoque tous les dieux de tous les panthéons.

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        2. J’y suis allée vendredi dernier. Je me suis pris une claque. Je l’avais vu en dvdrip sur ma télé, j’avais le souvenir d’un film sympa mais pas très original. Au ciné, j’ai littéralement pleuré de beauté c’était incroyable.

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  7. C’est dingue, j’ai aussi un couple d’amis qui s’est mis subitement à aller énormément au ciné depuis cet été ^^ bon j’ai pas vu grand chose dans tout ce que tu cites, j’aimerais bien aller un peu plus au ciné cet automne/hiver, mais bon, on va voir.

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