Une Heure Lumière | Retour sur l’Année 10

Pour la première fois, je fais le bilan de cette année UHL juste au moment où elle se termine. Juste à temps pour les 10 ans de la collection. Ce qui est un peu dommage, c’est que j’ai vraiment du mal à faire ressortir l’un ou l’autre texte du lot. Rien ne m’a déplu mais je n’ai pas eu de coup de cœur. Dans tous les cas j’ai terminé l’année 10 (2025) et je vous propose mon petit classement, très subjectif, de ces 6 lectures. Par ordre croissant de préférence.

Maintenant que j’ai rattrapé mon retard, je lis le HS quand il sort. Ma foi cela ne change pas grand chose à l’affaire. Voici mon avis en quelques mots.

A bord du Resplendissant, un vaisseau de transport -très- longue durée, les 50 000 passagers humains en hibernation sont morts à cause d’une défaillance technique. Les robots en charge de l’entretien passent en mode panique à l’idée de se faire démanteler parce que la cargaison vivante du vaisseau ne l’est plus. Ils mettent alors leurs capacités cognitives disparates en œuvre pour dissimuler le problème aux instances dirigeantes.

Un petit bonbon signé Alastair Reynolds dans lequel on voit s’ébattre des robots qui tentent de comprendre le fonctionnement humain pour se tirer de la menace de démantèlement qui pèse sur eux. Une représentation brillante ferait un charmant épisode de Love Death + Robots.

Je vous laisse à présent avec mon classement de cette dixième année.

6 / A lire à ton réveil, Robert Jackson Bennett [UHL #59]

A lire à ton réveil est un ensemble de lettres écrites par James, archéologue de son état, à son amant, Laurence alors qu’ils sont séparés par les aléas de la vie. En effet, James a quitté Londres pour un village perdu de Lorraine alors que Laurence est resté à Londres pour des raisons de santé. James fait la découverte d’un abbaye en ruines. Le fantastique s’invite dans le récit alors qu’il se laisse peu à peu envahir par la folie.

Il s’agit d’un récit d’ambiance et d’introspection, onirique mais dans le genre horrifique. Il y a quelque chose qui m’a évoqué Le Grand Meaulnes, pour ce côté éthéré, le personnage du marquis et de lieu en dehors du temps. Assez intriguant mais ça ne m’a pas plus transportée que ça.

J’ai pratiqué des relevés des gravures par frottement, Laurence. La nuit venue, je les examine à la clarté des bougies. Je me demande… Le type qui les a exécutées, jour après jour… C’était évidemment pour qu’on se souvienne de lui. S’est-il jamais douté qu’il me parlait, à moi ? L’une des frustrations du passé – une conversation à sens unique, éternellement.

Traduit de l’anglais (US) par Michelle Charrier

➡️Les impressions du Nocher des livres.

5 / L’inversion de polyphème, Serge Lehman [UHL #57]

Extrait de la quatrième de couverture : Banlieue parisienne, fin des années 70. Ils sont quatre, réunis par une même passion pour la science-fiction, un goût pour l’évasion et les terrains vagues. […] Ils sont à l’aube de l’adolescence. Ils sont la bande des Engoulevents. En ce début d’été, alors que l’ennui gagne et que l’Essonne cuit sous la canicule, entre parents dysfonctionnels et jeu des passions naissantes, les Engoulevents étirent les heures dans leur QG secret qui fait aussi office de bibliothèque interdite. Jusqu’à ce que l’imprévisible Paul mène ses compagnons dans une aventure qui les laissera changés à jamais, une métamorphose au risque de tout perdre, à commencer par ce merveilleux sans pareil qu’on appelle l’enfance…

Ca fait trois jours que Mick m’a appris la mort de Paul Venditti, et trois jours qu’elle me harcèle pour que je raconte son histoire. J’ai beau lui répéter que j’ai un roman à finir, une conférence à préparer, des épreuves à corriger, elle ne veut rien entendre. Hier, elle a même trouvé un nouvel argument :  » Tu es écrivain. Je suis médecin-légiste. Notre travail c’est de faire parler les morts. Où est le problème ? »
(incipit)

Un texte étonnant qui se réfère au trope de la bande d’ados qui vont vivre une aventure qui va les faire grandir. On pense à Ça ou la nouvelle Le corps de King, du côté des livres ; E.T. de Steven Spielberg ou les Goonies de Richard Donner du côté des films. Le texte a été écrit en 1997, un peu comme un précurseur de la vibe nostalgique de ce genre d’œuvres des années 2010. Ca se passe en banlieue parisienne, ça name-droppe bon nombre d’œuvres de SF. Ca avait tout pour que je kiffe. J’ai trouvé ça sympathique mais j’aurais espéré plus. Il n’est pas impossible que ma panne de lecture y soit pour quelque chose.

➡️Les impressions de Yogo.

4/ Voile vers Byzance, Robert Silverberg [UHL #60]

Dans l’avant-propos l’auteur dévoile que Voile vers Byzance est l’une de ses nouvelles préférées parmi toutes celles qu’il a écrite. Il nous propose un futur, loin de nous de milliers d’années dans lequel est propulsé bien malgré lui Charles Phillips qui ma foi s’adapte plutôt bien à son nouvel environnement. Le cadre semble idyllique : une vie de oisiveté passé à voyage entre les 5 villes régulièrement renouvelées qui existe encore à la surface de la Terre. Mais les fissures de cette idylle se dévoilent progressivement.

La vie n’était pour ces gens qu’un jeu auquel ils jouaient sans répit. Rome, Alexandrie, Tombouctou – pourquoi pas ? Créer une Asgard de ponts translucides et de palais de glace luisante, puis s’en lasser, l’effacer, la remplacer par Mohenjo-Daro – pourquoi pas ?

Voile vers Byzance est un texte qui nous fait voyager à la fois loin dans le futur et loin dans le passé. C’est un texte qui pose des questions fascinantes sur l’immortalité et l’authenticité, dans une atmosphère mélancolique. Plutôt distante au départ, je me suis peu à peu laissé prendre par cette lecture étonnante.

Traduit de l’anglais (US) par Pierre-Paul Durastanti.

➡️ Les impressions de Feygirl.

3/ Défense d’extinction, Ray Nayler [UHL #58]

Ray Nayler devient peu à peu un auteur phare des éditions du Bélial puisqu’après avoir été publié en format nouvelles dans la revue Bifrost, ensuite en recueil avec son Protectorats et finalement en roman avec La montagne dans la mer, le voici en UHL. Dans Défense d’extinction, on assiste à la reviviscence des mammouths dans un futur plus ou moins proche. Mais ils sont extrêmement menacés par le braconnage. La conscience de la plus grande spécialiste en mammouths, Damira, est chargée à l’intérieur de l’un d’eux. On suit alors sa pensée humaine à l’intérieur du corps d’un mammouth et bénéficiant de sa mémoire extraordinaire.

La mémoire des mammouths possédait une robustesse sans égal. Elle était des routes que l’on pouvait emprunter, des voies vers d’autres temps., des passés aussi matériels et réels que le présent, évoqués d’un coup de trompe sur la voute buccale. Le parfum de l’herbe chaude – l’été – le soleil – un coup de soleil – un lit de camp dans une colonie de vacances – des doigts tâchés de mûres – ceux d’un garçon, emmêlés dans les cheveux sur sa nuque. L’écume des lagues sur l’eau – l’embarcadère du lac du village – le bruit creux d’un bateau en aluminium qui cogne contre un autre – des rames dans les mains – la dérive – les ampoules à la commissure entre le pouce et l’index.
Des mains qu’elle n’avait pas. Un corps qu’elle n’avait plus. Les réminiscences d’une vie. Une Damira disparue.

Si l’histoire ne m’a pas plus emballée que ça, il faut avouer que le talent de Ray Nayler à parvenir à nous faire ressentir ce que la conscience de cette femme embrassant les capacités et le corps d’un mammouth est saisissant. Le texte parle bien évidemment de préservation des espèces et des pratiques humaines délétères.

Traduit de l’anglais (US) par L’Epaule d’Orion.

➡️Les impressions de Jean-Yves.

2/Cuirassés, Adrian Tchaikovsky [UHL #61]

Dans un futur où l’Angleterre est devenue un état des US, ces derniers font la guerre à l’Europe. Un riche bonhomme dans son exosquelette s’est perdu en Suède, derrière la ligne de front. Ted Regan et ses hommes sont chargés d’aller le récupérer.

Alors, je les ai écoutés parler de rébellion dans leurs vêtements civils – de résistance et de guérilla urbaine, d’embuscades et de pièges. J’ai eu envie d’intervenir, de leur dire qu’il n’y aurait pas de gagnants. Personne ne ressortait jamais vainqueur à ce genre de jeu. L’histoire récente ne cessait de le répéter.

Dans ce récit qui distille au fur et à mesure son lore technologique et géopolitique, on courre de Charybde en Scylla. Et pourtant la force de survie de cette petite bande bien dessinée par l’auteur est incommensurable. Cette novella militariste antimilitariste très rythmée pose aussi des réflexions sur l’absurdité de la guerre et des soldats utilisés comme chair à canon. Rien de bien nouveau mais c’est du Adrian Tchaikovky alors on ne dit pas non.

Traduit de l’anglais par Laurent Queyssi.

➡️Les impressions de Lutin

1/ As-tu mérité tes yeux ?, Eric LaRocca [UHL #56]

Agnes et Zoe se rencontrent sur un forum sur Internet. Va s’en suivre une relation à distance à la toxicité grandissante. Un texte tout en échanges d’emails qui met très mal à l’aise et pourtant, et pourtant, on ne lâche plus le livre. Quelle est la part de voyeurisme du lecteur là-dedans ? C’est dérangeant juste comme il faut pour tourner la lecture avec un sentiment d’inconfort et de dégoût. Très réussi.

Je crois que nous nous sentons tous vides la plupart du temps, et que nous faisons semblant de remplir ce vide avec des rires, des pleurs, des excuses — tout ce qui peut nous aider à nous sentir humains.

➡️Les impressions de Vert.

Et vous ? Quels sont vos UHL préférés de l’année 10 ? Ceux qui vous font le plus envie ?

4 commentaires sur « Une Heure Lumière | Retour sur l’Année 10 »

  1. Je les ai presque tous lu cette année et j’ai une petite préférence pour « L’inversion de Polyphème » et « As-tu mérité tes yeux ? ». Comme toi j’ai par contre moyennement adhéré à « A lire à ton réveil ».

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  2. Merci à toi pour le lien !
    Il faut donc que je lise « as-tu mérité… » que j’ai en PAL. Je n’ai vraiment pas aimé L’inversion, au point de ne pas comprendre même l’idée d’une réédition de ce texte (les boomers parlent aux boomers…).
    L’an prochain, je te copie : objectif lire tous les UHL sortis en 2026.
    Je te souhaite de belles lectures, plaisir et sérénité !

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  3. 👏 pour le rattrapage du « retard », un marathon rondement mené !

    Même de loin, c’est vrai que ce n’est pas l’année qui vend le plus du rêve. Je lirai sûrement le Nayler et le Tchaikovsky un jour mais les autres c’est loin d’être sûr – voire sûr que non pour ton numéro 1. 😅

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