Des nouvelles de Bifrost #121 | Peter Watts, Jo Walton, Xavier Mauméjean & Ray Nayler

Ce 121e Bifrost, publié en janvier 2026 par les éditions du Bélial propose un dossier sur Jo Walton (que j’espérais depuis longtemps). Je m’intéresserai dans les présentes impressions aux 4 nouvelles qui ouvrent la revue, à savoir : Contraction d’Iris de Peter Watts, Trois contes du crépuscule de Jo Walton, Le ministère des coïncidences de Xavier Mauméjean et L’Affaire de la Tour sanglante de Ray Nayler. C’est parti…

Contraction d’Iris, Peter Watts

Dans contraction d’Iris Peter Watts nous invite dans l’esprit d’une jeune femme solitaire, atteinte d’une maladie neurologique. Certaines parties de son corps se mettent à bouger de façon involontaire et elle a des accès de somnambulisme. L’IA qu’elle consulte est d’une inutilité confondante (tiens ça me rappelle moi avec certains médecins) et elle se met à faire des recherches au sujet de son problème.

Iris est allongée à plat dos sur son lit, chez elle, et sa main droite remue. Elle reste ainsi, les yeux sur le plafond, à ne pas regarder. De vagues quadrilatères lumineux entrent par la fenêtre et jouent sur ce plafond : des réverbères immobiles, des logos tremblotants, des phares et des éclairages de drones qui ne font que passer.
Sa main continue de remuer sous les couvertures. Cela fait un an que les tremblements ont commencé et qu’ils empirent, mais il ne s’agit pas d’un simple mouvement de chair. Cela donne l’impression d’être intentionnel. Comme si elle remuait volontairement.
Sauf qu’elle ne fait pas exprès.

Avec Peter Watts, la hard-SF est au rendez-vous et ce texte ne fait pas défaut. Je vous avoue que mon intérêt premier s’est petit à petit étiolé devant ce qui se révèle être un récit d’infection symbiotique.

Parution initiale en 2023. Traduit de l’anglais (Canada) par Gilles Goullet.

Trois contes du crépuscule, Jo Walton

Trois charmants contes qui forment un tout relié par une énigmatique jeune femme en gris et une auberge. Le texte est écrit de façon gracieuse, absorbant sans être indélébile. Le genre de récit qu’on prend plaisir à lire au chaud sous la couette, au petit matin. Je savoure toujours la plume de Jo Walton.

Il était une fois un couple d’amoureux qui se promenait au crépuscule et se querellait « Inutile, c’est ce que tu es, dit la fille. Tiens, je pourrais créer un homme en tout point aussi valable que toi à partir de deux rimes et d’une pincée de clair de lune.
-Il me plairait de te voir essayer » répondit son compagnon.
La fille tendit la main vers la brillante lune argentée tout juste levée au-dessus des collines. Elle recueillit une poignée de clair de lune, qu’elle entrelaça de deux rimes, et laissa le tout s’envoler. Alors un homme se tint là, vêtu d’une veste aussi pourpre que le crépuscule, avec des boutons aussi argentés que la lune. Il ne resta pas assez longtemps pour que le couple ait le temps de s’émerveiller, les précédant bientôt sur le chemin, marchant, dansant et sautillant entre les haies, loin devant, jusqu’à gagner le village.
(incipit)

Parution initiale en 2009. Traduit de l’anglais (US) par Apophis.

Le ministère des coïncidences, Xavier Mauméjean

Xavier Mauméjean propose un texte très conceptuel à base d’univers parallèles et une organisation, Le ministères des coïncidences (c’est beaucoup trop cool) qui gèrent les problèmes qui peuvent survenir entre les différents univers. Je vous ai tout dit et je ne vous ai rien dit. C’est un peu fumeux, je n’arrive pas à savoir si c’est génial et que c’est trop concept pour moi ou si c’est juste de l’esbrouffe ou alors le texte est beaucoup trop court pour l’ampleur de ce qu’il présente.

« Voilà pourquoi, monsieur Gilson, nous ignorons à ce stade si vous représentez un atout ou une menace.
– Nous ? releva Thomas.
– Le ministère des Coïncidences.
– Jamais entendu parler.
– Et c’est heureux, la discrétion est une vertu maîtresse. Nous sommes une agence transversale, habilitée à intervenir au sein des différents univers.
– Dans la Quaternité ? »

L’Affaire de la Tour sanglante, Ray Nayler

Qadir, Knud et Bulen, un trio improbable, mènent une enquête autour de la mort d’une femme, qui, semble-t-il, est tombée (a été jetée ?) du haut d’un minaret fermé à clé.

« Tu devrais vivre à la cour, dit le bey à Qadir. Pas à une heure de cheval de la ville, et encore, en passant la rivière à gué. Tu devrais rester ici, à l’abri derrière nos murs. Je m’inquiète pour toi. Tu peux entendre les loups au-dehors. Tu n’es pas en sécurité dans ces montagnes qui grouillent de bandits.
-J’ai Knud, répondit Qadir sur le ton de la plaisanterie. Son apparition suffit à effrayer les brigands les plus déterminés.
– Et maintenant ce garçon imberbe que tu appelles un scribe.
– Il parle plusieurs langues.
– Et quand aurait-il eu le temps de les apprendre ?
– Je l’ai interrogé à ce sujet. Il m’a répondu que ce n’était pas le temps qui comptait, mais la manière dont on l’employait.
– De sages paroles, malgré son âge.

Cette nouvelle, diablement bien écrite, est captivante dans le lore déployé en si peu de pages. Les dialogues sont savoureux aussi. La seule chose que je peux lui reprocher, si c’est vraiment un reproche, est de donner une impression de trop peu. Heureusement il semble que Ray Nayler veuille retourner dans cet univers. Je verrais bien un recueil de nouvelles de type fix-up. C’est fort différent de ce qu’il a déjà produit jusqu’ici, ça me hype d’autant plus.

Parution initiale en 2023. Traduit de l’anglais (US) par Henry-Luc Planchat et Olivier Girard.

Informations éditoriales

Revue publiée en janvier 2026 par les éditions Le Bélial’. Illustration de couverture par Florence Magnin. 200 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Mes univers virtuels, Quoi de neuf sur ma pile, ou signalez-vous en commentaire.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.