A la croisée des mondes | Ne perdez pas la boussole

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Impressions.

A la croisée des mondes, His Dark Materials en anglais,  est une trilogie de fantasy écrite par Philip Pullman. Elle a été publiée en français entre 1998 et 2001 chez Gallimard. Cette suite de romans a la particularité d’être destinée à un jeune public (plutôt pré-ado/ jeunes ados) mais d’être abondamment lue par les adultes aussi. Douze ans après ma première lecture, je me suis replongée dans cette saga pleine de maturité et d’imagination, à l’occasion de la sortie de son adaptation en série par la BBC et HBO.

Une trilogie à worldbuilding

La trilogie de Philip Pullman est une histoire forte qui met en jeu des thèmes qui ne le sont pas moins. Le worldbuilding est quant à lui extrêmement bien construit et les trois livres offrent une floppée de protagonistes attachants et d’antagonistes au rôle trouble.

L’histoire commence à Oxford. Mais on se rend tout de suite compte qu’il ne s’agit pas de notre Oxford, telle qu’on le connait. On se trouve dans un monde qui ressemble plus ou plutôt moins au nôtre et qui s’en distingue tant du point de vue politique que du point de vue technologique. Mais aussi par des aspects qui sont inexplicables avec notre science.

Lyra Bellaqua est une fillette audacieuse débordante de vie et d’idées de mauvais coups qui a été amenée à Oxford par Lord Asriel quand elle était bébé pour être élevée et protégée par les Érudits qui y siègent. Elle mène une existence sauvage et parcourt les toits avec son ami  Roger, orphelin lui aussi, et se bat avec les enfants des gitans. Cachée dans une penderie, elle assiste à une réunion entre les Érudits et Lord Asriel, une réunion d’une importance capitale lors de laquelle elle va découvrir l’existence de la Poussière… C’est alors que la très belle et très intelligente Mme Coulter lui propose de partir à Londres et de devenir son assistante.

Une particularité de ce monde-là est que chaque être humain est accompagné par un daemon, une personnification animale d’une partie d’eux-même. Cet animal accompagne son être humain partout et à moins d’être une sorcière, celui-ci ne peut s’en éloigner. Jusqu’à l’adolescence, le daemon peut changer d’apparence en fonction de son humeur ou de la situation.

Les daemons sont un élément extrêmement important de l’histoire. Déjà d’un point de vue émotionnel le concept est très intéressant et accrocheur : qui n’a jamais rêvé d’être perpétuellement accompagné par un ami qui pourrait nous aider à prendre des décisions voire nous sortir de l’embarras à l’occasion ? Au début de l’histoire on ne sait pas grand chose d’eux, comment ils fonctionnent et les informations nous sont progressivement distillées. Mais il est aussi très important d’un point de vue narratif car il n’est pas qu’un élément de décor parmi d’autres : il devient l’objet même de la quête de Lyra, l’héroïne de cette histoire.

L’aléthiomètre est un objet très intriguant et très important pour le récit et est intimement lié aux questionnements que Lyra, et donc le lecteur, aura sur la Poussière tout au long des trois tomes . Étymologiquement : le mesureur de vérité. La fonction de cet objet qui ressemble à une boussole dont les points cardinaux ont été remplacés par divers symboles est en effet de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Mais encore faut-il l’interpréter correctement. La conception de l’aléthiomètre est très poussée et force le respect.

Une trilogie à thèmes

De grands thèmes vont guider notre lecture d’A la croisée des mondes.

La trilogie est avant tout une quête de passage à l’âge adulte pour Lyra et aussi pour Will, personnage dont on fera la connaissance dans le volume 2, La tour des Anges. Cette quête sera d’abord un grand voyage vers le Nord motivé par son amitié pour Roger et son désir de sauver les enfants enlevés par les Enfourneurs. Evidemment cette grande quête va l’amener à être confrontée à des situations qui vont d’une part la faire grandir et d’autres part utiliser et développer ses compétences. Son immense capacité à mentir n’est pas la moindre d’entre elles. Soulignons le paradoxe qu’elle apprend toute seule à utiliser l’aléthiomètre qui est, quant à lui, contraint de toujours dire la vérité.

Progressivement, par petite touches dans le premier volume, mais surtout à partir du second volume une seconde thématique va émerger. Oui, on va parler de religion. Profondément anticlérical, Philip Pullman a mis beaucoup de ses critiques de la religion dans sa trilogie, au grand dam de l’Eglise qui ne vous conseillera jamais cette lecture. L’auteur va prendre à revers les grands mythes bibliques et les retourner comme une chaussette ! Dans sa trilogie, Philip Pullman est un grand défenseur du libre arbitre, de la connaissance et de l’amour. Le tout en évitant l’écueil du manichéisme.

A la croisée des mondes aborde également la thématique de la mort. Lyra y sera confrontée dès le premier tome de la trilogie. Mais c’est surtout dans le second et le troisième volume que la conception de la mort de l’univers créé par Philip Pullman nous apparaîtra puisque Will et Lyra vont littéralement entrer dans le monde des morts. Ici aussi on est loin de la conception biblique du Paradis puisque le monde des morts est un endroit effrayant et vide dans lequel les morts se font harceler par les harpies. De quoi lancer Lyra et Will sur la piste d’une solution.

A la croisée des mondes est une lecture passionnante pour les plus jeunes et les moins jeunes. Philip Pullman y aborde des thèmes forts comme le passage de l’enfance à l’âge adulte, la religion et la mort. Il construit autour de ces thèmes un univers très riche et très fouillé plein de concepts originaux et de personnages complexes. 

Informations éditoriales

Trilogie écrite par Philip Pullman et publiée en anglais entre 1995 et 2000. Publié en Français chez Gallimard entre 1998 et 2001. Traduit par Jean Esch. La trilogie A la croisée des mondes (His Dark Materials) contient : Le Royaume du Nord (Nothern Lights), La tour des Anges (The Subtle Knife) et Le Miroir d’Ambre (The Amber Spyglass). Illustration de couverture issue du film. 1025 pages. Cette édition en intégrale n’est disponible qu’en seconde main mais une autre édition avec une autre couverture existe également.

Pour aller plus loin

La première saison de l’adaptation en série, His Dark Materials, est disponible sur OCS.
D’autres avis : 233°(1, 2,), Nevertwhere (1, 2 et 3), ou signalez-vous en commentaire

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28 commentaires sur « A la croisée des mondes | Ne perdez pas la boussole »

  1. Lire ta chronique me fait l’effet d’une petite madeleine. Ca me replonge…. euh… baah quelques 18 annees en arriere quand je bossais sur mon memoire de fin d’etude et que j’ai decouvert cette trilogie grace à mon superviseur 😉

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    1. Tout cela ne nous rajeunit pas. J’étais en année de stage moi (enfin j’étais sensée faire mon mémoire aussi, mais j’ai joué les prolongations XD, une année assez pénible. Découvert grâce à l’annonce ou la sortie du film, je ne sais plus.

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  2. Je n’en garde pas un grand souvenir, pour ma part – ou plutôt, comme je le disais déjà chez les autres (re)lecteurs, j’ai adoré la première fois et détesté la deuxième fois. Tu me donnes presque envie de tenter une troisième fois, vu ce que tu en dis. (Mais bon je doute d’y revenir un jour… Le temps, le nombre de livres à lire, etc.) L’idée des daemon continue de me vendre du rêve, toutefois.

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      1. La première fois, j’ai *tout* adoré. Les ours, l’univers, l’histoire plus ou moins amoureuse. La deuxième fois, j’ai trouvé tout insipide et j’ai eu envie d’étrangler Lyra parce qu’elle ne faisait que chouiner. C’est radical comme différence de perception.

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  3. Ahlàlà, j’ai regardé en deux jours la première saison début de semaine. Et j’avais envie de pleurer rien qu’en voyant certains personnages apparaître à l’écran.
    Lu la trilogie deux ou trois fois, je ne sais plus, et la première fois ça devait être l’été avant ma terminale, en 2004, ça remonte. Juste après ça j’ai enchaîné sur l’Assassin Royal. Une sacrée époque de découvertes et de grosses claques.
    C’est très marquant et hyper épique comme histoire, avec des thématiques vraiment très fortes. Et c’est vraiment TROP déchirant purée. Jamais je ne me remettrai de cette fin quoi ! (et de la fin de certains persos)

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  4. C’est bon, la prochaine fois que je retourne chez mes parents, je ramène la trilogie à la maison ! Tu m’as motivée pour la relire avant de voir la série !! 😀 (la motivation est là, après… est ce que je trouverai le temps…)

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  5. Je suis un peu comme Alys, avec du recul je pense que j’ai mieux aimé ce livre à sa première lecture qu’à ma plus récente relecture. Ca reste très bon mais je crois que je suis un peu dépassée par l’engouement qu’il suscite encore. J’ai plus apprécié l’adaptation en série paradoxalement, en espérant qu’elle arrive bien à gérer la suite de l’intrigue bien sûr.

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    1. Je pense que j’ai plus aimé à l’époque aussi mais ça reste un très bon livre, très imaginatif et qui parle de sujets assez étonnant pour du jeune public.

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  6. J’ai beaucoup aimé aussi à ma relecture. Le seul « problème » à mon sens, c’est l’évolution très rapide de Lyra sur le troisième tome, qui ne m’a pas donné l’impression de l’avoir vue grandir au final.

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  7. J’ai plusieurs fois lu cette trilogie, sans jamais rien programmer – et donc en fonctionnant à l’envie – à 10 ans d’intervalle entre les trois sessions. J’ai aimé l’univers en lui-même et cette « magie » ; ainsi que la relation avec son daemon ou encore la vie des différents groupes. Au cours des différentes lectures, des détails et autres subtilités se sont ouverts à moi (selon l’âge) et c’est un effet assez fou.

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    1. zut j’ai cliqué sans le faire exprès sur envoi… Donc je disais : j’avais vu la 1ère adaptation et perso, je l’avais trouvée intéressante à l’époque. C’est peut-être aussi ce qui fait que je trouve la Mme Coulter de la série moins convaincante en beauté froide et implacable.
      Bref, revenons aux romans. J’ai aimé le 1er (juste un peu mitigé sur le final), adoré le 2ème et ai été mitigé par le dernier (trop de choses à la fois). Mais, le sentiment global est plutôt positif, parce que le propos de cette série jeunesse est fouillé, intéressant. Je ne sais pas si celleux qui l’ont lu jeune ont perçu tous les messages que Pullman a voulu faire passer, au-delà du roman initiatique, je serais curieuse de le savoir.
      C’est une bonne découverte pour moi. Ceci dit je n’y reviendrai pas en lecture.

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      1. Je ne me souviens plus trop du film je l’avoue, sauf que c’était Nicole Kidman qui jouait Mme Coulter :p Tu comptes lire la trilogie dans le même univers qui est en cours de publication ou pas du tout ?

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  8. J’ai enfin terminé ma lecture, alors je viens te lire. Je comprends tous les points positifs que tu cites et je pourrais en grande partie les faire miens… mais malheureusement moi j’y ai aussi vu une lecture qui se perd en route, de plus en plus ennuyante et de moins en moins empathique. Je me demande si j’en aurais eu un avis plus positif si je l’avais découvert plus jeune comme la plupart des gens qui semblent l’adorer ?

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