Des nouvelles de Bifrost #102 | Arthur C. Clarke, Ian R. MacLeod, Rich Larson

bifrost 102 arthur c clarke

Ce 102ème Bifrost publié en avril 2021 par les éditions du Bélial’ fait son dossier sur le fameux Arthur C. Clarke. Je m’intéresserai dans les présentes impressions aux 4 nouvelles qui ouvrent la revue, à savoir :  Les neuf milliards de noms de Dieu, Arthur C. Clarke ; La viandeuse, Ian R. MacLeod ; Demande d’extraction, Rich Larson et L’Etoile, Arthur C. Clarke. Allons-y…

Les neuf milliards de noms de Dieu, Arthur C. Clarke

Deux ingénieurs sont envoyés dans une lamaserie au Tibet avec un super ordinateur modifié pour sortir à la chaine les neuf milliards de noms de Dieu.

La nouvelle est bien fichue avec une pointe de cynisme. La fin a quelque chose de poétique (ce qui renforce le cynisme du texte). Par contre, honnêtement, je ne vois pas ce qui, dans le bouddhisme, explique l’intention des moines, d’autant que le bouddhisme est  une religion sans Dieu. Cela fait peut être partie de l’ironie de la nouvelle 🤔

« C’est une requête un peu inhabituelle, fit observer le docteur Wagner avec une retenue qu’il espérait méritoire. Autant que je sache, c’est la première fois qu’un monastère tibétain demande qu’on lui fournisse un ordinateur. Je ne voudrais pas paraitre curieux, mais j’étais loin de penser que votre… hum… établissement avait l’usage d’un tel apparail. Puis-je vous demander ce que vous comptez en faire ? »
(incipit)

La viandeuse, Ian R. MacLeod

Une jeune femme travaille dans un aérodrome britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle semble porter la poisse aux jeunes pilotes qu’elle fréquente puisqu’ils meurent quand ils partent en mission. Bientôt on l’évite. Elle est la viandeuse. Et puis Walt Williams arrive à la base. Lui semble être habité par une chance infinie.

La viandeuse est un très beau texte. Décidément, Ian R. MacLeod (Le Poumon vert) a une plume magnifique et le don de toucher le lecteur avec des personnages finement construits, tout en restant très mystérieux. On y parle de l’horreur de la guerre, des jeunes hommes qui s’envolent la nuit et ne reviennent pas, de chance et de malchance, des superstitions et des prophéties auto-réalisatrices qui les accompagnent.

Moi, j’étais la viandeuse – mais, à mon avis, personne ne sait plus ce que ça veut dire, de nos jours. L’eau et le sang ont tellement coulé sous les ponts. Quand je suis allée sur la colline toucher ma retraite, les gamines de la Poste se demandaient combien de guerres mondiales il y avait eu la semaine dernière et qui au juste les avaient gagnées.
(incipit)

Demande d’extraction, Rich Larson

Un peloton de soldats augmentés, enrôlés de force pour avoir commis différents crimes, s’échouent sur une planète. Très vite, il s’avère que des organismes les traquent pour les écorcher vivants et s’emparer de leurs os. Il faut tenter de survivre en attendant l’unité d’extraction

Sur la thématique de la survie en territoire hostile, Rich Larson fait des merveilles. Il parvient à créer des personnages solides, tout en les tuant les uns après les autres. Mais surtout, il parvient à insuffler une dynamique réaliste à ce groupe hétéroclite condamné à fonctionner ensemble pour survivre, tout en étant victime des individualités qui tendent à ressortir dans une situation aussi extrême. Le récit est tendu comme un slip trop petit.

Quand ils arrivent enfin à soulever l’aile encore fumante du transport de troupes et à extriper Beasley qui s’y trouvait coincé, Elliott et les autres restent muets, le regard fixe. Le bras maigre et nerveux sous les tatouages bioluminescents est presque arraché ; au-dessous des hanches, il ne reste plus qu’un haché de chair et d’éclats d’os.
(incipit)

L’Etoile, Arthur C. Clarke

Un jésuite astrophysicien en mission dans la nébuleuse du Phénix pour étudier les conséquences de l’explosion d’une supernova nous fait part de ses pensées après une découverte qui ébranle sa foi.

Texte aussi court qu’il est émouvant. Empreint de sense of wonder sur fond d’archéologie interstellaire, il parle de la compatibilité de la science et de la foi, et du désarroi d’un homme d’église face à une absurdité de l’univers qui rend son Dieu bien taquin avec ses ouailles.

Le Vatican est à 3000 années-lumière. Jadis, je croyais que les voyages spatiaux n’influençaient en rien la foi. Je croyais même que les cieux proclamaient la gloire de l’ouvre de Dieu. Maintenant que j’ai vu cette oeuvre, ma foi est mise a rude épreuve.
(incipit)

Informations éditoriales

Revue publiée en avril 2021 par les éditions Le Bélial’. Illustration de couverture par Manchu (si la mienne est différente de la vôtre c’est parce que je suis abonnée et pas vous). 192 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : L’épaule d’Orion, Quoi de neuf sur ma pile ?, Ombre bones, ou signalez-vous en commentaire.

15 commentaires sur « Des nouvelles de Bifrost #102 | Arthur C. Clarke, Ian R. MacLeod, Rich Larson »

  1. Je suis en train de le lire, il ne me reste que quelques pages.
    J’aime bien les Neuf milliards de noms de dieux, qui m’avait marquée quand je l’ai lue. En revanche, je trouve l’Étoile assez anecdotique dans la production de Clarke. Quand j’ai vu qu’ils allaient la publier, j’ai dû la relire en anglais pour me souvenir de quoi ça causait. C’est un texte représentatif de la structure de ses nouvelles (le dernier paragraphe qui donne son sens à tout ce qu’on vient de lire), mais bon, pour moi ça s’est un peu arrêté là…. Je suis donc ravie que tu aies apprécié! Concernant Clarke en général: est-ce que le dossier t’a donné envie de lire un de ses romans?
    J’ai trouvé la Viandeuse super, mais je n’ai pas du tout aimé Tentative d’extraction, je n’arrivais pas à retenir qui était qui… 😕

    J'aime

    1. Ha ? J’ai préféré L’étoile à 9 milliards. Y a du sens of wonder, de l’archéologie spatiale (je kiffe à mort) et une réflexion sur dieu, l’univers et le reste, ça me fait bien tripper.
      Ben j’ai surtout envie de lire 2001, because of the film. Mais le Mad Movies sur le film m’a plus donné envie de lire le livre que ce Bifrost l’a fait. Rendez-vous avec Rama et ses nouvelles aussi, ça pourrait être intéressant. J’ai eu un peu l’impression qu’il avait écrit un paquet de trucs anecdotique (ou alors mal vieilli).

      Aimé par 1 personne

      1. C’est marrant, tu me vends du rêve en la décrivant ainsi!
        Ouais, ce Bifrost m’a confortée dans l’idée de ne pas lire tous les romans écrits en collaboration, ça a l’air vraiment dispensable. (Mais j’avais déjà décidé; je crois que j’ai survolé les résumés des suites de Rama à l’époque et que ça ne m’a pas convaincue.) Pour Rama, je plussoie, et 2001 j’ai adoré aussi, même si je ne m’en souviens pas vraiment. 😊😊

        J'aime

    1. Je m’immisce dans la conversation –> C’est un pur hasard ou un choix de Bifrost, mais ce n’est pas commun chez Clarke. Je réfléchis et je n’en vois pas d’autre texte concerné, à part éventuellement la chute de la nouvelle dont j’oublie le nom et qui a donné les Enfants d’Icare, mais franchement, c’est tiré par les cheveux, on ne peut pas réellement dire que ça parle de religion… (J’ai dû demander à Google de m’expliquer tellement la référence est discrète!)

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.