Une heure lumière | Retour sur l’Année 2

Une Heure Lumière est une collection de novellas créée par les éditions du Bélial en 2016. Depuis, elle a pris sa place dans le paysage de les littératures de l’imaginaire. Une place de choix tant par la diversité et la qualité des textes proposés. Etant aux abonnés absents cette année-là (et les suivantes) et n’aimant pas prendre le train en marche, je me suis résolue à rattraper mon retard en les lisant par ordre de parution. J’ai terminé récemment l’année 2 et je vous propose un petit classement, très subjectif, de ces 5 lectures. Par ordre inversé de préférence.

Je dois vous avouer avoir rencontré de grandes difficultés à obtenir ce classement. Autant lors de mon classement de l’année 1, certains titres se dégageaient dans leurs exceptionnelles qualités, un à côté duquel j’étais passée et les autres titres s’étaient rangés de façon obéissante. Ici, aucun chef d’oeuvre absolu à l’horizon, aucun texte sans intérêt non plus, la qualité différentielle entre les textes a été très compliquée à appliquer. Bon ça m’apprendra à m’être lancé ce défi et advienne que pourra !

5/ Le sultan des nuages, Geoffrey A. Landis [UHL #11]

Une surprise attend Léa Hamakawa quand on se pose, elle et moi, sur l’orbitale Riemann : une lettre. Au lieu d’un message électronique sur tablette, une enveloppe, adressée, d’une belle écriture manuscrite, au Dr Léa Hamakawa.
Incipit.

Le Dr Léa Hamakawa est invitée dans la cité-dôme de Carlos Fernando Delacroix Ortega de la Jolla y Nordwald-Gruenbaum, héritier d’un empire richissime. Cette cité des nuages se trouve dans le ciel de Vénus, à bonne distance des températures étouffantes et des pluies acides. Pourquoi a-t-elle été invitée ? Quels sont les mystères de cette cité ? C’est ce que tentera de découvrir son assistant David Tinkerman qui l’accompagne dans cette aventure. Une superbe évocation de Vénus, du sense of wonder plein pot, une inventivité technologique ébouriffante. Mais Le sultan des nuages c’est aussi, une absence de caractérisation des personnages qui rendent les intentions du personnage de Léa Hamakawa incompréhensibles et une fin immature et un brin ridicule. De quoi redescendre de son nuage.

J’ai longuement hésité avant de définir l’emplacement de cette novella dans le classement de cette année 2. J’ai adoré les 3/4 de ma lecture, je me disais que c’était dur de placer en dernière position un texte que je pensais placer en tête. Alors pourquoi cette « rétrogradation » ? Parce qu’à la réflexion, les 4 autres textes sont plus satisfaisants. Tant pis pour le sense of wonder.

Mes impressions

4/ Le regard, Ken Liu [UHL #9]

« Salut, c’est Jasmine, dit-elle.
– Robert. »
Elle reconnait la voix de l’appel précédent, plus tôt dans l’après-midi.
« Enchanté, ma douce. » Elle regarde par la fenêtre. Il se tient au carrefour, devant la supérette, ainsi qu’elle le lui a demandé. Il a l’air propre et il s’est mis sur son trente-et-un, comme pour un rencard. Bon signe ça. Il porte aussi une casquette des Red Sox bas sur le front, en amateur qui tente de passer inaperçu.
Incipit.

Ken Liu s’essaie au polar cyberpunk. Une alternance de chapitre nous montre le point de vue du tueur et le point de vue de la détective privée qui le suit. Le récit est très cohérent, tout s’imbrique parfaitement, tout a un sens millimétré dans la narration. Parfait, vous me direz ? Oui trop. Trop classique, trop prévisible. La finesse de Ken Liu se retrouve ici enfermée dans un polar… un peu scolaire comme s’il avait voulu y appliquer une formule. Cela dit, c’est excellemment bien écrit et fait la part belle à des technologies très cyberpunk savamment utilisées dans le récit (le régulateur et l’être humain augmenté).

La chronique de Yuyine

3/ 24 vues du Mont Fuji, par Hokusaï, Roger Zelazny [UHL #10]

Kit est en vie, alors qu’il est enterré près d’ici ; et je suis morte, même si je regarde les trainées de nuages rosâtres du crépuscule au-dessus de la montagne lointaine, avec un arbre qui se détache comme il convient au premier plan.
Incipit.

Mari entreprend de retracer 24 des vues du Mont Fuji d’Hokusai en faisant un pélérinage à pied. Le deuil de son époux à faire en 24 chapitres. Quoi que ce n’est pas très clair, comme le magnifique incipit nous le suggère. Avec un texte empli de poésie, Zelazny distille au fur et à mesure les véritables implications de ce récit plus science-fictif qu’il n’y parait. Qu’est-il advenu de Kit, l’époux de Mari ? Que sont les « épigones » qui la harcèlent et ces hommes qui la suivent ? Un surprenant récit dans lequel on se laisse entraîner par les mots, vers la résolution finale.

Le chronique de Feyd-Rautha

2/ Cérès et Vesta, Greg Egan

Depuis son cocon, Camille plongea le regard dans la noirceur ponctuée d’étoiles, attendant que la terreur la submerge.
Incipit.

Des personnes ostracisés sur Cérès tentent de rallier Vesta en attachant un caisson d’hibernation sur les énormes blocs de roche qui transitent d’un astéroïde à l’autre. La pratique est longue et dangereuse, mais iels fuient, au péril de leur vie, une situation devenue impossible. En s’attachant aux pas de Camille, sidavier en fuite, et Anna, directrice du port de Vesta, Greg Egan nous livre une novella poignante et accessible où la hard SF chère a son cœur n’est que prétexte pour évoquer une situation sociétale extrêmement tendue.

Mes impressions.

1/ Poumon vert, Ian R. MacLeod

Jalila était entrée dans sa douzième année standard, la saison des Pluies Douces habarienne, lorsqu’elle déménagea en compagnie de ses mères depuis les hautes plaines montagnardes de Tabuthal jusqu’à la côte.
Incipit.

Rentrer dans Poumon vert n’est pas chose aisée, néologismes, noms alambiqués, environnement très singulier. Mais ! L’effort est récompensé par une belle écriture et une narration douce comme j’aime qui raconte une tranche de vie, celle de Jalila qui grandit, voit ses relations avec son entourage évoluer et cherche sa voie.

Nous sommes sur la planète Habara, peuplée par des femmes aux mœurs bien différentes des nôtres. Les hommes se font rares. Ils sont perçus comme des curiosités et ne sont pas utiles même pour la reproduction puisqu’elles s’y prennent autrement. Ils ne sont cependant ni ostracisés ni persécutés. La langue elle-même s’est féminisée, un peu à l’instar de Chroniques au pays des mères, sans être aussi poussé, le féminin l’emporte en toutes circonstances. Evidemment cet enjeu sociologique très particulier va trouver sa place dans le récit quand Jalila va rencontrer le seul garçon de son âge qui vit dans son village.

La chronique d’Anouchka

Et vous ? Quels sont vos UHL préférés de l’année 2 ? Ceux qui vous font le plus envie ?

The maki project

19 commentaires sur « Une heure lumière | Retour sur l’Année 2 »

  1. Je n’avais pas réalisé que j’avais lu tous les titres de la deuxième année. Mon classement serait, naturellement, différent.
    5 – Le sultan des nuages. Pour moi, ça n’a limite rien à faire dans la collection. Le côté risible coule vraiment le reste.
    4 – Le poumon vert. Un texte qui ne m’a pas touché, avec l’impression que ça ne mène nulle part et que l’auteur s’arrête parce qu’il ne sait plus quoi dire (c’est mon deuxième ratage avec lui).
    3 – Le regard. Même impression que toi : c’est bien organisé mais c’est trop lisse, trop prévisible. Je trouve que ça n’invente rien, ça n’apporte rien. Dommage.
    2 – Cérès et Vesta. J’ai des hauts et des bas avec Egan. Là, c’est clairement un haut que j’ai apprécié notamment pour le côté humain du texte.
    1 – 24 vues du Mont Fuji, par Hokusai. Clairement mon préféré sur cette année. J’aime beaucoup La grande vague de Kanagawa et l’évocation qu’en fait l’auteur, ainsi que des autres estampes, m’a beaucoup plu. Et l’intrigue de SF en prime que j’aurai presque oublié était pas mal en fin de compte.

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      1. Plutôt oui mais c’est loin d’etre un de mes préférés. J’adore surtout leurs bouquins de fantasy et fantastique (on ne se refait pas), avec une exception pour « L’homme qui mit fin à l’histoire » de Ken Liu qui est sans doute mon préféré 🙂

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  2. Me souvenant de ton avis, j’étais curieux de voir où se placerait « Le Sultan des nuages ». Pas de chance pour lui, il a perdu ton dilemme interne. ^^
    Deux lus pour moi dans cette fournée. Je suis passé à mon plus grand regret à côté de « Le Poumon vert » – je ne m’avoue pas vaincu, il aura une deuxième chance un jour – mais j’ai par contre bien aimé « Le Regard » : ça ne révolutionne rien certes, mais c’est impressionnant de faire tenir tout ça dans une novella alors que beaucoup en feraient 300 pages un peu lassantes.

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    1. Je l’ai mis en 3 position et puis au moment de décider que le billet était fini (ça fait longtemps que je l’ai écrit), je me suis dit que ça n’allait pas. Tant pis.
      Oui Le Regard est très fonctionnel, je ne me suis d’ailleurs pas ennuyée en le lisant, mais trop scolaire. Pas très grave hein, je trouve ça cool que l’auteur expérimente des trucs comme ça, c’est chouette.

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  3. Je n’ai lu que le Regard (qui est dans le recueil The Paper Menagerie) et j’ai été un peu étonnée qu’il soit publié à part car je ne l’ai pas trouvé très marquant. Quoi qu’il en soit, je te remercie de nouveau de chroniquer ces livres bien après la vague de billets au moment de la sortie, ça me rafraîchit la mémoire. 🙂

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    1. No sé. Je ne le trouve pas particulièrement remarquable non plus. Cela dit c’est sans doute plus pour des raisons de longueur qu’il a été publié sous cette forme, le format novella est tout de même assez contraignant.
      Avec plaisir tu as encore quelques années lumières devant toi avant que je ne rattrape le train.

      Aimé par 1 personne

  4. Je pense que dans cette année-ci mon préféré est Cérès et Vesta ^^ Un peu passée à côté de Poumon vert il mériterait d’être relu. Hokusai était sympa aussi mais je ne connais pas assez l’œuvre pour en profiter vraiment ^^

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  5. J’ai toujours du mal à classer des histoires aussi différentes, mais si je faisais un top je mettrais sans surprise Poumon vert en tête. Les autres étaient des chouettes moments de lecture aussi ceci dit mais à part le « waouh » de Vénus dans le Sultan des nuages j’avoue qu’il ne m’en reste plus grand chose aujourd’hui (oups).

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