Les temps ultramodernes | Il y a de la cavorite dans l’air

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Les temps ultramodernes est un roman de Laurent Genefort publié chez Albin Michel Imaginaire en janvier 2022 (il est sorti il y a quelques jours). Laurent Genefort, bien que je n’ai lu qu’une part infime de sa production, est pour moi ce qu’on appelle un « auteur-doudou« .  Le voir s’amuser à construire un univers solide autour de la cavorite d’HG Wells était certes une façon plaisante de consacrer mon temps de lecture…

Entre H.G. Wells et Gustave Le Rouge

Les temps ultramodernes prennent place dans un passé uchronique dans lequel un métal étonnant a été découvert : la cavorite.  La cavorite a été inventée par H.G. Wells dans son roman Les Premiers hommes dans La Lune. C’est un métal qui a l’étonnante propriété de ne pas être soumis à la gravité. Laurent Genefort va  construire un monde cohérent autour de ce métal fictif : politique, social, économique, artistique… Dans son roman, la découverte de la cavorite à la fin du XIXème siècle va bouleverser le monde moderne pour le faire entrer dans l’ère ultramoderne.

Evidemment, le voyage spatial n’est pas en reste. Au cœur de l’action, les colonies martiennes. La vision de Mars correspond au fantasme qu’on s’en faisant à l’époque et va puiser son inspiration dans le roman de Gustave Lerouge Le prisonnier de la planète Mars. Car l’on y croise des bestioles inventées par l’écrivain de merveilleux scientifique : des  Roombos mais surtout des Erloors. L’un d’entre eux sera même au centre de l’aventure.

Le roman va donc tirer ses inspirations dans ces deux titres et plus généralement dans le merveilleux scientifique, les romans feuilletons, les voyages extraordinaires de Jules Verne. J’y ai aussi trouvé des accointances avec :

  • le film d’animation Avril et le monde truqué, qui se déroule dans un Paris steampunk doté de deux tours Eiffel qui tractent une sorte de téléphérique reliant la ville à Berlin, alors que le Paris uchronique de Genefort en possède 4 qui servent à l’arrimage des paquebots spatiaux.
  • les bandes dessinées Adèle Blanc-Sec qui, de ce que je m’en souviens, contient son lot de science et de scientifiques, de bandits et de policiers et d’affaires explosives.

Bref, tout cela m’a donné furieusement envie de relire Les Premiers hommes dans la Lune, de revoir Avril et le monde truqué, de me replonger dans Adèle Blanc-Sec et, pourquoi pas, de poursuivre ma découverte de Gustave Le Rouge, que j’avais découvert avec l’adaptation radiophonique de son roman Le mystérieux Docteur Cornelius.

Personnages multiples

On suit plusieurs personnages, dans des chapitres courts qui alternent les points de vue : 

  • Renée Manadier,  institutrice provinciale montée à Paris pleine d’espoir, qui va recueillir un Erloor chez elle et se mettre en tête de le ramener sur sa planète d’origine.
  • George Moinel, artiste provincial, monté à Paris plein d’espoir, qui va finir anarchiste par l’amour et puis par vengeance et se mettre en tête de déjouer un complot de grande ampleur.
  • Marcel Chery, parfait bad guy, médecin eugéniste interdit d’exercer après avoir pris la liberté de stériliser des femmes pauvres sans leur consentement et qui va se reconvertir dans l’épuration des erloors.
  • Maurice Peretti, flic en fin de carrière qui croit avoir trouvé l’Affaire de sa carrière, en lien avec un traffic de cavorite. Disons qu’on va lui couper l’herbe sous les pieds alors c’est Marthe Antin, journaliste scientifique qui va prendre le relais.

Ils sont intéressants et fonctionnels. On ne s’y attache pas outre mesure (enfin à ceux pour qui c’est possible hein, je sors Marcel Chery de l’équation 😅), mais leur fil narratif à chacun est tout à fait solide et donne envie de tourner les pages.

Récit d’aventures rythmé & background solide

L’histoire est rythmée. On est dans du récit d’aventures, avec des explosions, des cambriolages, un complot à grande échelle, une confrontation à la faune martienne et j’en passe… Du pur roman-feuilleton. Ce qui ne l’empêche pas de proposer des réflexions sur le colonialisme, le statut des erloors, la lutte des classes ou encore l’épuisement des ressources.

Jusqu’à ce jour, la société n’avait  été qu’une abstraction pour Georges, un mot magique dépeignant une hydre, ou plutôt un golem constitué de règles qui gouvernaient des nations jusqu’aux tréfonds des cervelles humaines. A présent, sa hideur lui sautait aux yeux, dans sa puissance la plus concrète.

Le background est central dans l’histoire. Il est fouillé et d’une grande cohérence :

  • une cohérence « historique » par rapport à l’époque où se déroule l’histoire. C’est-à-dire que la science est assez absurde pour notre modernité mais elle correspond à ce qui était un vogue à l’époque. Par exemple, on parle d’éther pour parler du vide spatial, Mars est une planète habitée avec une flore et une faune, etc. Il y a presque un aspect nostalgique d’une époque où on faisait davantage ce qu’on voulait en terme de science-fiction car les connaissances scientifiques étaient moins avancées. 
  • Une cohérence interne centrée sur la cavorite qui a infiltré toute la culture et la société de ce début de 20ème siècle. Ca marche super bien. C’est soutenu dans le texte par les interchapitres qui racontent des phénomènes de société et des faits divers autour de la cavorite et ses usages. Mais aussi par l’Abrégé de cavorologie que l’on peut se procurer gratuitement en numérique. Tout à fait optionnel, il a le mérite de montrer l’auteur en train de s’amuser avec sa création et ça c’est fun.

Les temps ultramodernes est un roman d’aventures très prenant et bien ficelé. Il centre son action dans un début de 20ème siècle uchronique, bouleversé par la découverte de la cavorite, métal caractérisé par son « antigravitescence », ce qui pose bon nombre de questions sociétales, politiques et économiques. Un background solide et une ambiance très réussie qui empruntent au merveilleux scientifique et au roman-feuilleton et plus encore. A lire pour passer un moment trépidant. 

Informations éditoriales

Roman écrit par Laurent Genefort. Publié en janvier 2022 chez Albin Michel Imaginaire. Illustration de couverture par Didier Graffet. 459 pages.

Pour aller plus loin

Télécharger gratuitement L’abrégé de cavorologie.
D’autres avis : L’épaule d’Orion, Quoi de neuf sur ma pileAu pays des cave trolls, Albédo, Les lectures du maki, Le nocher des livres, ou signalez-vous en commentaire.

23 commentaires sur « Les temps ultramodernes | Il y a de la cavorite dans l’air »

        1. Alors c’est pas tout à fait du steampunk, ça en reprend certains gimmick (utiliser des personnages emblématiques de l’époque, les Curies ici par exemple, ambiance feuilletonnante/aventure, et là on est au début du siècle. Et c’est pas de la vapeur mais de la cavorite 😀

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  1. « bien que je n’ai lu qu’une part infime de sa production » : en même temps, est-ce possible de lire tout ce qu’écrit Laurent Genefort ? 😅
    C’est marrant, il y a Les Moutons qui rééditent justement du Gustave le Rouge ce mois-ci.
    Je n’arrive jamais à être vraiment tenté par les écrits de l’auteur, alors même que j’ai lu de très bonnes choses de sa part. Donc qui sait, peut-être sur un coup de tête un jour ? ^^

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    1. Ha oui ? Bon après c’est un vœu pieux, je n’ai pas du tout le temps. Par contre j’ai des slots BD libres, donc Adèle Blanc-Sec, je le sens bien en 2022.
      En tout cas c’est réussi, c’est assez différent de ce que j’ai déjà lu de lui.

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  2. Ça a l’air super! Ça me donne plus envie que ses autres bouquins et ça pourrait être un cadeau pour mon homme…
    « Il y a presque un aspect nostalgique d’une époque où on faisait davantage ce qu’on voulait en terme de science-fiction car les connaissances scientifiques étaient moins avancées »: Mais oui. Tellement. J’y ai pensé quand j’ai lu du Jules Verne ou des trucs avec des villes perdues, genre Solomon Kane ou Lovecraft. À l’époque des satellites, c’est quand même difficile de rêver de tomber sur une les ruines d’une civilisation disparue qui avait emprisonné un démon dans le sous-sol, tu vois… Ça devient même galère d’imaginer des vampires et des loups-garou parmi nous, avec les caméras de surveillance partout! 😭

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  3. Pfiou ça donne envie! J’aime beaucoup le mélange qui a été opéré ici, les sujets et surtout l’univers que l’auteur a pris le temps d’installer convenablement. Très envie de m’y plonger.

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