Avez-vous votre Ticket pour | Summerland ?

summerland hannu rajaniemi

Summerland est un roman écrit par l’auteur finlandais Hannu Rajaniemi. Il a été publié en français chez ActuSF en juillet 2022 et traduit de l’anglais par Annaïg Houesnard. On part en 1938 pour Summerland, le royaume des morts où s’affrontent l’empire britannique et l’URSS. 

Contexte narratif

Rachel White travaille pour le compte du SIS, le service de renseignement britannique. Elle a la charge de faire parler un espion russe avec lequel le SIS a passé un marché, Kugalin. Mais celui-ci se tire une balle dans la tête sous ses yeux alors qu’il n’a pas de Ticket pour Summerland juste après lui avoir dévoilé le nom d’un agent double, Peter Bloom.

Peter Bloom a ceci de particulier qu’il est mort et donc réside à Summerland, d’où il continue à exercer son métier. Mais il est aussi ultra protégé, l’information est invérifiable, Kugalin s’étant définitivement dissipé, on ne la croit pas et on la placardise au service compta (avec une double dose de misogynie). C’est sans compter sur la détermination de Rachel à mener une enquête underground pour exposer Peter.

Rachel White ouvrit en grand la portière du taxi, jeta un billet au chauffeur et s’élança sous la pluie.
Elle traversa en courant la grisaille de Portland Place, vers la montagne de lumière dorée qu’était le Langham Hotel. Les trombes d’eau malmenait son chapeau. Ses talons glissaient et dérapeaient sur le trottoir mouillé. Les gouttes de pluie avait un goût de peur.
Quinze minutes plus tôt, son ectophone avait égrené le message suivant : KULAGIN EN PLEIN DUERL VENEZ TOUT DE SUITE. 
(incipit)

Bienvenue à Summerland

Summerland propose un background assez incroyable dans lequel la mort a été vaincue, le pays des morts découvert et colonisé par l’Empire britannique. Hannu Rajaniemi donne une épaisseur folle à l’ensemble, en peaufinant le moindre détail technologique et historique. Ainsi se maintenir  dans le royaume des morts nécessite la consommation d’une énergie, le « vim », qui en devient une sorte de monnaie. Si on n’est pas alimenté en vim on se dissipe définitivement. De là, vous imaginez bien que le royaume des morts n’est pas accessible à tout le monde. Déjà pour y accéder il faut un « Ticket » et pour y rester il faut du flouze du vim. Les gens continuent donc à travailler dans l’au-delà. Et c’est donc le cas de Peter Bloom.

Le monde des vivants et le monde des morts communiquent entre eux par divers moyens. Des ectophones permettent de contacter les morts. On y trouve aussi un système de stockage des informations qui les rendent accessibles très rapidement pour les vivants, comme une sorte d’Internet avant l’heure.

Bien évidemment, une découverte pareille a des implications majeures d’un point de vue historique et elle va chambouler la géopolitique mondiale. Si le Royaume-Uni et l’URSS sont les forces en présence, les Nazis sont complètement absents car l’Allemagne s’est tellement fait laminer lors de la Première Guerre Mondiale qu’elle n’a plus voix au chapitre, et les enjeux politiques se concentrent sur la guerre en Espagne. C’est vraiment poussé super loin. Si vous êtes féru d’histoire de cette période, ce livre devrait vous ravir.

Summerland va, en filigrane, également interroger la condition des femmes à cette époque au travers du personnage de Rachel qui va régulièrement être confrontée à la misogynie ambiante : plafond de verre, renvoi à sa soi-disant faiblesse féminine, … Mais Rachel n’a rien d’une péronnelle et on saluera son ingéniosité pour outrepasser les limitations que le patriarcat lui impose.

-Je sais que vous avez l’impression d’avoir été écarté de l’équipe de polo, Mrs White. Mais songez un peu à l’ineptie de ce jeu, où l’on doit s’asseoir sur un animal malodorant et essayer de frapper des balles avec un long bâton.
– Oui. Seuls les hommes pouvaient inventer un jeu pareil.

Récit d’espionnage

Par ailleurs, Summerland est un récit d’espionnage on ne peut plus classique, avec les tropes qui vont bien : agent double, assassinat, informations classifiées, guerre secrète et autres boites aux lettres mortes. De ce fait, c’est vraiment le background et la précision de l’auteur qui font la différence, qui rendent le livre original. Cela dit, si vous êtes féru d’espionnage, ce livre devrait vous ravir aussi.

De mon côté, si j’ai pris un plaisir certain à ma lecture, particulièrement pour les trouvailles d’Hannu Rajaniemi autour de l’univers qu’il a créé et l’envie de connaitre le fin mot de l’histoire, je me rends compte que je préfère l’espionnage au cinéma, à condition que l’action ne prime pas sur le reste et qu’il y ait une composante historique. The spy gone North ou Le pont des espions oui, James Bond non, en gros.

Hannu Rajaniemi est réputé pour être un auteur de hard SF. J’ai déjà lu une nouvelle de lui publiée dans Bifrost, Le serveur et la dragonne, que j’avais trouvée super belle mais qui était limite une expérience abstraite, difficilement verbalisable. Summerland est très différent. Je le trouve soutenu mais accessible, érudit mais pas prétentieux. Il s’intéresse à une période de l’Histoire à propos de laquelle on a en général quelques notions. En tout cas, pour ma part, je pense être dans la moyenne concernant mes connaissances à ce sujet et si je me doute bien ne pas avoir eu toutes les nuances, reconnu toutes les références, j’ai pu tirer largement mon épingle du jeu. C’est aussi un roman pour lequel, si l’on est curieux, on peut passer des heures à faire des recherches après ou pendant la lecture.

Le paradoxe du menteur ne signifiait pas que les mathématiques étaient fautives. Il signifiait que les mathématiques étaient infinies.

Summerland est un roman d’espionnage à l’intrigue plutôt classique mais au background hyper poussé et hyper original puisque le monde des morts a été découvert et colonisé, bouleversant en profondeur la géopolitique mondiale. Il est plus accessible que ce à quoi on pourrait s’attendre vu la réputation de l’auteur et s’avérera, à mon humble avis, passionnant pour les férus d’espionnage et/ou de l’Histoire des années 30/40.

Informations éditoriales

Roman écrit par Hannu Rajaniemi. Publié pour la première fois en 2018. 2022 pour l’édition française chez ActuSF. Traduit de l’anglais par Annaïg Houesnard. Titre original : Summerland. Postface par Karine Gobled et Bertrand Campeis. Illustration de couverture par Zariel. 428 pages.

Pour aller plus loin

Mon avis sur la nouvelle Le serveur et la dragonne du même auteur.
D’autres avis : Quoi de neuf sur ma pile, L’épaule d’Orion, Le culte d’Apophis

17 commentaires sur « Avez-vous votre Ticket pour | Summerland ? »

  1. Ok, tu m’as eu, je passe outre la réputation de l’auteur et j’enlève ce roman de la catégorie des « non » pour le mettre dans la catégorie des « peut-être ». J’ai l’impression que moi c’est plus la partie espionnage qui me ferait apprécier l’arrière-plan, mais comme je ne lis pas vraiment de roman d’espionnage, en fait je n’en sais rien. 🤷‍♂️

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  2. Ahah c’est trop fort ce truc. Et la guerre d’Espagne? J’aime qu’on donne du poids à un pays que l’Occident oublie souvent!!
    « Traduit de l’anglais » –> J’ai fait une attaque et j’ai commencé à me dire « je vais dire à Actu SF comment chercher un traducteur sur l’annuaire de l’ATLF » mais OUF j’ai d’abord demandé à Internet et Internet m’a dit que l’écrivain écrit en anglais et non en finnois 😄 Tout s’explique 😄

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