Cimqa | Le pouvoir de l’imagination

Cimqa est le second roman d’Auriane Velten que l’on connait pour After®, roman que je n’ai pas lu mais qui me fait de l’œil depuis sa sortie. Les deux sont sortis chez Mnémos.  Auréolé par la réputation du précédent, ce livre s’est glissé subrepticement dans mes mains à la librairie des Utopiales (un lieu démoniaque, n’y allez jamais) le mois dernier. Je l’ai lu, j’en sors assez mitigée, je vous dis tout.

Contexte narratif

Cimqa est un roman qui suit deux lignes narratives. La première est celle de Sarah, enfant quand commence l’histoire, qui vit avec sa mère alors que le monde vit un évènement complètement bouleversant : la découverte de la cinquième dimension

La dimension « largeur » s’est légèrement repliée créant un espace supplémentaire pour cette nouvelle dimension, à savoir l’imagination. Certaines personnes acquièrent ainsi la capacité à matérialiser pour un bref instant (11 secondes) le produit de leur imagination. C’est le cas de Sarah.

Son histoire se déroule sur plusieurs années qui vont la voir grandir avec ce phénomène. Outre toute la découverte de la cinquième dimension, Sarah va se distinguer en apprenant à en tordre les règles. Mais sa naïveté et son idéalisme vont se confronter au monde des adultes à qui profiteraient bien cette capacité à tordre les règles de la cinquième dimension.

La seconde est celle de Sara, une femme d’une cinquantaine d’années en couple avec Eva. Cette ligne narrative se passe bien plus tard et la cinquième dimension fait partie du quotidien. Une nouvelle forme de divertissement est née : la cimqa. Il s’agit d’une sorte de représentation théâtrale lors de laquelle des techniciens cimqa, le métier de Sara, vont reproduire des histoires grâce à leur capacité à matérialiser leur imagination.

Sara ne vit que pour ça, s’investit à fond là-dedans mais son métier reste au final assez déceptif car contrôlé par les boites de production à l’affut de la moindre statistique de satisfaction pour répondre au plus près aux attentes des spectateurs.  D’un autre côté, eh bien, il faut bien payer les factures et assurer son indépendance financière. C’est la crise existentielle.

Un concept exaltant, une structure bien pensée…

Cimqa propose une pure bonne idée de science-fiction. I faut avouer que le concept est  un fantasme d’auteur qui vend du rêve et c’est ce qui m’a attirée vers ce roman. La science-fiction n’est pas vouée ici à être réaliste, cependant je trouve qu’Auriane Velten réussit bien à rendre son machin cohérent, lui donner une certaine précision et une certaine logique. Une cohérence interne qui me parait de loin plus important que la plausibilité du « et si ».

Les deux fils narratifs explorent des thématiques bien différentes  mais qui se rejoignent autour d’une centrale, à savoir le pouvoir de l’imagination. D’un côté on voit à l’œuvre la cinquième dimension comme une quasi métaphore de  l’enfance vu comme un espace de liberté créative et ce qui peut en découler quand on ne la bride pas (même si la mère a ses doutes et ses craintes, elle est au final très soutenante pour sa fille). D’autre part, l‘âge adulte qui souffre du principe de réalité et des contingences matérielles qui bride l’espace artistique, le contraint dans les bornes du raisonnable et du « bankable ».

Bref, je trouve la structure du récit très intéressante et ce parcours croisé bien à propos. Jusqu’ici vous pourrez être étonné que j’ai commencé cette chronique en disant que j’étais mitigée sur cette lecture.  Donc vous vous doutez que je vais à présent vous parler ce qui ne va pas pour moi dans ce récit.

…Qui ne transforment pas l’essai

Eh bien, en dépit de cette belle structure croisée, j’ai trouvé la narration très convenue. On est peu surpris, hors de l’exploration du concept en tant quel tel. Par ailleurs, je n’ai pas trouvé la caractérisation des personnages bien excitante, malgré le contexte que l’autrice développe : la relation de Sarah avec son amie, celle de Sara avec sa compagne, par exemple.  

Et au dernier rayon de ce qui a entaché mon plaisir de lecture, j’ai trouvé une certaine maladresse d’écriture, qui vient peut être d’un défaut de relecture et de bons conseils de l’éditeur. Ainsi j’ai été constamment sortie du récit par un -désolée- affreux tic d’écriture, à savoir l’utilisation du qualificatif « la technicienne » pour désigner Sara pour éviter l’excès de répétition du prénom, une pratique courante chez les auteurs, mais qui est ici utilisée à une fréquence vraiment dérangeante, de manière monomaniaque et parfois dans un contexte qui ne s’y prête pas du tout.

Typiquement quand la protagoniste n’est pas du tout en train d’exercer son métier. Par exemple:  « Quant au chapeau de plage que la technicienne s’était enfoncé sur le crâne, il lui faisait perdre en confort ce qu’elle y gagnait en esthétique. » Je veux bien qu’elle est obsédée par son job mais elle n’est pas réduite à ça par son entourage alors je ne trouve pas du tout que ça fonctionne.

Cimqa est un roman qui propose un concept passionnant et une structure narrative bien pensée et bien troussée : deux fils qui explorent des thématiques différentes au travers de deux protagonistes féminines avec un gap générationnel important. Je trouve que c’est à la réalisation que le bât blesse : une narration assez convenue au demeurant, des personnages à la caractérisation peu passionnante et une écriture maladroite par moment font que ce roman peine à remporter mon adhésion. 

Informations éditoriales

Roman écrit par Auriane Velten. Publié en 2023 chez Mnémos. Illustration de couverture par Scott Uminga. 297 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Les lectures du panda, Les critiques de Yuyine, Sin City, L’imaginaerum de Symphonie, ou signalez-vous en commentaire.

13 commentaires sur « Cimqa | Le pouvoir de l’imagination »

  1. Arf. C’est franchement dommage. Bon, je crois n’avoir vu que des avis positifs jusque-là, donc peut-être que moi aussi ça ne me choquera pas et je réussirai à l’apprécier.
    Tu as toujours envie de lire « After® » ?

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    1. Oui, j’assume d’être la voix discordante XD même si l’avis de Yuyine est aussi plus tempéré que l’enthousiasme que j’ai vu à l’œuvre.
      C’est tout ce que j’espère.
      Oui After m’intéresse toujours d’autant qu’il a une proposition sur la langue qui m’intrigue fortement.

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  2. Je comprend tout à fait ce que tu dis à propos du tic d’écriture ! Je l’ai déjà rencontré dans certains bouquins et c’est assez horripilant !
    Malgré l’univers original je ne suis pas tentée par celui-ci

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  3. LOL ! Je comprends cette histoire de « technicienne », comme tu sais 🤣🤣 C’est marrant qu’on ait fait des remarques si similaires en même temps.
    Bon, cette histoire de matérialisation de l’imagination est géniale, et je comprends tellement le problème de l’adulte qui doit aussi manger! 😊

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