La maison des soleils | Alastair Reynolds

La maison des soleils est un roman d’Alastair Reynolds. Il a été traduit par Pierre-Paul Durastanti et publié au Bélial en 2024. Il a été publié en langue anglaise en 2008 et un tel délai pour un tel roman est assez incompréhensible. Enfin, le livre est arrivé chez nous, je l’ai lu, j’ai beaucoup aimé, je vous dis tout.

Contexte narratif

Campion et Purslane sont en retard pour la 32è réunion de la lignée Gentiane, assemblée de 1000 clones qui explorent notre galaxie depuis des millions d’années. Lors d’un fâcheux contre-temps,  ils libèrent un Homme-Machine retenu prisonnier depuis des millénaires par un contrebandier peu scrupuleux. Mais en arrivant à proximité (enfin proximité, on se comprend, on est à l’échelle de l’univers, on ne parle pas de la boulangerie qui se trouve à proximité de votre domicile) des lieux de la rencontre, accompagnés de leur invité de métal et de silicium, ils comprennent qu’une terrible catastrophe s’est produite. A partir de là, il va leur falloir d’une part sauver leur peau et d’autre part découvrir ce qui s’est passé.

La maison des soleils se passe dans le même univers avec le même couple de personnages que la novella La millième nuit, parue dans la collection Une Heure Lumière en 2022.  Une lecture que je conseille vivement avant d’entamer ce roman. En effet, au-delà d’une mise en bouche diablement vertigineuse, La millième nuit peut aider à appréhender le background assez complexe plus en douceur qu’avec ce gros pavé encore plus vertigineux qu’est La maison des soleils.  Egalement, la nouvelle Les nuits de Belladone parue dans le Bifrost n°114 en avril dernier se passe dans le même univers. 

La voie lactée était une longue échine dorsale lumineuse déployant son arc d’un horizon à l’autre. Le vestige d’une supernova faisait une tache rubis dont les bords caillés viraient au noir. Le pulsar en son cœur était un phare vacillant. L’amas d’étoiles bleues, à quelques centaines d’années lumière tout au plus, scintillait comme une couvée d’œufs électriques. Les étoiles naines du système brasillaient d’ambre et d’or, promettant la vie, un abri et dix milliards d’années de stabilité d’un cycle de fusion lente. On distinguait même l’Absence, l’obscurité sans étoile ni galaxie, de la taille d’un pouce, vers l’ancien emplacement d’Andromède.

Mes impressions

Comment aborder la chronique d’un tel bouquin ? Il forme un tout tellement dense où chaque élément de l’intrigue et du background s’emboitent si parfaitement qu’il est compliqué de séparer chaque qualité du roman. Tentons néanmoins parce qu’il faut bien commencer quelques part.

Déjà ce roman procure un sense of wonder de folie. Les échelles de temps et d’espace sont tellement grandes qu’on en frise l’abstraction. L’univers est très riche en personnages et en entités extraterrestres avec leur fonctionnement propre, en corps célestes et puis surtout en technologies comme par exemple le système de partage de mémoire, les digues stellaires ou encore un instrument de torture particulièrement sophistiqué.  A ce stade on pourrait commencer à craindre pour l’accessibilité du roman mais j’ai trouvé ça étrangement fluide et compréhensible.

L’auteur manie avec également de brio les thématiques de son roman. Comment on vit quand on est immortel ? Comment on gère la mort quand on est immortel ? Comment on gère sa mémoire quand on est un être humain vivant depuis 6 millions d’années ? Les rapports avec des entités artificielles dotées de conscience sont elles voués à devenir conflictuels ? Comment envisager l’avenir de l’humanité sur des échelles de temps pareilles ? Quelles limites à l‘exploration spatiale ? Tant de concepts sont abordés avec une certaine profondeur. On se demande presque comment le roman tient en 500 pages.

– […] Tu te lasses des couchers de soleil ?
– Non.
– Tu te lasses des chutes d’eau, des plages ?
– Non.
– Alors il reste de l’espoir pour nous. »

Ne croyez cependant pas que l’intrigue est secondaire, présente pour donner une utilité au background. Si elle est lente à démarrer (sans que ce soit très gênant, on kiffe la découverte), le suspens devient vite insoutenable. Devant toutes ces technologies et les échelles spatiales et temporelles incommensurables, on pourrait craindre une certaine désincarnation, un manque d’humanité des personnages. Il n’en est rien. On s’attache à Campion et Purslane et à quelques autres personnages. 

La maison des soleils est un parc d’attraction de science-fiction. Pour peu que vous n’ayez pas peur d’avoir la tête à l’envers il devrait vous procurer des sensations fortes et une immense satisfaction, tant du point de l’intrigue que du wordlbuilding. Un réel plaisir de lecture. Il vient de recevoir le Prix Planète SF est c’est amplement mérité.

Informations éditoriales

Roman écrit par Alastair Reynolds. Publié initialement en 2008. 2024 pour la publication française aux éditions Le Bélial’. Traduit de l’anglais par Pierre-Paul Durastanti. Titre original : House of Suns. Illustration de couverture par Amir Zand. 504 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : RSF blog, Quoi de neuf sur ma pile, La bibliothèque d’Anudar, Reflets de mes lectures, L’épaule d’Orion, Les lectures du Maki, Les blablas de Tachan, Au pays des cave trolls, Les lectures de Shaya, ou signalez-vous en commentaire.

8 commentaires sur « La maison des soleils | Alastair Reynolds »

  1. Ahah trop fort. J’ai vu passer l’info du prix, puis j’ai lu la chronique de Shaya tout à l’heure, puis je lis la tienne. Ça a l’air très bien et je me réjouis pour l’auteur. Même si ce n’est pas le Hugo, ça doit faire plaisir de voir son roman vivre des années après sa publication. 😊

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