Conquest | Une histoire de contamination

Conquest est un roman écrit par Nina Allan publié en français en 2023 aux éditions Tristram. Il a été traduit par  Bernard Sigaud. Comment Nina Allan va-t-elle réussir à nous embrouiller cette fois ? C’est ce que nous allons voir ensemble.

Disparition

Frank a disparu à Paris il y a 9 mois alors qu’il devait rencontrer des membres de son groupe d’ufologistes persuadés qu’une invasion extraterrestre a déjà commencé. Frank est fragile et a un passé psychiatrique. Il est obsédé par la musique de Bach dans laquelle il voit des patterns censés expliquer des choses.

Je crois que Frank est un génie. C’est comme s’il vivait l’intelligence comme une sensation physique, comme si le savoir profond brûlait en lui comme du feu. Seulement il fait confiance aux gens bien trop facilement, hélas, deux fois hélas. Il voit du danger partout sauf là où est le danger. C’est comme s’il était au bord d’un précipice et qu’il risquait à chaque instant de tomber parce qu’il est trop occupé à contempler le ciel, les étoiles, les montagnes au loin.

Devant le manque d’intérêt de la police, Rachel, sa petite amie, engage une détective privée pour le retrouver. 

Robin a bousillé sa carrière dans la police et a décidé de devenir détective privé. Elle accepte l’affaire de Rachel bien que celle-ci n’ait pas vraiment de quoi la payer. Cette disparition l’intrigue, ce d’autant qu’un nom surgi de son passé est mêlé à cette histoire. Et puis, il faut l’avouer, elle crushe sévèrement sur Rachel. 

Contamination

La narration est prenante. Le mystère qui entoure la disparition de Frank est entier et Robin a quelques casseroles qui lui suivent le train, entre autres celle qui concerne son départ de la police. L’écriture de Nina Allan est toujours aussi plaisante, j’adore vraiment. Il y a un rythme. Pas du pop rock ou de l’électro mais de la musique classique fluide, fluctuante. Du Bach peut-être ?

Mais ce que j’ai trouvé vraiment passionnant c’est que le roman est centré sur une idée fixe, celle de la contamination. Ce groupe du forum LAvventura sur lequel Frank traine est persuadé qu’une invasion extraterrestre a déjà commencé. Pas une invasion extraterrestre à la Independance Day, une invasion sourde, dans les interstices, discrète. Cette idée agit comme une contamination, elle s’insinue dans les esprits, comme une sorte de métaphore d’elle-même

Sid avait parfois l’impression que la tour l’écoutait, qu’elle suivait ses pensées à la trace en remontant le long de ses veines et se diffusait dans la chair de son cerveau comme un putain d’agent neurotoxique, le truc avec lequel on avait empoisonné le Russe, ou peut-être une de ces armes nanotechnologiques.

Dans La Tour, une novella reproduite in extenso dans le roman, est très importante pour les gens de LAvventura. Elle sert de catalyseur à leur délire. L’histoire, écrite par un auteur fictif (le texte a bien sûr en réalité été écrit par Nina Allan, elle est coutumière du procédé), raconte comment un architecte un peu mégalo s’est servi d’une pierre extraterrestre pour construire un immeuble. Des rumeurs éclosent : la pierre serait en fait  une substance organique d’origine extra-terrestre qui contamine peu à peu l’environnement terrestre.  

Les patterns et les références sont partout dans ce roman, comme autant de schémas qui titillent l’esprit de Frank. Nina Allan ne cherche jamais à nous orienter, plutôt à nous désorienter par cette orchestration minutieuse comme si la mise en abyme sortait du livre pour infecter le lecteur. A celui-ci de veiller à regarder où il met les pieds.

Une histoire qui est de la pure fiction ça n’existe pas dit Frank. Les histoires comme ça, elles viennent d’où ? il faut que tu te poses la question.

Au travers de l’enquête d’une détective privée sur la disparition d’un garçon à la santé mentale fragile, Conquest nous parle de la contamination des esprits par les théories du complot, à la façon Nina Allan : avec des récits enchâssés, une écriture fine et un propos subtil.

Informations éditoriales

Roman écrit par Nina Allan. Publié initialement en 2023. 2023 pour la publication française chez Tristram. Traduit de l’anglais par Bernard Sigaud. Titre original : Conquest. Illustration de couverture par Alengo/istock. 331 pages.

Pour aller plus loin

Nina Allan sur le blog : La fracture. Le créateur de poupées.
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8 commentaires sur « Conquest | Une histoire de contamination »

  1. Il ne m’aura pas totalement contaminé puisque même si c’est le dernier que j’ai lu de l’autrice, c’est peut-être celui dont je me souviens le moins bien. Si ce n’est qu’il est perturbant, presque trop, il flirte avec les limites, mais c’est vraiment là-dessus qu’excelle Nina Allan et c’est ça qu’on aime !

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