Des nouvelles de Bifrost #120 | Mina Jacobson, Tade Thompson, Claude Ecken

Ce 120e Bifrost, publié en octobre 2025 par les éditions du Bélial propose un dossier sur le Multiversalisme. Je m’intéresserai dans les présentes impressions aux 3 nouvelles qui ouvrent la revue, à savoir : Résonnances de Mina Jacobson, Libération de Tade Thompson et La femme inachevée de Claude Ecken. C’est parti…

Résonnances, Mina Jacobson

Calliopé tient à tout prix à voler mais elle est jeune et inexpérimentée. Après avoir emprunté le deltaplane de son frère, c’est l’accident.

Mauve…
Les nuages dansent, le ciel s’ouvre, il se fend en deux.
Les mots m’échappent, ils se désagrègent avant que je puisse les saisir, deux fragments s’étirent à l’infini, ils se déplacent tout autour, ils rayonnent et je demeure, en leur centre immobile.
Ne me reste rien qu’une couleur, une teinte, un éclat,
la couleur d’un matin qui se prélasse sous un ciel de velours.

L’histoire se passe dans un futur qui a régressé technologiquement. Nous comprendrons petit à petit le contexte. C’est bien ce qui fait la force de ce récit, ce dévoilement progressif et cette ambiance parfois poétique via des inserts en italique qui parsèment le texte. C’est prenant et bien écrit, belle découverte de cette autrice qui a commencé à publier en 2020. A surveiller.

Libération, Tade Thompson

Rash, ancien pilote, est engagé pour recruter et former les premiers astronautes du programme spatial nigérian. Les astronautes sont en orbite autour de la Terre lorsqu’un évènement se produit dans leur pays.

0.
Au début…
Udo Johnson est dans une salle de conférence verrouillée aux fenêtres opaques, face à un public de cadres dirigeants à qui elle parle d’astronautique. Elle a vingt-sept ans, elle est heureuse et pleine d’assurance, son rêve va se réaliser.
Elle dit: « L’être humain est façonné par la pesanteur. Mon corps, mon esprit frémissent à l’idée d’être en apesanteur. »

J’ai bien aimé cette extrapolation autour du Nigéria qui se lancerait dans un programme spatial, sur fond de problématiques géopolitiques locales. Qui sait, peut-être cela s’est vraiment produit et nous n’en savons rien ?

Parution initiale en 2025. Traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque. Titre original : LIberation.

La femme inachevée, Claude Ecken

Nous sommes aussi au Nigeria pour cette nouvelle de Claude Ecken. Une femme artiste ne trouve plus de travail à cause de l’IA. Elle en vient à se faire numériser pour servir d’avatar dans des jeux vidéos. Pendant ce temps, son époux tente le coup en essayant d’entrer en Europe.

On ne parle jamais assez de ceux qui restent, parents, frères et sœurs, oncles et tantes, et surtout épouses. Dans la solitude, souvent, un ou deux marmots aux basques, parfois, elles organisent leur survie que le mari a décidé d’organiser ailleurs. L’argent viendra plus tard, ils l’assurent tous. Seules les épouses entendent « trop tar », voire « jamais » quand l’océan, avide de rêves fous, engloutit les fortunes amassées en Cocagne, les retours triomphants au pays ou que les administrations, que tant d’ardeur inquiète, cadenassent ces mêmes carrières fulgurantes et regroupements familiaux dans les forteresses des songes avortés. On ne parle jamais assez des drames que masquent les tragédies, générateurs de nouvelles infortunes.

Cette longue nouvelle propose une réflexion sur l’avènement des intelligences artificielles et son impact sur l’art. C’est dense et lourd, on s’en rend compte dès l’incipit, que vous pouvez lire ci-dessus. J’en sors avec un sentiment de trop plein. Claude Ecken est un auteur que j’aime beaucoup au travers de nouvelles lues ici et là, enfin surtout ici dans le Bifrost mais un peu ailleurs aussi. Je me dis juste qu’on ne s’est pas rencontré sur ce texte.

Informations éditoriales

Revue publiée en octobre 2025 par les éditions Le Bélial’. Illustration de couverture par Amir Zand 200 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Les lectures du Maki, Les chroniques de Feygirl, Weirdaholic, Yozone, ou signalez-vous en commentaire.

Un commentaire sur « Des nouvelles de Bifrost #120 | Mina Jacobson, Tade Thompson, Claude Ecken »

  1. Coucou ! J’ai bien aimé la première nouvelle, celle qui parle de la fille qui veut voler. Ça m’a rappelé ma mère qui, petite, une dizaine d’années, rêvait d’être un oiseau. Elle a grimpé tout en haut d’un terril de charbon à l’abandon et a sauté en agitant ses bras comme des ailes, Elle est tombée et a eu de multiples fractures. Son rêve s’est évanoui. Elle a toujours aimé les oiseaux 🦅

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