Bienvenue à Sturkeyville | Un peu gluant mais appétissant

Bienvenue à Sturkeyville Bob LemanImpressions.

Bienvenue à Sturkeyville est un recueil de nouvelles fantastiques et horrifiques écrites par Bob Leman, un auteur américain peu connu qui n’a écrit qu’une quinzaine de nouvelles dont onze furent traduites en français en leur temps. Les 6 nouvelles composant le recueil ont été exhumées par les éditions Scylla et retraduites par Nathalie Serval pour leur redonner une deuxième vie bien méritée, pour une parution le 2 février 2020.

Une exhumation bienvenue

Les livres ont parfois  une aventure éditoriale qui tient de la combinaison d’heureux hasards et du travail acharné des personnes impliquées. Cette belle histoire nous est contée dans la préface-remerciements de Xavier Vernet l’instigateur de cette publication.

Sous une couverture de Stéphane Perger (on aime Stéphane Perger par ici), Bienvenue à Sturkeyville dévoile 6 textes dont 2 inédits en français de Bob Leman, auteur américain qui publia une quinzaine de textes courts,  principalement dans les années 70 et 80.

Outre les 6 textes, le recueil est agrémenté d’ illustrations produites par Arnaud S. Maniak (qu’on ne connaissait pas par ici) dans un style assez pointilleux si je puis dire mais dont les accointances avec les vieilles photographies convient merveilleusement au propos.

 

bienvenue à sturkeyville Arnaud S. Maniak
En format carte postale

Un fantastique d’excellente qualité

Bob Leman a le sens de l’incipit. De ce fait, je vous les cite à la suite du résumé de chaque nouvelle (voir ci-dessous). Si l’on excepte l’incipit d’Odila, moins percutant, et la nouvelle La quête  de Clifford M. où je me suis servie du second paragraphe, plus intéressant, les 4 autres mettent abruptement en scène le sujet et interpellent le lecteur.

Chacun des 6 textes se passe à Sturkeyville ou à ses abords, une petite ville américaine typique : perdue au pied des montagnes elle fait indéniablement penser à Twin Peaks, avec ses personnages, ses disparitions inquiétantes, sa scierie fonderie mais surtout parce qu’il s’y passe des choses plus qu’étranges…

On y trouvera vampire, maison hantée et bicoques en ruines, familles au passé chargé, influence pernicieuse, folie et contrôle télépathique.  On ne pourra surtout pas manquer que le kiff de Leman, ce sont les créatures visqueuses et gluantes ressemblants peu ou prou à des vers, avec beaucoup de dents, voire des excroissances tentaculaires. 4 des 6 des nouvelles en contiennent.

Dans les obsessions de l’auteur, on trouvera aussi la thématique de la délisquescence, de la détérioration des corps et de l’esprit mais aussi des lieux. Ainsi le vampire Clifford M. qui constate la décrépitude de son espèce ou Webster qui se laisse engloutir peu à peu par le deuil et l’emprise de la maison qu’il occupe (qui l’occupe?) dans Viens là où mon amour repose et rêve ou  la lente dégradation mentale et physique de l’oncle Caleb des Créatures du Lac. Avec le corollaire de fins bien souvent cruelles.

Détails des nouvelles

La saison du ver (1988). Histoire d’une famille dont la femme a été remplacée par un ver qui contrôle l’esprit du père et du garçon.

A Sturkeyville, il y a une dizaine d’années, vivait un certain Harvey Lawson , dont la femme était un ver.

La quête de Clifford M (1984 – inédit en français). Au travers d’un article scientifique, nous est raconté la quête des origines d’un vampire qui cherche désespérément ses semblables. Ce qu’il va découvrir risque de le décevoir…

La compréhension du cas de Clifford M. nécessite une bonne connaissance des processus naturels  impliqués dans la reproduction des vampires.

Les créatures du lac (1980). La lente descente aux enfers de l’oncle du narrateur. Obsédés par les occupantes dentées et informes du lac voisin, il raconte à son neveu une histoire abracadabrante de malédiction et finit par s’installer dans la maison délabrée au bord du lac.

Des créatures pâles et sans os, avec des bouches informes pleines de dents, vivent au fond du lac. Mon oncle Caleb disait qu’autrefois, il y a longtemps, elles appartenaient à une famille – Les Feester – et habitaient la grande maison sur la rive. Un jour, il leur est arrivé une chose très étrange. Depuis, elles ne peuvent subsister que dans l’obscurité, enfouies dans la boue glacée.

Odila (1987). Qui sont les membres de la famille Selkirk à l’exécrable réputation et vivant depuis des lustres au lieu dit de Grill’s Fork ? Que cache-t-elle ? Comment Odila Selkirk  a attiré un fils de bonne famille dans ses filets ?

Je retourne à Sturkeyville exactement quatre fois par an, pour assister aux conseils d’administration de la fonderie.

Loob (1979). Le narrateur est persuadé de se trouver dans une réalité parallèle car l’idiot du village, Loob, aurait modifié le cours de la réalité. Personne ne le croit bien sûr et le lecteur lui-même n’en mettra pas sa main à couper.

Il se peut que rien de tout ceci ne soit arrivé.
Plus exactement, rien de tout ceci ne sera arrivé quand Loob laissera mon arrière-grand-père franchir sans dommage le seuil du salon.

Viens là où mon amour repose et rêve (1987 – inédit en français). Webster Knapp est hanté par le souvenir de sa femme, Sally, qu’il adorait, décédée dans un accident de voiture. Il achète une maison aux abords de Sturkeyville et s’y installe avec sa fille et sa belle-mère. Mais il passe de plus en plus de temps assis dans son bureau sans rien faire…

Ecoute…
La maison parle.
Sa voix n’est qu’un murmure qu’on pourrait presque confondre avec le souffle du vent à travers ses pièces immenses. Elle vous berce de paroles tendres et enjôleuses. Viens à moi, dit-elle. Viens et je te protégerai. Je t’aime tant…
Mais personne ne l’entend.

Toutes les nouvelles m’ont énormément plu. A tel point que je serais bien incapable d’en choisir une ou deux que je préfère.

Bienvenue à Sturkeyville est une réussite totale.  Plus qu’une unité de lieu, les 6 textes qui composent ce récit partagent une certaine cohérence thématique et de ton. Avec une cruauté maligne, Bob Leman nous soumet à son influence pernicieuse en  nous subjuguant avec ses créatures larvaires à dents pointues et ses démonstrations de lentes déliquescences. Des sujets passionnants de pure littérature fantastique à tendance horrifique.

Informations éditoriales

Recueil de 6 nouvelles écrit par Bob Leman. Publié en français en 2020 aux éditions Scylla. 4 des 6 textes ont précédemment été publiés. Traduit et retraduit par Nathalie Serval. Illustration de couverture par Stephane Perger. Illustrations intérieures par Arnaud S. Maniak. 185 pages.

Pour aller plus loin

Le crowdfunding.
D’autres avis : RSF Blog, Quoi de neuf sur ma pile, Just a word, Albédo, Cat(s) Books & Rock’n’ Roll, Touchez mon blog, Un papillon dans la Lune, L’épaule d’Orion, Au pays des caves trolles, Chuuuut maman lit, ou signalez-vous en commentaire.

The maki project

33 commentaires sur « Bienvenue à Sturkeyville | Un peu gluant mais appétissant »

    1. J’aurais été bien triste aussi que ce ne soit pas le cas mais je ne prenais pas de grands risques ^^
      Huhu je suppose que ça porte un nom en vrai ce style mais j’y connais rien.

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  1. Je ne connaissais pas…quand j’aurais fini de relire ce que je voulais dans l’intégrale de l’homme de Providence, pourquoi pas un détour dans cette petite ville pas très reposante. là je suis dans les créatures rampantes et visqueuses aussi.

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  2. J’aime beaucoup le genre de la nouvelle quand il a un côté sombre fantastique. Cela me fait un peu penser aux nouvelles de Shirley Jackson ! Ce receuil me tente énormément et j’ai beaucoup aimé la manière dont tu l’as présenté. Je vais garder cet article en favoris pour ne pas oublier de me plonger dans les nouvelles. Merci pour la découverte 😀

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  3. Ce n’est pas pour moi, mais le projet dans son ensemble est vraiment sympa.
    « Un peu gluant mais appétissant » : on ne souligne pas à quel point tes titres sont géniaux, mais celui-là est particulièrement incroyable. xD

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    1. Oui c’est un beau projet ^^
      Tu dis ça tout en sachant bien que j’ai piqué cette punchline au Roi Lion hein ? Mais merci, parfois ça sert de pas arriver à s’endormir 😀

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      1. Oui oui – je ne suis pas très cinéphile mais je connais quand même les vrais
        classiques =P – c’est cette improbabilité qui donne tout son piquant. ^^

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      2. Haha mais je me demandais si c’était pas moi qui était un peu obsédée par cette réplique qui me vient en tête assez régulièrement dans diverses circonstances et que du coup elle soit en fait pas si connue que ça.

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      3. Elle est quand même dans l’une des chansons les plus connues de Disney, je pense qu’un paquet de monde la connait. Par contre, de là à y penser régulièrement… euh… comment dire… peut-être ?
        *fuit*

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  4. Intéressant ! je ne suis pas sûre que cela me plairait, mais de manière inexplicable, ce genre d’ambiance m’attire quand même… un peu comme Ainsi naissent les fantômes, je suis attirée par le côté weird mais je suis parfois un peu déroutée lorsque cela me met trop mal à l’aise… Par contre j’ai une amatrice de Lovecraft dans mon entourage proche, ça ferait un joli cadeau (et une bonne occasion d’y jeter un oeil ^^)

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