Relire Sacrées sorcières de Roald Dahl

Sacrées sorcières est un classique de littérature jeunesse écrit par Roald Dahl. Il a été publié en 1983 au Royaume-Uni (j’avais un an !) et en 1984 en Français. Il est illustré par l’illustre Quentin Blake et traduit par Marie-Raymond Farré. J’ai reçu ce livre quand j’avais 7 ans. Il a été lu et relu (voir même un peu colorié au passage). J’ai décidé de le relire pour un effet kiss cool nostalgique en cette période de Noël.

Sacrée histoire !

Le narrateur est, au moment où l’histoire commence, un petit garçon de 8 ans. Ses parents viennent de décéder dans un accident de voiture et il est recueilli par sa grand-mère. Un soir, celle-ci lui raconte la vérité vraie sur les sorcières. Pas de chapeau pointu ou de nez crochu, ni de balai volant au clair de lune. Non, les sorcières sont des créatures démoniaques se dissimulant parmi la population en se faisant passer pour des femmes tout ce qu’il y a de plus normales. Mais certains signes permettent de les déjouer, encore que on ne peut être sûr de rien ! La chose la plus importante à retenir c’est que les sorcières détestent les enfants !

– Pour une sorcière, tu sens le caca de chien tout fumant !
– C’est archifaux ! m’écriai-je. Je ne sens pas le caca de chien, fumant ou non !
– C’est un fait, dit Grand-mère. Inutile d’en discuter.
J’étais révolté. Je n’arrivais pas à croire ce que venait d’affirmer Grand-mère.

Bref, notre petit garçon et sa grand-mère partent bientôt en vacances dans un grand hôtel sur la côte anglaise. Le voilà qui va être confronté à la terreur : un congrès de sorcières dissimulé en réunion annuelle d’une association de protection de l’enfance. Derrière un paravent, il va assister tout de leur effroyable plan pour débarrasser l’Angleterre de ses enfants mal odorants…

Sacrée Grand-mère !

Roald Dahl s’empare d’un stéréotype bien connu des contes : la méchante sorcière. Il crée la surprise en leur donnant des caractéristiques tout autres que celles que l’on attend. Les sorcières de Dahl se dissimulant parmi la population féminine, c’est l’occasion de confronter les lecteurices aux apparences trompeuses, façon « l’habit ne fait pas le moine ». Le texte sonne alors comme une mise en garde « ne fais pas confiance à n’importe qui, tous les adultes ne sont pas dignes de confiance ».

Mais Sacrées sorcières distille également un message d’acceptation et d’amour inconditionnel : « je t’aimerai toujours peu importe qui tu es ». Bon c’est fait de manière pas subtil du tout, en mettant en regard la réaction exemplaire de la grand-mère face au devenir de son petit-fils et la réaction de rejet des parents du petit Bruno, confronté au même problème.

Du moment que quelqu’un m’aime, peu importe qui je suis ni à quoi je ressemble.

Le personnage de la grand-mère est vraiment anthologique : se fichant des convenances, avec un répondant qui cloue le bec au plus obtus des directeurs d’hôtel, elle fume le cigare et n’a pas peur de dire la vérité vraie à son petit-fils. C’est une grande réussite de ce roman.

Sacré Roald Dahl !

Le stéréotype de la méchante sorcière au chapeau pointu était sans doute déjà éculé en 1983 et Roald Dahl avait peut être décidé de le renouveler de la sorte. De nos jours, les choses ont encore évolué et se sont largement nuancées : les sorcières incarnent de façon assez commune des personnages positifs. Le propos peut aussi paraitre caricatural de nos jours, surtout quand on a pris conscience de la misogynie derrière de la notion de sorcière. Je trouve aussi le personnage de Bruno très stéréotypé : garçon grassouillet ne pensant qu’à manger, il n’a pas un rôle très positif alors que, pendant ce temps, notre narrateur a toutes les qualités.

Je reste subjuguée par l’inventivité de l’auteur : le récit est très drôle, le langage imagé. Il y a même une chanson (procédé récurrent de l’auteur, en tout cas je me rappelle qu’on en trouve dans La potion magique de George Bouillon et dans Charlie et la chocolaterie). C’est assez effrayant aussi, si l’on y pense, et non dénué de cruauté.

Jamais je n’avais vu visage si terrifiant, ni si effrayant ! Le regarder me donnait des frissons de la tête aux pieds. Fané, fripé, ridé, ratatiné. On aurait dit qu’il avait mariné dans du vinaigre. Affreux, abominable spectacle. Face immonde, putride et décatie. Elle pourrissait de partout, dans ses narines, autour de la bouche et des joues. Je voyais la peau pelée, versicotée par les vers, asticotée par les asticots…

L’anecdote personnelle

J’ai relu ce texte dans l’édition que j’ai reçue quand j’étais enfant. Le livre est abîmé, sale et 2 dessins ont été COLORIÉS. Ha bah bravo. Quentin Blake ! COLORIÉ !

Pour la peine, je vous propose cet aperçu de mes talents de coloriste, une vocation manquée semble-t-il :

Sacrées sorcières est un classique de la littérature jeunesse qui fonctionne toujours aujourd’hui, même si je trouve qu’il verse parfois dans la caricature. Inventif, plein d’humour et de tendresse, il parle de faux semblants et d’amour vrai.

Informations éditoriales

Roman écrit par Roald Dahl. Publié initialement en 1983 au Royaume-Uni. 1984 pour la traduction française chez Gallimard. Il a été réédité de nombreuses fois. Mon édition est une édition Folio Junior datant de la fin des années 80. Tout cela ne nous rajeunit pas. Traduit par Marie-Raymond Farré. Titre original : The Witches. Illustré par Quentin Blake. 201 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Nevertwhere, signalez-vous en commentaire.

26 commentaires sur « Relire Sacrées sorcières de Roald Dahl »

  1. J’ai lu version graphique il y a quelques mois, et je n’avais pas noté ce côté un peu caricatural. Néanmoins, vu la période où le roman a été publié, je ne suis pas vraiment étonnée. En tout cas, tu m’as donné envie de le relire !

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  2. Je suis en train de le lire avec mon fils, ça me rappelle également de bons souvenirs 🙂 J’aime toujours autant Roald Dahl, d’ailleurs on va sûrement poursuivre avec Charlie et la chocolaterie et Le BGG.
    Pour info, dans la version graphique Bruno est remplacé par une petite fille, ce qui casse un peu le côté stéréotypé.

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  3. une petite Madeleine…. Je suis toujours fan de Roald Dahl 😉
    J’ai la version illustrée par Pénélope Bagieu (j’ai vu que tu venais le de commencer), mais pas encore lu.
    Je vais essayer de le lire avant la fin de l’année 😉
    Et j’ai vu une réédition de livre, tout à l’heure à la lib!

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  4. j’ai failli faire des articles sur Enid Blyton, Grimm, Andersen…parce que là aussi il y avait du stéréotype mais aussi de l’inventivité. Est ce que cela a modifié quelque chose en moi ? Je minterroge mais c’est l’esprit critique et la curiosité qui font aussi le reste.

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  5. Quand l’adaptation BD de Pénélope Bagieu est sortie, j’ai relu le roman de Roald Dahl. Ca fait drôle de relire un livre lu, relu et rerelu dans mon enfance. Mais ça fonctionne toujours aussi bien. Quel talent de conteur que ce monsieur. J’ai eu une pensée pour le traducteur qui a réussi à retranscrire les discours grandiloquents de la Grandissime.

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  6. *imagine Tigger Lilly présentant son coloriage à Quentin Blake*
    Je dois avouer n’avoir jamais lu de Roald Dahl. Je ne crois pas que je le lirai un jour, en tout cas pas de manière directe, mais… *file lire le billet sur l’adaptation en BD*

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  7. Génial! Tu donnes envie! Moi, j’ai lu James et la grosse pêche, mais je crois que je n’ai pas aimé; il me semble me souvenir que c’était farfelu et que j’ai eu du mal à suivre. À voir si je me penche sur tout ça un jour.
    J’adore le dessin! C’est génial de retrouver ça!

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  8. Ah je lis enfin ta chronique 😂
    C’est mon préféré de Roald Dahl (avec George Bouillon) mais c’est lié au fait que je les aies lus et relus des milliers de fois. Effectivement j’ai noté à la relecture que Bruno était pas le meilleur camarade qui soit, j’aime bien la relecture qu’en a fait Pénélope Bagieu.

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    1. Pas mon préféré à moi, je lui préfère Charlie et la chocolaterie et George Bouillon, le BGG aussi ^^ Je les ai presque tous lus et relus plein de fois, cf l’état de mes exemplaires d’enfance XD
      Oui c’est une chouette relecture ^^

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