Opexx | Laurent Genefort

opexx

Opexx est une novella écrite par Laurent Genefort et publiée au Bélial’ dans la collection Une heure Lumière en 2022. Je poursuis mon rattrapage de lecture de la collection avec cette 38ème publication, la troisième de l’année 7. Le Blend nous envoie en mission, enfilez votre équipement, on se rend sur une planète utramondaine.

Contexte narratif

Opexx est écrit à la première personne du point de vue d’un soldat, membre de l’Opexx, une force spéciale qui intervient un peu partout dans l’univers pour remplir des missions variées. Ils sont envoyés par le Blend, consortiums d’espèces extraterrestres sentientes qui se servent du tempérament belliqueux de l’humanité pour les envoyer faire la guerre et autres missions où des armes s’avèrent utiles aux quatre coins de l’univers. En échange, le Blend offre des technologies diverses et variées aux humains.

Le Blend préserve notre susceptibilité, mais personne n’ignore que, question intelligence, nous ne sommes plus au sommet de la chaîne alimentaire. La chaîne, aujourd’hui, elle se trouve autour de notre cou.

On est donc dans la tête de ce soldat, qui, me semble-t-il, n’est jamais nommé, ce qui ne facilite pas ma chronique. Il est atteint du syndrome de Restorff, une sorte d’affection qui crée un détachement émotionnel chez l’individu qui en souffre. J’ai fait quelques recherches sur ce syndrome et ne suit tombée que sur l’effet von Restorff qui est un biais cognitif, et qui n’a rien à voir. Je subodore donc que ce syndrome est une création de l’auteur, même s’il pourrait correspondre à l’alexithymie ?

On implante à ces  soldats des informations utiles à leur mission, pour ensuite tout leur retirer : les souvenirs et les informations implantées. C’est la déprogrammation. Sauf que du fait de son syndrome, la déprog ne fonctionne pas très bien sur notre bonhomme.  Comme le signaler lui vaudrait certainement d’être démobilisé, il le cache à tout le monde, y compris à sa femme et sa fille. C’est qu’il est accro aux missions, à la nouveauté et surtout aux rencontres extraterrestres. Il se met à faire des rêves hyper chelous avec des extraterrestres dedans.

Quelle drôle de chose qu’un rêve.
La surprise n’en a été que plus grande. Je survolais des plaines infinies, encombrées de plantes et d’aliens provenant de différents sites ultramondains. Parfois, espèces aliens et terriennes s’appariaient. Des lieux de mon enfance se mêlaient aux théâtres d’opérations pour former des chimères topologiques. Des aliens flottaient dans ma direction. Ils avaient la forme  d’un kithid sur le point de se fendre. Certains me passaient à travers. L’un d’eux parlait avec des mots pareils à des craquements de branches dans le vent. Je comprenais ses pensées, qu’elles qu’elles soient, car j’étais l’un d’eux. Ce rêve s’est répété avec diverses variantes.

Impressions

Ce texte m’a beaucoup plu. Ce n »est pas une surprise, les écrits de Laurent Genefort me passionnent, autant en format court que long.

Le worldbuilding est un master piece. Laurent Genefort excelle à poser des univers très cohérents, ici la thématique du conglomérat d’aliens sentients, et surtout surtout des rencontres extraterrestres superbement incongrus à nous humains. C’est d’autant plus admirable que le texte est très court.

Au-delà du worldbuilding et du contexte de SF militaire, l’auteur fait de l‘introspection de son personnage le point central du récit. Le protagoniste et narrateur nous raconte ses interventions sur différentes planètes tout en essayant de comprendre ce qui lui arrive : cette fascination pour les aliens, cette obsession pour l’altérité telle que les humains en perdent tout intérêt.

Je vous avoue que je n’ai que peu d’attrait pour les guns et les séquences de combat interminables. Encore moins en littérature qu’au cinéma. On n’est pas du tout là-dedans ici. Si quelques séquences plus corsées rythment le récit, au global on reste dans le registre de la pensée du protagoniste et sa perception du monde. Et c’est justement ce qui m’a plu.

Laurent Genefort parvient avec Opexx à un mélange parfaitement dosé entre space opera militaire au worldbuilding ciselé et récit d’introspection d’un narrateur neuroatypique.  Je reste avec une question : quand est-ce qu’on y retourne ?

Informations éditoriales

Novella écrite par Laurent Genefort. Publiée en 2022 dans la collection Une Heure Lumière du Bélial’. Illustration de couverture par Aurélien Police. 114 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Ombre Bones, Sometimes a book, Le culte d’Apophis, Albédo, Au pays des cave trolls, Les lectures du makiL’épaule d’Orion, Les critiques de Yuyine, Les lectures de Xapur, Les chroniques de FeyGirl , ou signalez-vous en commentaire.

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22 commentaires sur « Opexx | Laurent Genefort »

  1. « une planète ultramondaine » : *essaye de penser à autre chose qu’à une planète en tenue de soirée dans une réception chic et aristocrate*
    Est-ce que Laurent Genefort ce n’est pas LE spécialiste français des rencontres humains/aliens ? Il fait ça si bien (et si régulièrement).

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    1. Haha je me suis fait une image un peu similaire, c’est marrant. Le mot existe vraiment j’ai vérifié. J’aime bien l’idée de réhabiliter des vieux termes pour leur donner un sens neuf.
      Oui, je pense qu’on peut dire ça ^^ En tout cas je kiffe toujours autant.

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  2. Je viens de le finir et je l’ai trouvé très chouette aussi. Je pensais partir sur du space-op militaire, j’ai beaucoup apprécié que ça parte beaucoup plus vers le sense of wonder de la rencontre avec l’Autre ^^
    (on est au coude à coude là 🤣)

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  3. C’est le premier (et à ce jour le seul) roman de Laurent Genefort que j’ai lu. J’avais sauté sur l’occasion du SSW de l’an dernier et de la parution de ce UHL pour enfin lire de cet auteur dont tout le monde parle depuis si longtemps. Et, comme toi, je n’avais pas été déçu. Bien au contraire.

    Par contre j’avais fait un lien entre le syndrome Restorff du bouquin et l’effet Von Restorff. Si l’effet fait effectivement référence à un biais, je l’avais traduit en pathologie chez le personnage d’Opexx, au sens où celui-ci est clairement distinct, inhabituel au regard de ses pairs. D’ailleurs, cette distinction profonde est ce qui selon moi le différencie au départ de la masse des autres soldats. En effet, en partant du point de vue d’une uniformité chez les soldats et, justement, du fait de ce syndrome, le narrateur se démarque clairement des autres au point de l’isoler. Et, poussant plus loin, il finit par devenir même distinct, différent du reste de l’humanité. Ce qui l’amène au final à avoir cette curiosité maladive pour ce qui est comme lui, différent.

    Bon j’avais peut-être poussé la réflexion un peu loin…

    Pour finir, selon mes notes, j’avais trouvé la fin un peu abrupt. C’est clairement un roman qui aurait gagné à prendre un peu de développement. J’aurai vraiment voulu savoir où l’auteur aurait pu l’emmener.

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    1. Oups désolée, ton commentaire s’est perdu au milieu d’autres notifications.

      Très intéressant ce que tu dis sur l’effet von Restorff. Je serais curieuse que l’auteur s’exprime là-dessus.

      C’est vrai qu’on en veut plus. J’aimerais bien que l’auteur retourne dans cet univers. qui a l’air différent que celui des Portes de Vangk (pas sûre de l’orthographe). Avec le même perso ce serait encore mieux.

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    1. C’est laquelle ? Je n’ai pas chroniqué ce Bifrost et j’ai la flemme de me lever pour aller regarder dans ma bibliothèque (j’ai le droit je suis en vacances) XD
      Laurent Genefort est un de mes auteurs doudou (même si je suis loin d’avoir tout lu)

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      1. C’était « Ethfrag » – mais comme le titre n’est pas extraordinairement parlant, j’ajoute que c’est le journal d’un scientifique humain qui mène des expériences sur une espèce non humaine. Il parle de son travail, des opinions des gens du camp et de la guerre qui a lieu au loin. C’était bien fait. En plus, je l’ai lu en voiture, ce que je ne trouve pas optimal, mais je suis bien rentrée dedans quand même.

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