Adam-Troy Castro chez UHL | Ainsi font font font les petites marionnettes

Dans les présentes impressions, nous parlerons non pas d’une mais de deux novellas parue à quelques mois d’intervalle chez Le Bélial. Il s’agit d’un dyptique se passant dans le même univers que les aventures d’Andrea Cort : La marche funèbre des marionnettes et Les Fils enchevêtrés des marionnettes. Ecrits bien sûr par Adam-Troy Castro et publié en mai 2024 pour la première et en septembre de la même année pour la seconde dans la collection Une Heure Lumière. Pour la traduction, c’est Benoit Domis qui tire les fils. Voyons voir tout de suite comment font font font ces petites marionnettes…

Considérations générales

Quel plaisir de retourner dans l’univers d’Andrea Cort, même si j’ai ressenti une petite pointe de déception lorsque je me suis rendue compte qu’elle ne serait pas de la partie. De courte durée, la déception.

Notons néanmoins que le troisième tome des aventures d’Andrea Cort, qui s’intitule – attention il y a un indice dans le titre – La guerre des marionnettes se passe sur la même planète que ces deux-ci. Publié après, il se passe a priori aussi après. Je ne l’ai pas encore lu et pour une fois dans mon existence de lectrice perpétuellement en retard dans ses lectures, je m’en félicite.

Nous avons donc affaire à un dyptique. Si les deux novellas se passent sur la même planète et ont pour point central le ballet artistico-suicidaire des Vlhanis, elles ne mettent pas en scène les mêmes personnages. Par contre, le second se passe après le premier (merci Captain Obvious) et se réfère au premier. Lisez-le après. Je déconseille par ailleurs de lire la partie sur Les Fils enchevêtrés de cette chronique si vous n’avez pas lu La marche funèbre.

La marche funèbre des marionnettes

Sur Vlhan, chaque année, Alex Gordon assiste au Ballet des Vlhanis, une performance artistique à très grande échelle mettant en scène 100 000 Vlhanis dont aucun ne sortira vivant. En effet, les Vlhanis sont des espèces de sphères dotées de multiples flagelles très puissantes et ils finissent par s’entre-déchirer avec durant la danse ou à mourir de fatigue. Insoutenable et fascinant, ce rituel inexplicable est suivi par tout le monde sentient. 

Cette année, l’exolinguiste aperçoit une silhouette humaine augmentée parmi les Vlhanis, qui semble participer au Ballet. Il est chargé d’aller la tirer de là. Des conséquences inattendues et irréversibles vont en découler.

L’intrigue est centrée sur l’incompréhension totale de l’ambassade humaine sur Vlhan des motivations d’Isadora qui ne cherche pas à s’expliquer. L’ambassadeur décide de la protéger envers et contre tout et surtout contre elle-même et les Vlhanis. La situation est très compliquée et très tendue, ni l’une ni les autres n’acceptant l’ingérence de l’ambassade dans cette décision.

Le récit est très prenant et apporte son lot de réflexions. Il s’agit d’un dilemme insoutenable : comment laisser une femme participer à une performance qui mettra assurément fin à ses jours ?  En même temps, il s’agit de sa décision et elle semble en pleine possession de ses moyens. C’est inextricable et cela va mal tourner.

C’était dans la troisième année de mon contrat d’engagement que je sauvai Isadora du Ballet suicide des marionnettes.
(incipit)

Les fils enchevêtrés des marionnettes

Après les évènements du premier opus, les humains se bousculent pour participer au macabre Ballet. Dans ce contexte, Paul Royko est shooteur de neuropics. Il est chargé de retransmettre le Ballet  à celleux qui ne sont pas sur place. Il s’intéresse plus particulièrement à une participante Shalakan qu’il aimerait interviewer. Il va faire la connaissance de Dalmo, le mari de Shalakan, très investi dans le Ballet mais dont les augmentations ont raté ce qui le rend complètement inapte à participer. 

Dans le premier tome, on faisait face à une situation de conflit découlant de l’absence de compréhension. Dans la seconde partie de ce dyptique, l’ambassade est toujours complètement réfractaire à la participation d’humains au Ballet mais elle n’a pas vraiment d’autre choix que de laisser faire. On va donc explorer comment toute une culture s’est construite autour de ce phénomène qui reste cependant bien mystérieux. Par exemple, on ne sait absolument pas par qui et où se passent les nombreuses  opérations nécessaires pour modifier le corps des humains.

Mais ce qui est le plus fascinant c’est Dalmo. Et avec lui, Royco (et nous lecteur, qui suivons ce neuropic cette lecture avec attention)  espère toucher du doigt l’explication sur ce qui motive les humains mais aussi 100 000 Vlhans à participer à ce funeste spectacle. La lecture est plus inconfortable que La marche funèbre car on a plus d’explications et les enjeux narratifs y étaient tout autre dans le premier. Je trouve ça toujours aussi difficile à accepter, toutes ces vies perdues. Pour des raisons qui restent quand même très obscures. Mais en même temps, on est chez des extra-terrestres et peut-être juste on est dans l’incapacité de les comprendre. Qui est-on pour les juger ?

A l’époque, j’étais un shooteur de neuropics envoyé sur place par un diffuseur depuis longtemps disparu afin d’interviewer le dernier en date (ndlr: dernier Ballet) : une jeune femme nommée Shalakan dont on disait les talents de danseuse comparables à ceux d’Isadora elle-même. Elle devait se joindre au Ballet – et y mourir – une semaine plus tard.
Je pensais qu’elle était mon sujet.
Le monument est la preuve infrangible de l’étendue de mon erreur.

En bref, La marche funèbre des marionnettes et Les fils enchevêtrés des marionnettes forment un diptyque captivant qui parle des profondes incompréhensions qui peuvent animer des espèces totalement différentes. C’est violemment questionnant.

Informations éditoriales

Novellas écrites par Adam-Troy Castro. Publiées initialement en 1997 et en 2003. 2024 pour la publication française dans la collection Une Heure Lumière au Bélial’. Traduit de l’anglais (US) par Benoit Domis. Titre originaux : The Funeral March of the Marionnettes  et The Tangled Strings of the Marionnettes. Illustration de couverture par Aurélien Police. 116 et 118 pages.

Pour aller plus loin

Les aventures d’Andrea Cort sur le blog :  Emissaire des morts, La troisième griffe de Dieu.
D’autres avis : La Marche Funèbre des Marionnettes : Quoi de neuf sur ma pile, Les mondes de poche, Le nocher des livres, Les critiques de Yuyine, L’épaule d’Orion, Les lectures du maki, Les blablas de Tachan, Au pays des cave trolls, La bibliothèque d’Anudar, Les chroniques de FeyGirlLes Fils enchevêtrés des Marionnettes : Quoi de neuf sur ma pile, Les critiques de Yuyine, L’épaule d’Orion, Les lectures du maki, Au pays des cave trolls, La bibliothèque d’Anudar, Les chroniques de FeyGirl, ou signalez-vous en commentaire.

15 commentaires sur « Adam-Troy Castro chez UHL | Ainsi font font font les petites marionnettes »

  1. Sans surprise, la thématique va très bien avec le reste de l’univers d’Andrea Cort.

    Par contre ça m’embête : comme toi je n’ai pas encore lu le tome 3 et je ne sais pas trop dans quel ordre je veux lire le roman et les novellas. 🤔

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  2. Les deux novellas sont excellentes ! Bon pour le coup j’ai lu le troisième tome d’Andrea Cort avant, ça ne m’a pas dérangée outre mesure. Petite préférence personnelle pour La marche funèbre.

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