L’homme dans le labyrinthe | Où est la sortie ?

Impressions n°30
Le roman de Silverberg nous conte l’histoire d’un homme dans un labyrinthe. Jusqu’ici rien d’étonnant me direz-vous, vu le titre. Sauf qu’un labyrinthe ça n’a a priori rien d’engageant. Et celui-là encore moins : il est mortellement dangereux. Il se trouve aussi que l’homme qui se cache dans ce labyrinthe est recherché par d’autres hommes, qui ont absolument besoin de lui. Pourquoi se planque t-il dans cet univers totalement inhospitalier ? En quoi est-il indispensable ? Comment faire pour le faire sortir de ce labyrinthe ?

Philoctète version SF

L’Homme dans le labyrinthe est une transposition quasi littérale de la tragédie de Sophocle, Philoctète avec Muller dans le rôle de Philoctète, Rawlins dans celui de Néoptolème et Boardman dans celui d’Ulysse. C’est diablement intéressant et je m’en veux de ne pas avoir fait ma recherche web traditionnelle avant d’avoir fini le livre. Certes, ça spolie complètement la fin de l’histoire, mais quel regard passionnant sur le livre ! Non pas que le procédé soit des plus originaux mais il est le plus souvent très efficace pour montrer l’intemporalité des thèmes et des sentiments humains. C’est plutôt réussi avec ce Silverberg.J’ai très fort accroché au début du livre : la mise en place de l’intrigue, le suspens savamment distillé, les flash-back pour comprendre comment Muller – l’homme dans le labyrinthe- en est arrivé là. Le suspens retombe malheureusement un peu en cours de lecture. A mon sens le livre aurait pu être davantage épuré.

Hybris etc.

Silverberg nous met devant certaines questions en nous présentant une vision du future pas abracadabrante du tout. Ainsi il évoquera l’emprise de la jeunesse et de la beauté, un thème ma foi bien d’actualité. Il évoquera aussi la dominance de l’être humain et des droits de ce dernier sur les êtres intellectuellement inférieurs qui l’entourent. Ou encore un thème qui me plait bien, aussi fort d’actualité, celui de l’Hybris, ou la démesure.

L’Hybris est un concept de la Grèce antique qui est une forme d’orgueil qui pousse l’homme à vouloir surpasser les dieux ; la notion de limite, de modération est oubliée au profit de l’excès, de la puissance, de la richesse. Seulement, l’Hybris est un crime qui mérite châtiment :

Vous lisez les poètes ? Éperonné par sa renommée. La dernière infirmité d’un cœur noble. C’est de Milton. Et savez-vous ce que disaient les Grecs anciens ? Quand un homme veut dépasser sa condition les dieux se chargent de le broyer. Cela s’appelle Hybris. J’en parle en connaissance de cause. […] Vous voyez la vérité a éclaté. Je n’étais pas un dieu. Seulement un pauvre homme mortel qui avait subi des désillusions à propos de sa déité. Les dieux véritables ont compris qu’il fallait que j’apprenne ma leçon jusqu’au bout. Ils ont décidé qu’il faudrait que je me souvienne toujours de la bête misérable cachée sous la couche d’épiderme. Surtout, ne jamais oublier l’animal sous la dépouille humaine.

Érotisme bas de gamme

A côté de ça, il y a un truc que je juge complètement dispensable dans ce roman. C’est l’érotisme à 2euros 40 qui le ponctue. Ça vient comme un cheveu dans la soupe, montre une image de la femme plutôt craignos (c’est simple, les rares qu’on voit dans le livre sont toujours à poil) et en plus c’est d’un style plus que douteux. Comparer le dialogue suivant avec l’extrait précédent :

– Dis-moi ce qui ne va pas, Marta.
– Je ne sais pas.
– Tu agis comme si tu étais malade.
– Je crois que je le suis
– Depuis quand ? Quand cela a-t-il commencé ?
– Je … Oh, Dick, pourquoi me poser toutes ces questions ? S’il te plaît aime moi. Viens. Viens me faire l’amour.

C’est à se demander si c’est la même personne qui a écrit les deux passages. Je n’arrive vraiment pas à voir quel rôle primordial l’érotisme et ce genre de dialogue gnangnan peut avoir sur l’intrigue. Il paraîtrait que c’est typique de la SF de l’époque. C’est vrai que c’est le temps de la libération sexuelle et tout et tout. Mais n’empêche …

A noter en passant que la traduction n’est pas toujours des plus heureuses.

En résumé : un livre intéressant à lire surtout si vous aimez vous poser des questions sur le destin de l’homme et sa place en ce bas monde. Non dénué de défauts, mais il vaut la peine d’être lu.

Informations éditoriales

Publié pour la première fois en 1969. Titre original : The man in the maze. Traduit de l’américain par Michel Rivelin. 307 pages.

Pour aller plus loin

13 réflexions sur “L’homme dans le labyrinthe | Où est la sortie ?

  1. Je n'ai jamais dit que je me limitais à ça, je ne vais pas faire une analyse des lectures que j'ai faites où j'ai été extrêmement déçue par un pseudo érotisme pour faire vendre… N'empêche que ce genre de choses me rebute dans la mesure où quand j'achète de la SF, du contemporain ou que sais-je, ce n'est pas pour lire des scènes dites entre guillemets érotiques.
    Après je n'ai pas lu ce bouquin, mais chaque fois que ça m'est arrivé je me suis retrouvée totalement coupée dans mon élan en me disant « mais qu'est ce qu'il me fait?? ». Donc au lieu d'être encore déçue, je préfère lire autre chose. Je ne suis pas débile, je n'ai pas 12 ans non plus, Mais je n'aime pas m'épancher dans mes commentaires. Visiblement, parfois, c'est nécessaire. je m'en rappellerai.

    Je tiens juste à rajouter que l'extrait choisi était particulièrement ridicule et serait parfaitement passé pour une blague à la Mickael Young… Ne soyez pas trop durs avec moi!!
    🙂

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