Serpentine | un bon film réalisé avec un petit budget

Impressions n°48

Ce recueil est avant tout une ambiance, un peu triste, un peu malsaine, nostalgique aussi. S’en dégage un sentiment de malaise. Pas de grands renforts d’effets spéciaux de la part de l’auteure pour nous oppresser de la sorte : les lieux sont très réels, voire triviaux (le métro parisien, un restaurant grec, une aire d’autoroute, une maison de vacances …). On se croirait dans un bon film réalisé avec un petit budget.

Dans une ruelle obscure ou une station de métro, je les aurais pris pour des mendiants. Mais il y a autre chose. Ce regard paumé qui scrute le vide ? L’absence de bagages ou même de sac à main ? Le silence obstiné de ces deux-là, qui semblent à peine conscients de leur présence mutuelle ? [nous reprendre à la route]

C’est avec sa plume que Mélanie Fazi rend les lieux ordinaires angoissants. Plus que les histoires c’est son style qui me parle. C’est beau, c’est juste. Elle renoue avec un fantastique proche du fantastique des origines : est-ce vrai, est-ce un rêve, est-ce de la folie ?

Toutes les nouvelles ne m’ont pas plu mais elles ont chacune un petit quelque chose qui pourra titiller l’inconscient du lecteur. Celles qui ont davantage touché ma corde sensible:

  • Élégie, ou le désespoir indescriptible d’une mère qui a perdu ses enfants.
  • Rêves de cendre, histoire d’une jeune adolescente irrémédiablement attirée par le feu. Est-elle folle ?

Dans la cheminée, les flammes se rapprochaient et s’éloignaient, encore et encore. Je les écoutais crépiter, distraitement, occupée à balancer mes jambes dans le vide. J’étais encore trop petite pour toucher le sol. Je me sentais si bien, dans la chaleur des flammes. Un peu engourdie, comme dans les minutes qui précèdent le sommeil, celles qui gomment le contour des choses et abolissent le temps. Leur lumière m’imprégnait, s’infiltrait jusque dans les os. Calée tout au fond du fauteuil, bras posés sur les accoudoirs, c’est ainsi que je l’ai vu. [Rêves de cendre]

  • Petit théâtre de rame, qui donne un regard d’étrangeté au métro parisien.

Mélanie Fazi est assurément une auteure à découvrir, française qui plus est.

Sa voix qui vous pénètre comme un couteau, qui s’insinue jusque dans vos os. Une main qui essaie d’agripper vos entrailles pour vous retourner comme un gant. [Matilda]

Informations éditoriales

Publié pour la première fois en 2004 par les éditions l’Oxymore. Préface de Michel Pagel. Récompensé par le Prix Merlin 2002 pour Matilda et le Grand Prix de l’imaginaire 2005 pour le recueil. 305 pages.

Pour aller plus loin

8 réflexions sur “Serpentine | un bon film réalisé avec un petit budget

  1. Très juste ta chronique. C'est bel et bien la plume de l'auteure qui permet ici d'ouvrir au fantastique ces lieux communs qui souvent, ne s'y prêtes guère. Un joli recueil contenant de très belles pièces, je rajouterai à celles que tu as déjà citées « Matilda » et « Nous reprendre à la route »

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  2. @ El JC : tout à fait d'accord.

    @ Cachou : si vraiment, ça te file des boutons, y a 2 autres éditions en grand format,qui sont pas mal à mon souvenir.

    @ Efelle : oui c'est vrai. De toute façon c'est quasi impossible je trouve de tomber sur un recueil ou tout nous plait.

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