Women in chains | Pentalogie des violences faites aux femmes

Impressions.

Women in chains est un recueil de nouvelles écrit par Thomas Day et publié aux éditions ActuSF. Au travers de cinq textes, l’auteur brosse un tableau multiculturel des violences faites aux femmes. Je vous emmène aux cinq coins du monde, dans la douleur.

Ce qui lie ces 5 nouvelles, outre leur thématique, est d’une part qu’elles se passent dans 5 pays différents ; d’autre part qu’elles mêlent la réalité des violences subies par les femmes à la fiction, soit fantastique soit science-fictive.
Regardons de plus près …
  • La ville féminicide. Se passe au Mexique, à Juarez. L’élément de réalité est l’assassinat et la disparition de centaines de femmes dans cette ville depuis des années sans que personne ne sache qui ni pourquoi. Thomas Day nous donne une explication dans le registre du surnaturel qui loin de nous permettre de prendre des distances avec la réalité, nous plonge dans l’horreur absolue, brute, gratuite.
  • Eros-center. Se passe en Allemagne mais c’est l’Afrique qui est au centre de l’attention. L’élément de réalité est l’usage de la sorcellerie dans la prostitutions africaine : il est courant de faire subir aux femmes envoyées ensuite en Europe pour se prostituer une cérémonie destinée à les lier à leur employeur qui conserve des ongles ou des cheveux de la jeune femme. Evidemment tout ceci n’est que manipulation et lavage de cerveau. Voir ici pour la source (mentionnée par l’auteur dans la postface). Dans la nouvelle, on ne sait jamais trop si la sorcellerie est « réelle » ou de la manipulation. Cette nouvelle a ceci de particulier que l’histoire de ne déroule pas de façon chronologique : sa structure est éclaté et on commence ainsi  la lecture au chapitre 21. A voir ce que ça donne en lisant les chapitres dans l’ordre. Je n’ai pas essayé.
  • Tu ne laisseras point vivre. Se passe au Groenland. On pourrait dire que l’élément de réalité ici est la nymphomanie. L’auteur va transformer la maladie en une sorte de malédiction transgénérationnelle portée par une jeune femme qui s’est exilée au Groenland pour tenter de la contrôler.
  • Nous sommes les violeurs. Se passe en Afghanistan. L’élément de réalité est l’usage du viol comme arme de guerre. Pour se débarrasser du trafic de drogue, pour préciser le cas particulier de la nouvelle. La nouvelle se passe dans un futur proche, dans un contexte politique on ne peut plus d’actualité. Cela la rend d’autant plus effrayante.
  • Poings de suture. Se passe en France. Ici on parle de la violence conjugale « ordinaire ». La jeune femme de l’histoire se sert de la boxe comme exutoire. A ceci près que cette boxe là est légèrement améliorée : se situant quelque part entre le jeu vidéo et Real Steel (vous savez ce film ou des types font se combattre des robots en les dirigeant avec une télécommande ?)
La ville féminicide et Nous sommes des violeurs restent les textes les plus marquants. Eros- center suit pas loin derrière. Sans doute parce qu’en lisant la nouvelle, je découvrais totalement cette histoire de sorcellerie utilisée pour prostituer les femmes, je n’avais aucune idée si cela se passait réellement, je ne l’ai appris qu’en lisant les notes de l’auteur en fin de volume. Tu ne laisseras point vivre m’a parue être la nouvelle la plus éloignée de la réalité, même si les difficultés rencontrées par cette femme et surtout le regard que l’on porte sur elle, la haine même, face à sa sexualité débridée est assez poignant.  Poings de suture m’a semblé être le texte le plus faible, le moins percutant mais a le mérite de se terminer de façon, non pas optimiste, mais libératrice et constitue de ce fait une très bonne conclusion.
Women in chains condense en 5 textes un tableau multicurel de violences faites aux femmes. Du Mexique au Groenland, de la violence conjugale au viol de guerre, Thomas Day ne nous épargne rien mêlant une touche de fantastique ou de science-fiction dans des récits au combien réaliste.
Pour lecteurs avertis ; certaines scènes peuvent être difficiles à lire ou très crues.

Informations éditoriales

Recueil de nouvelles partiellement inédit écrit par Thomas Day (autrement dit : Gilles Dumay) publié par les éditions ActuSF en 2012. Conception graphique par Diego Tripodi. 202 pages. Liste des nouvelles et année de première publication : La ville féminicide (2010), Eros-center (inédit), Tu ne laisseras point vivre (inédit), Nous sommes les violeurs (2011), Poings de suture (inédit).

Pour aller plus loin

D’autres avis :Nebal, Lune, Cachou, Blackwolf, ou signalez-vous en commentaire.

 

16 commentaires sur « Women in chains | Pentalogie des violences faites aux femmes »

  1. Je n'ai pas lu ce recueil, mais je connaissais les mêmes que toi avant que tu le lises.
    Et wow, ça frappe fort et dur !
    Mais Thomas Day a beaucoup de talent, et le fond est très bien vu et très intéressant.

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  2. @ Nick
    Je suis désolé, mais je ne peux pas faire de recueil 100% inédits, pour la bonne raison qu'on me demande des nouvelles et qu'une fois écrites, publiées, c'est souvent à ce moment qu'un recueil prend forme. (Je pourrais aussi évoquer l'angle pécuniaire tant un recueil rapporte peu.)
    Mon prochain recueil « Sept secondes pour devenir un aigle », s'est construit autour du thème de l'écologie et surtout autour de trois textes déjà publiés « Lumière Noire », « Sept secondes pour devenir un aigle », « Ethologie du tigre ». Deux ou trois inédits compléteront cette sélection. J'ai fini « Tjukurpa » qui se passe dans un futur proche chez les aborigènes d'Australie et « Shikata ga nai » qui se passe dans la zone d'exclusion totale de Fukushima. Le troisième inédit « Mariposa » sur lequel je travaille depuis plus de dix ans (voire quinze) me résiste un peu. Trop de travail de recherche, autant que pour un roman, pour au final pondre une nouvelle de 20 pages.

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  3. Certes. Cela dit dans l'idéal du lecteur, il lui en faut toujours plus 😀
    Ce prochain recueil m'a l'air diablement intéressant. Je crois avoir déjà lu Ethologie du tigre (dans un Bifrost) mais comme je ne m'en souviens plus, c'est très bien (la relecture c'est salutaire pour les gens qui n'ont pas de mémoire). Bref, on attend avec impatience. Et bon courage pour « Mariposa ».

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