Godzilla 2014 | La chute d’Icare

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Godzilla est un film catastrophe réalisé par Gareth Edwards et distribué par Warner Bros. Il est sorti dans les salles françaises en mai 2014. A la faveur de la prochaine sortie de Godzilla 2, je l’ai revu et je suis bien obligée d’admettre qu’il m’a fallu réviser mon opinion plus que mitigée d’il y a 5 ans. Ce film est époustouflant et je vous dis pourquoi…

Le sens du détail

Gareth Edwards a commencé sa carrière de réalisateur bien tardivement puisqu’à 44 ans il a réalisé trois films pour le cinéma (il a aussi quelques épisodes de séries et un téléfilm à son actif). Malgré tout, il a passé sa vie dans le milieu du cinéma et plus particulièrement dans le domaine des effets visuels. Par le plus grand des hasards (ou pas), il s’avère que j’ai vu les trois films en question, à savoir Monsters (2010), Star Wars Rogue one (2016) et donc Godzilla qui nous occupera présentement. Si Gareth Edwards quitte l’intimité de Monsters, film de monstres fauché (500 000 dollars de budget) pour entrer dans la cour des grands avec un film budgétisé à 160 millions de dollars (pour comparaison un film comme Pacific Rim en a coûté 200 millions), il persiste à nous offrir un spectacle de monstres du point de vue des humains, petites fourmis inutiles dans un monde qui s’écroule.

GODZILLA 2014

Godzilla est un blockbuster et vient avec les défauts habituels de ce genre de films : les incohérences scénaristiques et degré zéro des émotions pour le destin des individus. Mais en fait tout cela n’a pas d’importance car Godzilla a autre chose à offrir. C’est un film qui mérite d’être vu de façon très minutieuse, en prêtant une attention excessive aux détails (ce qui est assez ironique pour un film de monstres géants)(mais du coup je l’aime encore plus).

Générique de début

Tout commence par le générique qui anticipe l’ambiance complotiste de la première partie du film. Les images sont déjà dans l’ambiance : coupures de presse, vieux documents, écrans de sonar, vidéos de types regardant dans des jumelles… Mais plus encore, au côté des noms et des rôles du casting, des bouts de phrase qui sont immédiatement masquées, comme dans les documents top secrets. Par exemple : « this confidential document must not be shared », « Warner Bros Pictures and Legendary Pictures present a terryfying tale of disaster and woe » ou des commentaires sur la fabrication du film comme « Sound design by its nature is always a disruptive and violent birthing process for all parties » ou encore mon préféré « The monster communicate through music composed and conducted by Alexandre Desplat ». Pour voir ce sous-texte il faudra impérativement faire pause de très nombreuses fois durant le générique.

Une histoire de points de vue

Je vous disais plus haut que c’était une histoire de monstres racontées du point de vue des humains. Gareth Edwards entend bien nous le faire comprendre en nous montrant souvent des actions au travers d’une vitre, d’un reflet ou d’un écran : sur la télé de la famille Ford des images de combats entre deux créatures avec les dinosaures du gamin à l’avant-plan (il y a déjà une mention aux dinosaures dans une des phrases cachées du générique de début) ou encore : la centrale nucléaire qui s’écroule sur elle-même vue par la fenêtre de l’école du jeune Ford Brody, un hélicoptère dans le rétroviseur d’une voiture, les vitres sales de la tour de contrôle du site d’éclosion …

Godzilla 2014

Il nous montre à quel point les humains sont spectateurs de ce qui leur arrive et accentue cette impression dans certaines transitions de scènes. Deux exemples :

  • Des militaires discutent dans une quelconque salle de contrôle, sur un écran on voit un plan du Golden Gate  dans la brume. A ce moment-là un type dit en mode vénère : « il y a encore plein de véhicules civils sur le pont » et puis hop la caméra plonge en gros plan dans l’écran nous entraînant dans la frénésie et le chaos de la population qui tente désespérément de traverser le pont.
  • Dans un casino à Las Vegas, les gens jouent aux machines à sous et personne ne voit le flash info qui diffuse des images de l’énorme créature en train de détruire la ville. Puis les lumières s’éteignent et les murs se déchirent. C’est brillant !!!

Prêtez attention à tous ces détails, c’est passionnant, ultra bien fait et cela donne une profondeur nouvelle au film.

Coup de pied dans la fourmilière

Les humains dans Godzilla ne servent à rien dans la lutte contre les Muto. Leurs tentatives de résoudre la situation échouent lamentablement. Les monstres sont gigantesques et les destructions de ville ont le même effet qu’un coup de pied humain dans une fourmilière. On pourra tout au plus souligner la persévérance et le courage des individus, mais on ne pourra s’empêcher de trouver cela bien vain devant le choc des titans, la terreur indicible venue du fond des âges, ces monstres lovecraftiens au milieu de fumées apocalyptiques.

L’être humain face à une Nature déchaînée est impuissant, minuscule et Gareth Edwards n’a de cesse de nous le rappeler dans de minuscules détails comme ce gros plan sur un caméléon ou la séquence avec le loup, qui nous semblent sorties de nulle part, flashs de sérénité au milieu de la catastrophe.

Une musique exceptionnelle

La dernière chose à laquelle vous devrez prêter attention en voyant Godzilla est la musique. Le compositeur Alexandre Desplat n’est plus à présenter, tant sa filmographie est aussi variée qu’exceptionnelle : Tale of Tales, The grand Budapest Hotel, De rouille et d’os, Zero dark Thirty... La musique vient toujours soutenir ce qu’on voit à l’écran, comme la musique du générique de début qui suinte déjà la parano.

On trouve aussi une séquence qui n’est pas de Desplat puisqu’il s’agit d’un extrait du Requiem de Ligeti, lors de la chute libre des parachutistes sur la ville de San Francisco dévastée, sur un ciel d’Apocalypse et un combat de kaijū dans l’ombre. Une des plus belles séquences du film, qui telle la chute d’Icare, symbolise une humanité arrogante tombant de son piédestal.

GODZILLA 2014

Voyez ou revoyez Godzilla (2014)  en prêtant une attention particulière :
* au générique de début, quitte à faire pause,
* aux scènes vues au travers d’écrans ou de fenêtres,
* aux échecs systématiques d’une humanité en chute libre, incapable de reprendre le contrôle face à une nature déchaînée,
* à la musique en soutien constant de l’action.
Dans ce cas, vous succomberez à ses qualités, qui vont bien au-delà d’offrir un film de kaijū bien fichu. 

Informations éditoriales

Réalisé par Gareth Edwards et scénarisé par David S. Goyer, Max Borenstein, Dave Callaham, Drew Pearce, Frank Darabont. Durée : 2h03.

Pour aller plus loin

Plein d’infos sur le film sur Gojipedia.
D’autres avis : signalez-vous en commentaire.

16 commentaires sur « Godzilla 2014 | La chute d’Icare »

  1. Sauf que les originaux japonais ont la patine du temps pour eux et qu’à part le spectaculaire, ça manque de matière et de… surprise. Comme Pacific rim, je ne suis pas allé au bout, même en riant du ridicule des incohérences.

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    1. Mouerf, si on veut les vieux originaux, on regarde les vieux originaux.
      Je le trouve au contraire assez surprenant, ce n’est pas si courant que les héros passent leur temps à échouer dans les blockbusters. Les scénaristes auraient pu aller plus loin dans ce sens mais c’est déjà plutôt satisfaisant.

      Aimé par 1 personne

    1. Ha bah, les détails vous vous débrouillez hein :p Je décline toute responsabilité sur la non faisabilité de mes astuces. Sinon sur une télé de taille honorable le film rend pas mal du tout.

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  2. Je n’aurais pas eu idée de revoir le film (que j’avais apprécié sans plus). Pour le coup, en m’attardant sur les détails que tu soulignes, ça peut être un moteur.

    La photo en fin de ton article est superbe (tirée du film? me souviens plus hein)

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    1. Chouette !
      Oui évidemment c’est dans le film, j’ai pas mis une photo d’un autre film pour illustrer celui-ci :p
      C’est la chute des parachutistes.

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  3. C’est pas vraiment ma came ce genre de film mais j’avais entendu sa BO en concert et c’était plutôt sympa en effet (Desplat en même temps…)

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    1. Celui de 98 est une bouse intersidérale me semble-t-il. Bon après si t’aimes pas les films de monstres c’est pas la peine de se forcer :p

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  4. Voilà un article qui a tendance à me réconcilier avec ce film. Magnifique analyse de la mise en scène, effectivement grand art de l’élision visuelle, travail sur l’indirect, le tapi. On lui aura d’ailleurs largement reproché, certain arguant que Godzilla était un monstre ostentatoire et qu’il devait crever l’écran (le réal de « Krampus » semble avoir retenu la leçon pour le retour du monstre). Je n’ai pas vu « Monsters » mais ce postulat semblait déjà être la caractéristique de la mise en scène d’Edwards. C’est nettement moins évident dans « Rogue One » par ailleurs.
    Reste que ce Godzilla pâtit certainement d’un scénario assez mal fagoté, d’une direction d’acteurs en berne (pas trop fan de la Binoche dedans).
    Mais fort de cette lecture, je lui octroierai un droit d’appel sur mon jugement.

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    1. Merci !
      Cela semble en effet être une caractéristique du réalisateur et c’était bien le cas de Monsters autant que je m’en souvienne (il faut que je le revoie !).
      Les personnages et le scénario de Godzilla 2014 sont pas terribles (d’ailleurs la même critique est souvent faite pour Monsters, le type venant des effets visuels, ce n’est sans doute pas étonnant) mais c’est possible de l’oublier en se focalisant sur les détails dont je parle dans le billet. Ça en fait un film bien imparfait mais super intéressant à regarder.

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