Coup de projecteur sur | Lumières noires

Lumières noires N.K. JemisinImpressions.

Lumières noires est un recueil de 22 nouvelles écrit par N.K. Jemisin et publié en octobre 2019 chez Nouveaux Millénaires.  N. K. Jemisin, c’est l’autrice qui a enchaîné trois Hugo trois années d’affilée avec sa trilogie La Terre fracturée. Que je n’ai pas -encore- lue mais je n’y manquerai pas dans un futur proche car j’ai été conquise par ce magistral recueil de nouvelles.

Après lecture de ce recueil, je peux vous dire une chose : N.K. Jemisin est capable de tout. Littérairement parlant, entendons-nous, pour le reste je ne sais pas. Elle est capable de passer du cyberpunk (La fille de Troie) à la fantasy (Le narcomancien), du postapo (Avide de pierre) au conte philosophique (Le remplaçant du conteur). Mieux : elle mélange les genres, se fichant éperdument de leurs contraintes, dépassant allègrement les bornes des limites, Maurice.

En peu de pages, elle décrit des personnages complexes et des situations originales. Elle met des dragons dans notre monde moderne (Pécheurs, saints, spectres et dragons – la cité englouties sous les eaux immobiles) ou bien une première de classe dans un monde postapo envahi par les I.A (Major de promotion). Elle excelle dans les descriptions culinaires (L’alchimista, Cuisines de mémoires, à vous donner faim même s’il n’est pas du tout l’heure de manger) ou dans l’évocation des affres de la postérité de l’écrivain (Henôsis). Elle fait danser une femme dans un ascenseur en guise de résistance à un environnement ultra surveillé (La danseuse de l’ascenseur) ou s’empare de la destinée d’une pieuvre prête à tout pour sauver ses petits (Les berges de la Lex).

Jemisin offre une place centrale à des  personnes habituellement peu visibles de par leur situation sociale, leur couleur de peau ou leur genre : un SDF dans le monde moderne (Grandeur naissante), une femme noire dans les US esclavagistes (Le moteur à effluent), des femmes musulmanes privées de maternité et par là-même de possibilité de transmission (Les épouses du ciel), une mère et ses filles, afrodescendantes,  dans l’Alabama ségrégationniste (La sorcière de la terre rouge) ou encore une aide-soignante confrontée à un problème moral qui va la sortir de sa torpeur (Vigilambule).

N. K. Jemisin excelle dans les descriptions de milieu urbain (MetrO) mais ça marche aussi avec des milieux plus ruraux (Nuages dragons). Elle s’essaie au pastiche de classique avec Ceux qui restent et qui luttent (en référence à Ceux qui partent d’Omelas, d’Ursula K. Leguin) ou à des expérimentations stylistiques sur les moyens de communication numérique (Trop d’hiers, manque de demains). Elle tente de communiquer avec et de comprendre des extraterrestres (Les évaluateurs) ou de voir ce que pourrait donner New York si, littéralement, la ville et ses habitants étaient soumis à la chance et à la malchance (Probabilités non nulles).

Bref, c’est follement hétéroclite tout ça. Ce n’est pas toujours aisé à appréhender tant les histoires et les mondes que l’autrice crée sortent de l’ordinaire mais chaque nouvelle vaut que l’on s’y arrête et que l’on s’interroge sur ce qu’elle a voulu nous transmettre. Evidemment chaque nouvelle ne touchera pas de la même façon selon notre sensibilité ou notre bagage science-fictif.

Il m’a manqué une remise en contexte des textes un peu plus conséquente. Une année de publication anglaise, quelques phrases sur les conditions d’écriture ou de publication de chaque nouvelle auraient été les bienvenues. L’introduction est cependant très intéressante : elle revient sur comment N.K. Jemisin en est venue à écrire des nouvelles et donne quelques informations sur certaines d’entre elles.

Lumières noires est un recueil de 22 nouvelles dont aucune ne laissera indifférent. N. K. Jemisin démontre par cet assemblage disparate à quel point elle est capable de s’adapter à n’importe quelle forme, à n’importe quel genre pour fournir un texte à background, à personnages et à message signifiant. Un bouquin formidable qui s’affranchit des frontières des genres et qui met en avant des protagonistes que l’on a peu l’habitude de voir.

Informations éditoriales

Recueil de 22 nouvelles écrit par N.K. Jemisin et publié chez Nouveaux Millénaires en 2019. 2018 pour la première publication en langue anglaise. Traduit par Michelle Charrier. Titre original : how long ’til black future month. Conception de couverture par Creation J’ai Lu d’après Shutterstock/LILAWA.COM. 476 pages.
Sommaire complet : Introduction par N.K. Jemisin. Ceux qui restent et qui luttent. Grandeur naissante. La sorcière de la terre rouge. L’achimista. Le moteur à effluent. Nuages dragons. La fille de Troie. Major de promotion. Le remplaçant du conteur. Les épouses du ciel. Les évaluateurs. Vigilambule. La danseuse de l’ascenseur. Cuisine des Mémoires. Avide de pierre. Les berges de la Lex. Le narcomancien. Henôsis. Trop d’hiers, manque de demains. MétrO. Probabilités non nulles. Pécheurs, saints, spectres et dragons – La cité engloutie sous les eaux immobiles.

Pour aller plus loin

Prix Locus du recueil de nouvelles 2019.
D’autres avis : Quoi de neuf sur ma pile, Reflets de mes lectures, ou signalez-vous en commentaire.

19 commentaires sur « Coup de projecteur sur | Lumières noires »

    1. Merci, je fais mon possible, ce n’est pas facile du tout, surtout quand il y a tant de nouvelles.
      C’est l’objectif donc tout va bien, tu peux déjà préparer ta petite liste pour les Utos de l’an prochain :p

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  1. Je l’ai commencé il y a peu (mais je priorise d’autres choses du coup j’avance pas), mais le peu que j’en ai lu pour le moment est vachement bien.
    Et si tu as aimé le recueil, je ne peux que te recommander La Terre Fracturée ! 🙂
    Merci en tout cas pour ta chronique qui donne une bonne idée du recueil ! 🙂

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    1. Les affres de lire plusieurs livres en même temps. Cela dit je trouve qu’il se prête particulièrement au picorage, vu sa variété.
      Prévu de lire La terre fracturée, mais alors quand, c’est la question.
      Merci à toi de passer par ici ^^

      Aimé par 1 personne

    1. Je ne pourrais pas te dire. Déjà je pense que la définition des genres a une part de subjectivité, en particulier quand le texte ne rentre pas gentiment dans les petites cases. Ensuite je n’éprouve qu’un intérêt relatif à l’égard des genres du coup je ne lis pas en pensant à ça. Lance-toi et laisse tomber les nouvelles qui ne te parlent pas ?

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  2. Superbe chronique, réussir à parler de ces 22 nouvelles individuellement (et en les citant toutes, j’ai recompté =P) tout en en faisant un tout, c’est vraiment magistral. J’étais déjà tenté sur le principe, vu que j’ai apprécié « Les Livres de la Terre Fracturée », mais là je suis hyper-tenté. ^^

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  3. Alors, j’avais déjà très envie de lire ce recueil parce que j’ai adoré La Terre Fracturée (oui, lis le, c’est très bien :p) mais là tu fais monter mon envie d’un cran.
    Et je plussoie sur la forme de ta chronique qui est très joliment tournée.
    En tout cas N K Jemisin semble vraiment s’imposer comme une autrice incontournable.

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    1. Faut que j’aille lire ta chronique :p
      Merci ^^
      Oui je pense qu’elle a de quoi et en fait au vu du déploiement de son talent dans ce recueil, j’ai vraiment hâte de savoir ce qu’elle va nous concocter ensuite.

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