Au bal des absents | Claude mène la danse

Au bal des absents catherine dufour

Impressions.

Au Bal des absents est un roman écrit par Catherine Dufour et publié dans la collection Cadre Noir chez Seuil pour la rentrée littéraire 2020. Il y sera question d’une enquêtrice au RSA, d’une maison hantée, d’une famille disparue corps et biens et d’une binette. Très important la binette. On se donne rendez-vous chez Tante Colline, quelque part pas loin de Sainte-Bérégonne et je vous dis tout.

Pas bienvenue chez Tante Colline

Ca va mal pour Claude : elle est en fin de droit au chômage, va se faire virer de son appart et aucune opportunité de boulot à l’horizon. Alors qu’elle s’apprête à fermer son compte LinkedIn, elle reçoit le message d’un Américain qui souhaite qu’elle enquête sur la disparition des Grue, une famille partie en vacances dans une maison dans un village isolé et qui n’en est jamais revenue. Hautement non qualifiée, Claude prend le job.

Claude venait d’atteindre 40 ans. Après avoir longtemps travaillé comme opératrice de saisie sur Paris, elle avait papillonné dans un marché du travail défleuri par le numérique – en vain. Pôle Emploi l’avait soutenue un moment, toujours en vain. Elle avait pourtant suivi toutes les formations proposées, tous les ateliers, et même un séminaire de quatre jours, animé par une certaine Colombe Flenche-Rian et intitulé  » les principes du lobbying, du mentorat et de la cohérence cardiaque pour faire (re)décoller sa carrière ». Claude avait abouti au RSA. Le loyer de son studio à Issy-les-Moulineaux était désormais hors de sa portée ; il fallait qu’elle s’en aille.
Incipit.

Là voilà débarquant au lieu dit de Tante Colline, une vieille bâtisse bien entretenue louée pour trois fois rien sur Airbnb. La belle affaire se révèle un piège à cons ou à fous ou à cas désespérés : la maison est hantée par un être malfaisant ne lui voulant aucun bien. Quiconque de normalement constitué aurait pris ses cliques et ses claques et se serait barré vite fait. Mais Claude est non seulement un cas désespéré mais est aussi dotée d’une obstination à toute épreuve. Après avoir donné à la chose démoniaque habitant le manoir le nom de sa conseillère Pôle Emploi, elle part en chasse…

De l’art de s’imposer là où on veut pas de vous

Avec sa verve habituelle, Catherine Dufour entreprend de redonner du pouvoir à une femme abandonnée par le système qui a décidé de prendre sa vie en main d’une façon non conventionnelle. Elle lui en fait voir de toutes les couleurs à son personnage, qui sans cesse se relève, tentant de s’extraire du fond du trou où elle est tombée, où on l’a poussée. Avec pour objectif de parvenir à habiter cette maison. Ce qui est marrant c’est que le roman dégage un petit côté feel-good alors que bon, vous avez lu les paragraphes précédents, le sujet n’est pas forcément propre à susciter ce genre d’émotion.

Cela est dû à la plume férocement humoriste de Catherine Dufour mais aussi à son personnage principal, une antihéroïne pas si anti que ça pour finir à laquelle on s’attache qui pourtant a elle-même quelques cadavres dans le placard. On souhaite ardemment le succès de sa dangereuse entreprise. La lutte de Claude en devient métaphorique, une lutte contre un système qui ne veut pas d’elle et auquel elle va s’imposer parce qu’elle n’a plus rien à perdre.

Au Bal des absents contient aussi une floppée de références au cinéma et à la littérature d’horreur qui alimente la première partie de l’ouvrage grâce à une médiathèque (gloire aux médiathèques !) bien fournie. De Stephen King à Lovecraft, de The haunting of the Hill house à Psychose, on s’amuse beaucoup de ce que ces oeuvres suscitent en Claude :

Claude lut un Lovecraft, dont les évocations fumeuses l’irritèrent. Agacée, elle en lut un deuxième, puis dix, rêva de tentacules et retrouva Cthulhu à la fin de Salem de Stephen King. Elle nota « eau bénite », raya. King était clair : pour que l’eau bénite fonctionne, il fallait croire. Et Claude, la tête sur le billot, n’aurait pas parié un centime sur la survie de l’âme. Pour quoi faire ? Et où irait-elle ? Cette vie est déjà bien assez pénible, et encombrée.

Entre polar et récit de maison hantée, saupoudré de critique sociale, Au bal des absents est une lecture qui se dévore toute seule, grâce à sa protagoniste qui ne lâche rien et au style imparable de l’autrice, qui ne lâche rien non plus.

Informations éditoriales

Roman écrit par Catherine Dufour. Publié dans la collection Cadre Noir chez Seuil en septembre 2020. Couverture par Jan Hakan/Getty Image. 217 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : Les lectures d’Efelle, Au pays des cave trolls, Cat(s), Books & Rock’n’ Roll, Quoi de neuf sur ma pile, Le monde d’Elhyandra, Un papillon dans la lune, Le Bibliocosme, Les lectures du maki, L’épaule d’Orion, RSF Blog, ou signalez-vous en commentaire.

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35 commentaires sur « Au bal des absents | Claude mène la danse »

    1. Ha oui très bien comme porte d’entrée, excellente idée ou alors sa bio sur Ada Lovelace. En tout cas si tu cherches un bouquin qui se lit tout seul et prenant, avec une ambiance maison hantée, parfait au fond du canap un soir de pluie (plaid et chats en option).

      Aimé par 2 personnes

      1. C’est drôle, quelques jours après ton com, je l’ai acheté et donc lu, au fond du lit, par jours pluvieux avec les chats à mes côtés. 🙂 Et c’était vraiment bon!

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  1. Depuis le temps que j’entends parler de cette autrice, est-ce que ce sera le bon pour que j’aille batifoler dans un autre univers que le mien. J’ai toujours du mal avec le sf et le polar francophone, un peu comme le cinéma de genre français mais il y a tant de bonnes surprises aussi…

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    1. Oups, ce commentaire ne s’est pas affiché dans ma liste de commentaire, je l’avais pas vu.
      Je ne sais pas si ça peut te plaire, mais en tout cas c’est un bouquin très accessible qui fait à mon avis une bonne porte d’entrée pour découvrir l’autrice.

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  2. Tu me tentes pas mal. Contrairement à celui-ci, je crois que ses livres ne m’ont jamais attirée, mais j’ai beaucoup aimé son interview dans C’est plus que de la SF.

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  3. C’est vrai ça, les auteurices ne pensent pas assez à placer des binettes dans leurs ouvrages. Pas sûr que ça compense tout de même suffisamment le côté maison hantée qui ne m’attire pas. Tant pis pour l’héroïne qui sort de l’ordinaire – ou qui n’en sort pas, justement.

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    1. Je trouve aussi. Sisi l’héroïne est atypique mais elle a un courage et une persévérance très atypique pour son profil, du genre plus courant chez les vrais héros, tu vois ?
      Bon si les maisons hantées ça te plait pas, je peux rien faire pour toi 😦

      Aimé par 1 personne

      1. Je vois. Je disais ça plutôt dans le sens où elle sort de l’ordinaire pour une héroïne mais justement ne sort pas de l’ordinaire en tant que personne, atypique d’être typique en quelque sorte, mais ça ne s’oppose pas à ce que tu dis. ^^

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